Du 11-Septembre au 7-Janvier : quand la vie s’arrête

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Aujourd’hui  jeudi,  jour d’après. L’attentat perpétré mercredi contre « Charlie hebdo » a été le plus sanglant en France depuis cinquante ans. Un traumatisme. Une sidération. Comme un 11-septembre à la française, a-t-on même entendu. « Un acte de guerre », a glissé l’ancien directeur du journal  satirique Philippe Val.

Bien sûr, c’était le but recherché, à n’en point douter. Effrayer. Punir. « Venger » comme les deux ninjas l’ont clamé, fusil-mitrailleur en main. « Quand on n’a pas d’arguments, on tire », a écrit ce matin Laurent Joffrin dans « Libération ». Et, parce que cela dépasse l’entendement, on en demeure cloué net à entendre la nouvelle qui tombe, hier matin. Qui enfle et se précise dans l’horreur. La ronde des victimes qui s’allonge. Cabu ? Est-ce possible ? Et Wolinski aussi ? Et Charb, Tignous, Honoré ? Là, tous ces talents, ces symboles dont on commente en riant les dessins depuis si longtemps. Douze assassinats d’un coup en plein Paris ?

Alors, bien qu’informés (surinformés ?) en quelques instants, on reste hébété longtemps devant la télévision, zappant au fil des images, toujours les mêmes, mais qu’on peine à admettre. Des heures. Pour quoi faire ? On ne sait pas trop. Les radios n’en savent pas plus. Les sites des journaux ne sont même plus accessibles, saturés. Plus de dix millions de requêtes « Charlie Hebdo » hier sur Google. 16 millions de Français regarderont à vingt heures les journaux de TF1 et de France 2, leurs témoignages  et leurs récits déjà connus.  Après midi, Facebook, Twitter tournent à plein, en boucle. On s’envoie des SMS, on se téléphone. C’est toute une France qui s’arrête, qui partage la même stupeur, chez soi, au travail. Comment est-ce arrivé ? On se donne parfois rendez-vous  pour le soir, milliers de « Charlie » à dire « non » dans des rassemblements qui rassurent.

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Sidération. On se souvient du 11-Septembre new-yorkais. De cet incroyable temps suspendu à l’avenir des tours jumelles en feu. Des images en boucle, et pas plus d’informations disponibles non plus. On se souvient des attentats parisiens de 1995-1996. Mêmes signes d’impuissance. Même attirance, un peu sonnée, devant la télévision. Mêmes reportages de gens errants, de sirènes de police, d’ambulanciers affairés.

Pourquoi rester là ? En vingt ans, les chaînes d’info sont nées, internet a poussé les murs, la téléphonie a ouvert les vannes. C’est le sens du progrès. Le terrorisme nous rend toujours aussi incrédule, mais devant plus d’écrans.

(Extrait d’un dessin du Néerlandais Ruben L. Oppenheimer)

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