Drame de la route et suivi psychologique des intervenants

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Suite au tragique accident de la route ayant causé le décès de 6 personnes dont 4 enfants dans l’Aube, près de Troyes, voici quelques explications quant au déroulement opérationnel et au suivi psychologique des intervenants, plus particulièrement des secouristes, en l’occurrence les sapeurs-pompiers.

 

accident-minuibus-Troyes-Photo-Huff-Post-300x199 Drame de la route et suivi psychologique des intervenantsSchéma d’envergure type

Le schéma type d’un secours routier se résume en amont au déclenchement des secours par un opérateur sapeur-pompier suite à la réception d’appel 18 ou 112 par un témoin présent sur les lieux d’un drame. L’opérateur du Centre de Traitement d’Alerte (CTA) du département d’où s’est déroulé le drame prend en compte les différents éléments en posant des questions très précises au requérant qui passe l’appel sur ce qui vient de se passer (localisation, personnes impliquées, nombre de victimes, type d’intervention, dangers potentiels, etc…) et envoie les secours appropriés, ici pour un secours routier : un Véhicule de Secours et d’Assistance aux Victimes (VSAV), un Véhicule de Secours Routier (VSR), un Véhicule de Liaison Chef de Groupe (VLC), ainsi que les autres services appropriés : Gendarmerie/Police, le SAMU, le Service des Routes du Département. C’est le premier chef d’agrès des sapeurs-pompiers (généralement celui du VSAV) arrivé sur les lieux qui passe un premier « message d’ambiance » avec la radio de son véhicule vers le Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours (CODIS) pour dire ce qui s’est passé, le nombre de personnes et véhicules impliqués, la localisation précise de l’accident, les risques résiduels et les demandes de renforts si nécessaire.

Un cadre opérationnel particulier

La première ambulance de sapeurs-pompiers qui se présente sur les lieux d’une situation d’accident grave avec de multiples victimes, appelée aussi SMV (Situation à Multiples Victimes) en langage secouriste, et qui demande de multiples renforts ou des renforts spécialisés, reçoit par la suite le concours d’un officier de sapeurs-pompiers appelé « Chef de Groupe ». C’est lui qui demande le déclenchement du plan ORSEC (ORganisation des SECours) auprès de la Préfecture du Département, via le Centre Opérationnel Départemental des pompiers (CODIS) qui réceptionne ses messages radio. Dès qu’un plan ORSEC est déclenché par l’autorité hiérarchique, une plus grosse chaîne de commandement se met en place et prend le relais du chef de groupe, déjà présent sur les lieux, avec d’autres acteurs majeurs qui vont entrer en action : préfet, chef de site, autorité municipale, autorités sanitaires, effectifs spécialisés de sécurité civile, Gendarmerie/Police, etc…

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Plan ORSEC et chapelle ardente

Lors de la présence de multiples victimes sur un sinistre, une catastrophe ou un accident (généralement plus de 10, selon le cas), il peut être mis en place un « hôpital de campagne » déployé par les secouristes sur place, avec des renforts sanitaires envoyés sur place via le Service de Santé et de Secours Médical (SSSM)  du département où se déroule l’action. Des colonnes de secours sanitaires sont alors constituées et envoyées sur place, avec l’action conjointe du SAMU, des pompiers et parfois de la sécurité civile, de la protection civile, la croix rouge et les sociétés d’ambulances privées. L’évacuation des victimes, triées selon leur état de gravité, se fait sous les ordres d’un médecin coordonateur, présent sur place, en accord avec le Commandant des Opérations de Secours (COS), généralement un officier supérieur de sapeurs-pompiers, et le Directeur des Opérations de Secours (DOS) une autorité administrative représentant l’état sur les lieux, souvent le Maire ou le Préfet.

Les corps des victimes décédées sont regroupés et identifiés, autant que faire se peut, par un Officier de Police Judiciaire (OPJ) de la Gendarmerie ou la Police et un médecin légiste, sur place, et transportées ensuite par les pompes funèbres réquisitionnées pour l’occasion, souvent plusieurs confrères mobilisés, vers soit un établissement funéraire, soit une chapelle ardente, créée pour l’occasion.

pompiers-accident-route-300x200 Drame de la route et suivi psychologique des intervenantsSuivi psychologique des intervenants

Psychologiquement parlant, les intervenants secouristes, sapeurs-pompiers, gendarmes, policiers, agents départementaux sont confrontés à des scènes de violences rares lors de ces terribles drames de la route. Il se peut que ces professionnels du secours et de l’assistance, partis depuis leur casernement avec empressement dans le but de porter secours aux victimes peuvent parfois se retrouver impuissants face aux victimes, dont ils ne peuvent que parfois que constater le décès, malgré leur diligence et leur volonté. Ce qui peut constituer un trouble d’ordre psychologique, surtout lorsqu’il y a de nombreuses victimes, en bas âge, en ce qui concerne le drame de la route près de Troyes.

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Pour leur fournir une écoute attentive et un suivi particulier, au retour d’une grosse intervention de ce genre, les équipages de sapeurs-pompiers des véhicules dépêchés sur place, font toujours un débriefing au calme avec leur commandement présent sur place, puis un RETour d’Expérience (RETEX), sur les points positifs et les points négatifs de l’intervention. C’est là que sont décelées les atteintes psychologiques chez les intervenants. Le commandement des pompiers peut alors saisir la Cellule d’Urgence Médico-Psychologique (CUMP), partie intégrante du SSSM du Service d’Incendie et de Secours dont ils dépendent, composée d’un médecin et d’un psychologue, sapeurs-pompiers volontaires ou professionnels, eux aussi. Ils pourront fournir assistance et écoute collective et/ou individuelle, avec un suivi particulier des intervenants traumatisés, ou non.

Dans les pompes funèbres, chez les agents funéraires qui sont intervenus, il n’existe pas de suivi psychologique proposé ou préétabli pour les confrères qui ramassent les corps, dans des cas parfois très insoutenables. Pourtant, ils font aussi partie, d’une certaine manière, de l’organisation des secours, même si, lorsque ceux-ci sont réquisitionnés, il est bien souvent, hélas, trop tard.

Dans les années 2000, un sondage anglais a mis au grand jour une statistique qui fait froid dans le dos : depuis 1986, on a constaté une augmentation de près de 200% des suicides chez les agriculteurs, les médecins et…les agents funéraires.

 

Par Guillaume Prunier.

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