Entre les rives du Styx, lorsque Frédéric Pauwels photographie les fossoyeurs

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Frédéric Pawels les fossoyeurs du styx
Entre les Rives du Styx , Collectif Huma.http://www.collectifhuma.com/

Notre article culture du jour, nous a été soufflé par notre lectrice Katia, qui a découvert le travail de Frédéric Pauwels. Habitué à un point de vue très particulier, ce photographe a jeté un regard délicat sur les fossoyeurs.

C’est au Musée de la Photographie à Mont-sur-Marchienne qu’a eu lieu le Prix National du concours « Photographe Ouverte » ce Janvier 2018. C’est Frédéric Pauwels qui a remporté le prix avec sa série «  Fossoyeurs :  entre sur les rives du Styx ».

Frédéric Pauwels s’implique totalement dans ses projets. Engagé ? oui on peut le dire. À l’instar de ceux qui utilisent les mots pour rendre compte des situations et exprimer des idées, lui, utilise les images afin de dénoncer les maux de la société. C’est pourquoi il va exposer des portraits ou des contextes qui le touchent particulièrement, tel que les sans-papiers, les SDF, la musique à l’hôpital le Quartier Nord de Bruxelles, les migrants à Calais, les femmes prostituées, etc.

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Verdun sous la forêt , les cicatrices

Voir, c’est savoir. Impossible alors de fermer les yeux une fois que les faits nous sont exposés de cette manière. Sa révolte est esthétique et pourtant bouleversante. La photographie est aussi une manière de prendre la situation d’un endroit ou d’une personne à un instant précis où se situe le point de rupture mais aussi les conséquences de ce tremblement de terre et son inscription dans la durée. Les photos viennent alors appuyer une responsabilité étatique et sociétal de la situation des personnes concernées. Elles montrent également l’universalité des situations, cela pourrait être n’importe qui.

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l’amour de la terre ça ne paie plus

Fossoyeurs : entre sur les rives du Styx

Pour une fois, il ne s’agit pas de mettre en avant l’univers de la mort en elle-même, mais bien les conditions de travail des fossoyeurs :

 » Aujourd’hui, les conditions de travail des fossoyeurs se sont considérablement dégradées, à cause notamment de cercueils trop étanche, des pesticides, ou encore de la pollution qui découle de la mauvaise dégradation des dépouilles mortelles » soulignait-il lors du vernissage. « Les besoins de reconnaissance de ce métier, et ceux de pouvoir briser le tabou qui entoure la mort pour refaire de nos cimetières des lieux de vie, m’ont convaincu d’aborder pudiquement ce sujet délicat« .

La mort…n’a jamais duré si longtemps

Face à nos dépouilles de défunts qui ne se décomposent plus aussi bien, les fossoyeurs se retrouvent face à de nouveaux problèmes. D’où cela vient-il ? Pesticides, formaldéhyde lors des soins de conservation par les thanatopracteurs, pollution des corps eux-mêmes, métaux lourds, trop forte étanchéité des caveaux et cercueils, etc. Cette série de photographies sert non seulement à montrer le quotidien de ceux qui doivent gérer cette situation, leur santé et les conditions d’exhumation, mais aussi alerter pour que la société se préoccupe de cette situation, en refaisant du cimetière sa principale raison d’exister à savoir un lieu…pour les vivants.

Je vous invite à vous rendre sur la page de l’artiste et y lire la description sous la série de photo dont voici quelques extraits :

 » Les fossoyeurs apprennent rapidement que ce type de cercueil contient quasi systématiquement des cadavres restés quasiment intacts. Ils percent le cercueil avant de l’ouvrir, pour permettre aux liquides et aux gaz de putréfaction qui y sont restés confinés de s’en échapper. »   

« On comprend alors pourquoi ces exhumations ont toujours lieu en hiver, ou au plus tard au début du printemps. Indescriptible, le parfum de la mort, ou plutôt de la décomposition des corps lorsqu’elle est toujours en cours, est la première épreuve à affronter. Le moindre rayon de soleil rend ces odeurs d’autant plus fortes et volatiles. Certains s’y habituent au cours de la journée, d’autres pas »

« Le plus dur, d’après les fossoyeurs, n’est pourtant pas cette odeur. Ce n’est pas non plus l’ouverture de cercueils datant de plus d’une demi-siècle, où l’on découvre par exemple le corps d’une jeune femme qui semble endormie. Ni le transport de ces dépouilles sur une bâche, ni le fait de laisser glisser ensuite ces silhouettes humaines et de les voir s’écraser au fond d’un ossuaire, où ils finissent par disparaitre en formant une masse impersonnelle, triste et étrange. Le plus dur, ils en conviennent tous, c’est ce moment de silence qui survient lorsque d’un caveau ou d’une tombe, on extrait un tout petit cercueil, dont il faut extraire de tous petits os. »


En 2011, il s’allie avec Virginie Nguyen Hoang et Gaëtan Nerincx pour créer le collectif HUMA. Leur vision se pose sur la vocation, l’engagement et les valeurs humaines. Ils pratiquent une photographie digne et respectueuse qui montre de près pour comprendre de loin. 

Frédéric Pauwels s’associe aux combats de Médecins du Monde dont il est le photographe attitré depuis des longues années 

Il a été nominé pour le Prix Dexia et est lauréat du 16ième Prix National Photographie Ouverte avec le Prix du Patrimoine / Amis de l’Unesco 

 

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