Du bon usage du bourre-pif en pompes funèbres

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Il y une règle primordiale dans les métiers du funéraire, tacite, mais que l’on devrait néanmoins expliciter plus clairement, enseigner à nos jeunes, voire graver dans le marbre. Cette règle est simple : pas taper.

asterix-obelix-300x268 Du bon usage du bourre-pif en pompes funèbresNon, l’art délicat et jubilatoire du bourre-pif est proscrit dans nos professions ou règnent calme, recueillement, componction. Dès lors que la moindre algarade éclate au milieu d’obsèques, c’est la dignité qui baisse dans des proportions inversement proportionnelles à l’intérêt des médias.

Coup de boule funèbre

Tenez, comme cet incident qui a égayé la presse de nos voisins et amis Belges ce week-end. On nous apprend que, pour des raisons relativement complexes, un malentendu sur fond de règlement, un fossoyeur et un croque-morts en sont venus aux mains. Bilan, une paire de lunettes cassées, une plainte déposée par l’un contre l’autre, et, donc, un succulent article de journal.

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baffes-150x150 Du bon usage du bourre-pif en pompes funèbres

Il est l’occasion pour nous de rappeler les trois aspects essentiels du dogme du salarié non-violent.

Première règle : quand tu tapes le type en face de toi, il y a de fortes chances que le type sur qui tu tapes porte plainte. Ce qui peut entraîner des conséquences fâcheuses, comme la perte de votre emploi, une forte amende, voire une condamnation plus lourde.

Deuxième règle : parfois tu as tort, il faut savoir le reconnaître, mais parfois c’est l’autre et lui n’est pas capable de l’admettre, ce qui en fait un imbécile. Il est impossible, malheureusement, de guérir les imbéciles. Ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Troisième règle (mais la plus essentielle) : on lave son linge sale en famille. Que ce soit verbal ou physique, un accrochage ne doit jamais, au grand jamais, avoir lieu en public. Tout ce qui doit être donné à voir à la famille, à l’assistance, aux témoins, ce sont des gentlemen qui travaillent ensemble à la résolution d’un épineux problème. Invectives, injures et éventuels échanges de baffes se font en privé, porte close. Il ne faut pas qu’une posture un peu impulsive jette l’opprobre sur toute la profession, pensez à vos collègues qui se retiennent depuis des années, au péril de leur santé, à botter des arrière-trains qui le méritent.

Règle bonus : si d’aventure, comme je me le suis autorisé plus haut, vous considérez que l’individu face à vous est un imbécile, vous devez accepter que parfois, vous aussi, pouvez être considéré, de manière justifiée, comme un imbécile par quelqu’un d’autre, occasionnellement. Celle-ci se passe, je pense, de commentaires.

obelix2-300x252 Du bon usage du bourre-pif en pompes funèbresTierce personne, cette ennemie

Bien entendu, les professionnels ne sont pas les pugilistes les plus fréquents. La plupart du temps, les manifestations belliqueuses s’expriment plus du côté de l’assistance.

Il me vient en tête un incident survenu en pleine église, ou la famille était séparée en deux clans, celui du fils d’un côté, celui de la fille, sa sœur donc, de l’autre. Les deux parties s’étaient invectivées de loin, mais la police, faite par le Maître de Cérémonies, et une certaine décence avaient contribué à ce que frère et sœur ne se retrouvent pas nez à nez.

Bien entendu, la catastrophe arriva, au pire moment. Durant la bénédiction, frangine et frangin se retrouvèrent chacun devant leur bénitier, sis face à face, au même moment, et s’empoignèrent, accrochage de col et distribution de tartes aux phalanges inclus. Le seul souci, c’est qu’entre les deux bénitiers (qui voltigèrent bruyamment) il y avait aussi le cercueil de leur père, et en face, un curé de 80 ans terrifié et une assistance médusée.

Un lointain cousin, neutre, était également officier de police, et demanda l’aide discrète de ses collègues. De toute ma carrière, c’est la seule fois ou je me rappelle avoir vu la BAC former un cordon de sécurité entre deux membres d’une même famille, plus tard, au crématorium.

Alors, il y aurait certain article à écrire à ce propos, et déjà, des voix s’élèvent pour dire que nous l’avons fait il y a quelques semaines, merci de votre lecture attentive, sur la sécurité en convoi.

Mais il y a un aspect essentiel ne pas négliger dans ces circonstances, lorsque les familles se battent, vitupèrent, s’insultent, se tiennent globalement mal, c’est qu’on a le droit d’avoir envie de leur botter l’arrière train vigoureusement, on a le droit de rêver distribuer tartes aux doigts et bourre pifs, qu’on peut fantasmer mandales et taloches, mais il ne faut jamais, jamais, passer aux actes.

Non, vraiment, n’insistez pas ; même si ils le méritent, j’ai dit : jamais !

Sinon, il est possible, dans un cas miraculeux, qu’une réconciliation express s’opère, mais cela risque fort d’être à votre détriment.

Bagarre-Madonna-Lady-Gaga Du bon usage du bourre-pif en pompes funèbres
Madonna et Lady Gaga s'humilient en public (encore plus que d'habitude)

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