Edito : uberiser les pompes funèbres, une fumisterie

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Opinion : C’est la révolution ! Olé ! Faites chauffer les tortillas, débouchez les bouteilles de tequila, allumez vos cigares, voici venir les jeunes loups ambitieux qui veulent métamorphoser le monde du funéraire. En conjuguant un nouveau verbe : j’ubérise, tu ubérises, il ubérise…

Uber se retourne dans sa tombe

Tout commence à San Francisco en 2009, lorsque Garrett Camp, Travis Kalanick et Oscar Salazar lancent une société appelée UberCab, proposant des chauffeurs privés à la demande.

L’idée leur est venue en 2008, lors d’un voyage à Paris. Les compères cherchent un moyen de se déplacer dans la capitale, et réalisent que les problèmes de taxi sont les même à Paris qu’à San Francisco, et, probablement, dans de nombreuses métropoles mondiales.

Ils décident donc de créer leur entreprise, qui remporte un succès vif et immédiat. La plus grosse métamorphose apparaît avec l’application UberPop, qui met en relation des particuliers en demande de transports avec des chauffeurs non professionnels. Un service professionnalisé de particulier à particulier, donc, contre lequel s’érigent même des états.

Mais le fait est là : Uber est passé dans le langage courant via le terme uberisation, qui désigne tout service mettant en relation des particuliers pour réaliser une prestation payante en contournant les réseaux professionnels établis.

Uberisation du funéraire

Les velléités d’uberisation sont partout. Et le funéraire ne pouvait échapper longtemps à quelques tentatives. C’est chose faite. Mais… Une mise au point s’impose.

Déjà, il faut arrêter de faire passer ces jeunes uberiseurs pour des chevaliers blancs. Non, ils ne veulent pas faire économiser de l’argent aux familles en contournant ces infâmes profiteurs de pompes funèbres. Ils veulent faire de l’argent en piquant l’idée de Garrett Camp, Travis Kalanick et Oscar Salazar et l’appliquer à un secteur qu’ils n’ont manifestement pas cernés, au détriment d’entreprises qui ont pignon sur rue et ont mis des années à bâtir une société sur laquelle les familles peuvent compter. Par ailleurs, ils se fichent comme d’une guigne des familles. Mauvais point.

Uberiser, ça veut dire se casser les dents ?

Parce que les uberiseurs du funéraire vont vite fait se casser les dents sur la loi, qui est dure, mais c’est la loi. Que peut on uberiser ? Le cercueil, le corbillard, la crémation, l’inhumation… Tous les produits (ou presque) et tous les services (ou presque) sont régis par des règlements stricts et strictement contrôlés.

J’ai fait le compte, et il reste l’entretien de sépulture au cimetière. Sauf que, devant la multiplication des cas de fraude aux charges sociales, l’Inspection du Travail a sifflé la fin de la récré.

Un candidat à l’uberisation du funéraire ne peut rien proposer en matière de pompe funèbre qui ne dispose d’une habilitation. Pour avoir une habilitation, il faut respecter des normes strictes. Donc engager des frais. Voilà de quoi faire grimper le coût de la facture.

Reste à uberiser les gens. Sauf que : on voit mal une pompe funèbre vendre un cercueil et louer un corbillard et accepter de voir un convoi fait avec Dédé, Marcel, Raoul.. Uber croque-morts qui prennent dix euros du convoi.

On peut, ici ou là, uberiser quelques services, mais pas l’intégralité d’un convoi. Et on voit mal une pompe funèbre, à moins d’avoir vraiment besoin d’argent, accepter sur son convoi des tiers non professionnels.

Uberiser non, innover, oui

La famille économisera un peu d’argent, certes. Mais cet argent, c’est quoi ? C’est celui qui est investi dans l’entretien du matériel, dans la formation du personnel. C’est ce petit quelques chose intangible mais qui change tout et qu’on appelle le professionnalisme.

C’est toute la différence entre l’Uber d’origine et l’Ubernimportequoi. D’un côté, un service de transport en voiture. Des millions de personnes en France peuvent conduire une voiture sans être un professionnel, alors en payer un pour me conduire d’un point A à un point B, pourquoi pas ?

Par contre, il n’existe que 25 000 professionnels du funéraire en France, tous formés, compétents, connaissant la législation et entraînés à réaliser des gestes techniques et précis. Dès lors, pour leur confier le corps d’un être cher, c’est à eux que je ferais appel en priorité, parce que le quidam moyen qui s’est inscrit sur Uber parce qu’il a besoin d’argent, il est bien, gentil, mais mon cher disparu, je ne le confie pas à n’importe qui.

Attention : il ne faut pas confondre uberiser et innover. Des entreprises apportent de l’innovation, tant dans les pratiques, les habitudes, et souvent sous forme numérique. Ces sociétés apportent un service réfléchi dans un milieu qu’ils maîtrisent en respectant la législation et sans flouer les familles. Tout l’inverse de l’uberisation.

Aussi, les familles qui seraient tentées à l’avenir de faire appel à ces uber croque-morts, il est impératif de les informer de deux points précis : le premier, nous n’avons rien à voir avec ces gens. Le second, ils en auront pour leur argent. C’est à dire peu.

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