Enigme : la mort trouble du seigneur de guerre italien

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(Capture Journal of Archaeological Science )

C’était au moyen-âge italien. Dans ce XIIIe siècle où chaque cité voulait briller, où les familles nobles voulaient s’y imposer, employant parfois des méthodes radicales. Quelques 700 ans après, la science vient ainsi d’établir que Cangrande della Scala, fameux seigneur de la guerre et protecteur de Vérone, ami du poète Dante, a trouvé plus fort que lui. Assassiné.

Il était à l’époque l’homme de plus puissant de la cité, dans un contexte de guerre entre les partisans du pape et ceux de l’empereur germanique. Un conflit interminable et larvé, qui déchirait alors les cités. Cangrande della Scale (1291-1329), un des principaux partisans de l’empereur germanique, guerroyait contre ses voisins de Padoue, Vicence, Trévise. Protecteur des arts, il protégeait Dante, qui lui a dédié une partie de son livre la « Divine Comédie ». Général, il était irrésistible. Jusqu’à cette triste année 1329 où, revenant en vainqueur du siège de Trévise vaincue en juillet, il meurt en quatre jours, pris de diarrhée, de vomissements et de terribles maux de ventre. Il a 38 ans.

L’explication est claire, à l’époque : le seigneur de guerre a bu une eau de source souillée. On lui fait des funérailles magnifiques. Ses neveux Alberto et Mastino lui succèdent. Mais bientôt, des rumeurs d’empoisonnement naissent. Comment expliquer complètement une mort subite que rien n’annonçait ?

En 2004, une équipe de chercheurs italiens de Pise (médecins légistes, biologistes, anthropologues, biochimistes…) a voulu en avoir le cœur net. Elle publie ses conclusions dans le numéro de février du « Journal of Archaeological Science ».

Direction donc l’église Santa Maria Antica, à Vérone. Cangrande della Scala y repose. Le sarcophage de marbre est ouvert. Le corps est momifié dans ses vêtements précieux, allongé sur le dos, les bras croisés sur la poitrine. Les scientifiques vont alors procéder à de nombreuses expertises, autopsie, radiographies. On trouve des traces d’arthrite et de tuberculose. Ils parviennent notamment à récolter des cheveux, des cellules du foie et des restes d’excréments. L’analyse est édifiante.

Car apparaissent des restes de pollens de camomille et, plus incongrue, de digitale. La camomille était alors prescrite en infusion pour soulager les maux de ventre. Mais la digitale est un puissant poison connu depuis l’Antiquité. La dose (pourtant dégradée avec le temps) mesurée en 2004 est à elle-seule au dessus du seuil de toxicité. Les symptômes décrits à l’époque par les observateurs correspondent aux effets de cette plante. Et voici nos chercheurs devenus témoins d’un meurtre.

Bien sûr, une intoxication accidentelle ne peut être écartée. Mais elle paraît bien improbable. La digitale était à l’époque bien connue pour être mortelle. L’enquête médicale ne dit pas qui a tué Cangrande della Scala. Un assassin envoyé par une cité rivale inquiète de ses succès militaires ? Son neveu Mastino pressé de diriger Vérone ? La chronique rapporte qu’après la mort du chef, Mastino a fait pendre un de ses médecins. Pour brouiller les pistes ?

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