Du 11 septembre 2001 à Nice, de la mémoire à la rancune

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attentat du 11 septembre 2001

Le 11 septembre 2001, quatre avions s’écrasaient aux Etats-Unis, deux dans le World Trade Center, un dans le Pentagone, un dans un champ en Pennsylvanie. Personne n’a oublié ce qu’il faisait ni ou il était à ce moment précis. D’autres occasions de se souvenir se sont ensuite reproduites. Mais quelle est la limite de la mémoire ?

« Ca a commencé comme ça »
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la Nuit

Je me souviens

C’était une belle journée, et mon père en profitait pour tailler les haies. Il m’avait demandé de transporter les déchets verts à la déchetterie de Brest, le Spernot. En pleine après-midi, il faisait beau, j’étais sur le boulevard de l’Europe, occupé, comme tout bon brestois, à surveiller mon compteur de vitesse : cinquante kilomètres heures sur une quatre voie bien dégagée, autant dire un piège à points.

Au moment où j’arrivais sur le rond-point à l’entrée de la déchetterie, alors qu’une cassette tournait dans l’autoradio, je l’éjectai, juste au moment où un flash info annonçait qu’un avion se serait écrasé à New York, au conditionnel. A la déchetterie, j’attendis un peu en discutant avec les agents, puis avec un aimable retraité, sur la météo et le jardinage.

De retour sur le boulevard de l’Europe, un peu avant le cimetière de Lambezellec, je rallumai la radio que j’avais éteinte. Un journaliste de France Info visiblement troublé, parlait d’un second avion.

Et c’est ainsi que tous les espoirs que nous avions placé dans le XXIéme siècle moururent le 11 septembre 2001.

S’habituer

Quand je pense que mes parents m’ont raconté que eux n’oublieraient jamais ce qu’ils faisaient quand l’homme a marché sur la Lune ou que Claude François est mort… C’était mieux avant, vraiment ? Oui, vraiment.

Parce que je me souviens aussi ou j’étais quand des islamistes ont mitraillé Charlie à la Kalash. Je me rappelle encore du message d’un ami, alors que les infos étaient incertaines « Putain, ils ont buté Cabu ! ». Cabu, c’était le gars sympa du Club Dorothée, quand on était petits, avec ses lunetets rigolotes.

Je me souviens ou j’étais quand le camion a foncé sur la foulé à Nice.

Je me souviens où j’étais quand les terroristes sont entrés dans le Bataclan.

Je ne sais pas de combien d’autres je vais devoir me souvenir.

Du 11 septembre 2001 à la mémoire infinie

Parce que, paradoxalement, chacun de ces événements est suffisamment traumatisant pour que l’on s’en souvienne, mais on nous explique benoîtement que l’on doit « apprendre à vivre avec ». Toute la question est posée là : à quel niveau la mémoire sature-t-elle et, surtout, que se passe-t-il ensuite ?

Verra-t-on apparaître un extrême de lassitude, ou la mémoire cessera de considérer ces événements comme exceptionnels ? Ou bien assistera-t-on à une réaction plus violente ? La rancune est aussi une forme de mémoire.

Je me rappelle en tout cas qu’au lendemain du 11 septembre 2001, tout le monde s’accordait à dire que c’était la fin d’un certain monde. Ce que nous n’avions pas alors pleinement compris, c’est que c’était le début d’un autre.

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