Ecologie, économie et Made In France dans un bateau… Et les pompes funèbres à quai ?

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L’écologie et les pompes funèbres : vaste débat, ou plutôt non-débat. Mais cet argument à la mode, comme le Made in France, sont ils des motivations d’achats dans les agences ? Et sinon, doit on pour autant les ignorer ?

foret-300x225 Ecologie, économie et Made In France dans un bateau... Et les pompes funèbres à quai ? Dans un article de La Nouvelle République.fr, que vous trouverez en cliquant sur le lien, se trouve posée la question de l’écologie dans les pompes funèbres, avis de professionnels à l’appui. En substance, l’écologie n’est pas un argument de vente, et les professionnels privilégient la Made In France à la demande des familles. Nous avons pensé que cela valait bien un approfondissement, sous forme de questions complémentaires.

L’écologie, un gadget ?

D’après Pierre Larribe, responsable juridique de la Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie, l’écologie ne suscite pas véritablement l’engouement des foules. Emmanuel Moreau, responsable des pompes funèbres du même nom à Poitiers, confirme, dans le même article, ajoutant qu’il refuse les cercueils en carton, comparés à des emballages. Les familles seraient plus sensibles au Made In France.

Ces deux intervenants expriment les visions du funéraire : la mercatique, avancée par Mr Larribe, et la qualitative, soutenue par Mr Moreau. Attention ! Loin de nous l’idée de dire que le cercueil en carton n’est pas un argument qualité (nous l’avons défendu dans ces colonnes) mais qu’il correspond à la vision de la qualité des Pompes Funèbres Moreau, élément de son identité. Et, dans l’absolu, aucun des deux n’a tort : d’un côté, il est inutile de proposer aux familles un concept-produit, l’écologie, si le décideur n’en a cure, et, de l’autre, il vaut mieux éviter de proposer un produit avec lequel on se sent mal à l’aise.

tarzan-300x240 Ecologie, économie et Made In France dans un bateau... Et les pompes funèbres à quai ? Tarzan à l’assemblée

Mais l’écologie n’en est pas pour autant un argument négligeable, si l’on considère que le client n’est pas le seul donneur d’ordre. Le législateur a lui aussi son mot à dire, et il ne s’en prive pas : les crématoriums qui vont devoir dépenser plusieurs centaines de milliers d’euros pour les mises aux normes en savent quelque chose. Et si l’écologie n’est pas un sujet de préoccupation individuel, il n’en est pas moins un problème collectif : médias, lobbys, opinion publique pressent le législateur d’agir, et celui-ci légifère. Si les crématoriums sont visés, d’autres voies sont à l’étude : suppression du formol en faveur d’un produit biodégradable, uniforme biodégradable imposé à tous les défunts pour remplacer le traditionnel costume.

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Certes, les pompes funèbres sont une industrie beaucoup moins polluantes que les produits pétroliers, par exemple. Mais ce qui importe, c’est la force du symbole. L’électeur est inquiet de voir, le soir, dans son poste de télévision, le pôle fondre. Que le législateur sonne l’hallali sur le formol, c’est une façon de dire : « J’ai trouvé un polluant » (traduire : « je cherche activement à savoir pourquoi les pôles fondent ») « et je l’ai interdit » (traduire : « je ne suis pas indifférent, je fais tout mon possible »). Puis il va voter, serein, la construction d’une centrale thermique qui polluera plus en une journée que tous les thanatopracteurs de France en un an. L’important n’est pas de faire, mais de donner à voir.

L’écologie est donc un argument à prendre en compte, pour une raison simple : si l’écologie n’est pas un argument vendeur, les pompes funèbres doivent toutefois considérer le problème en amont, pour montrer l’image, en corrélation avec les actions, d’un métier attentif à l’environnement, sensibilisé et responsable. Le risque, sinon, c’est de voir le législateur prendre l’initiative à la place des professionnels de terrain. La question de savoir si oui ou non on croit au cercueil en carton ne se posera plus, alors : de toute façon, on n’aura pas le choix.

Il est toujours bon de préciser que le bois de ses cercueils vient de forêts eco-gérées. Ce qui rend cet effort vain, c’est que toutes les forêts d’exploitations européennes sont aujourd’hui eco-gérées. Déjà, on n’a plus le choix, ce qui rend l’argument vain.

Montebourg-300x199 Ecologie, économie et Made In France dans un bateau... Et les pompes funèbres à quai ? Marinière funèbre

Plus sceptiques encore nous a laissé le Made In France. Si les familles sont insensibles, à tort selon nous, comme nous l’avons expliqué, à l’argument écologique, elles seraient plus attirées par les critères de qualité, de prix, et par le Made in France.

La qualité ne vaut même pas la peine d’être évoquée ici : dans le milieu du funéraire, ou les sentiments comme la symbolique sont fortes, et ou il n’y a pas de seconde chance, elle va de soi. Un entrepreneur qui traiterait son convoi par dessus la jambe sous prétexte qu’il le fait à bas coût n’a tout simplement pas sa place dans le métier. Le prix, par les temps qui courent, est en revanche primordial. Le climat de crise ambiant, l’apparition d’outils de comparaison de prix, et une évolution des mentalités incitée par la concurrence entre opérateurs font qu’il est l’un, sinon le, critère majeur du choix d’un opérateur à prestations équivalentes.

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Mais le Made In France ? Une étude parue la semaine dernière démontre que le fabriqué en France engendre un surcoût de 30%, ce qui, d’emblée, pose un paradoxe. De surcroît, pardon, j’interromps un instant le cours de cet article pour raconter ma vie, en huit ans de pompes funèbres dont cinq à recevoir des familles, jamais au grand jamais, on ne m’a demandé si le cercueil était bien fait en France, ou si le capiton ne venait pas de Pékin.

Non pas que je mette en question la parole de Monsieur Larribe. Mais le Made In France a tout d’un effet de mode, ce qui implique que son succès fulgurant sera sans doute suivi d’une chute brutale. D’ici quelques temps, si ce n’est pas déjà en cours, l’on risque d’entendre « Made In France ? Je voudrais le moins cher, à la place ». De mode à repoussoir, il n’y a parfois qu’un pas.

090106184031-300x206 Ecologie, économie et Made In France dans un bateau... Et les pompes funèbres à quai ? En revanche…

Il arrive relativement fréquemment entendre une famille expliquer que le défunt avait choisi la crémation « parce que c’est mieux pour l’écologie ». Un premier pas, pas forcément suivi d’effets sur les prestations complémentaires du bon de commande, mais à encourager, en commençant par démontrer que l’écologique n’est pas le bio et n’engendre pas forcément un surcoût.

Enfin, il reste à défendre ses tarifs. Expliquer aux familles que certes, le monument en granit Rose de la Clarté est cinq fois plus cher que celui en granit chinois, mais qu’ils en auront pour leur argent, dans les deux cas.

Sur ces sujets, et d’autres que nous avons omis, une chose est certaine : les professionnels du funéraire doivent garder la main, et expliquer ce qu’ils font, comment, avec quoi et pourquoi. Une attitude passéiste implique de subir le marché et ceux qui en fixent les règles, sans possibilité d’intervenir. Avec ce que cela implique.

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