Etre de permanence le jour de Noël

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(D’après une histoire vraie)

Sujet sensible, s’il est en, en voilà un qui ne manque pas de faire parler dans les rangs des agents funéraires.

perenoel-mort Etre de permanence le jour de NoëlIl n’y a rien de plus désagréable pour un agent funéraire de permanence le jour de Noël d’être appelé à un domicile pour un décès, que ce jour-là.
Que vous soyez secouriste, sapeur-pompier, ambulancier, gendarme, policier ou agent funéraire, ce jour-là est si particulier dans les habitudes collectives et les traditions de notre société qu’il paraît démesuré et illogique de mourir un 25 Décembre, jour de fête et de réjouissances. Du moins dans l’imaginaire collectif.

Laissez moi vous dresser le tableau :

Vous êtes de permanence, chez vous ou dans votre famille, vous êtes peut-être allé à la messe de minuit la veille avec vos parents et votre grand-mère pour lui faire plaisir, et vous êtes à table, le téléphone d’astreinte (pour ceux qui en ont) posé bien sagement sur la commode derrière vous, en priant pour qu’il ne sonne pas. Votre famille sait que vous pouvez partir à tout moment mais personne n’ose y penser, ce serait incroyable et peu probable que vous partiez en cette belle fête de famille et encore moins en plein repas…
Bref, les agapes sont consommées, et au moment du café, il est environ quinze heures, la sonnerie fatidique retentit sur la commode. Vous vous approchez nerveusement de votre téléphone, vous le prenez, sur l’écran s’affiche un numéro inconnu. Et mince !

– Les Pompes Funèbres X, j’écoute ?
– Oui, bonjour, je vous appelle parce que (…)

Après une brève conversation téléphonique où vous aurez pris soin de noter l’adresse du domicile, le nom du défunt et un numéro de téléphone en cas de contre-appel si besoin est, vous serez allé chercher votre véhicule de transport de corps à l’entreprise (s’il n’est devant chez vous pour certains, ça dépend des boîtes et des patrons), tout en ayant pris soin de vous excuser auprès de votre famille pour votre départ imprévu, sans trop leur donner de détails pour ne pas les choquer, à la vue de leurs regards interrogateurs figés sur vous lorsque vous enfilez votre manteau…

Une trentaine de minutes plus tard, vous êtes devant le domicile avec votre collègue brancardier qui vous a rejoint au dépôt. Le SAMU est déjà parti et les pompiers finissent de ranger leur matériel dans leur ambulance. Leur chef vient vous voir, vous êtes un peu stressé à l’idée de ce qu’il va vous dire (…) Puis vous entrez avec lui dans le domicile. Vous percevez déjà des pleurs dans la cuisine.
Les guirlandes du sapin clignotent, du papier cadeau chiffonné est encore au pied du sapin, la table du salon n’est pas encore débarrassée, des personnes silencieuses, des larmes aux yeux pour certaines, vous fixent d’une manière hyper désagréable. Et par terre dans le salon, sous un drap jetable blanc, disposé avec soin par les pompiers, un corps.
Le chef d’agrès de l’ambulance vous aura informé que c’est le grand-père qui aura fait une fausse route à table et se sera étouffé avec un morceau de viande ; arrêt respiratoire, puis cardiaque, puis décès, déclaré par le médecin du SMUR sur le certificat bleu dans votre poche, qui vous a été remis par le chef des pompiers …

Après avoir embarqué le défunt à bord de votre véhicule dans une ambiance plus qu’électrique, tendue et improbable, fait signer quelques documents à l’épouse du défunt qui était très choquée, résisté aux cris de douleurs et aux pleurs de la famille qui était sur place, vous regagnez la chambre funéraire, la mort dans l’âme, votre collègue brancardier assis à côté de vous, qui ne pipe mot lui non plus.

Vous avez proposé à la famille de les recevoir au bureau de l’agence funéraire le lendemain matin, pour éviter d’aggraver leur douleur en ce jour et qu’ils restent en famille pour s’épauler les uns les autres, et ils ont accepté. Après avoir placé soigneusement le corps du défunt en case réfrigérée, faxé un ou deux papiers à la mairie du lieu de décès et bu deux ou trois cafés avec votre collègue, vous ne savez pas si vous avez le courage de rejoindre votre famille qui vous attend, pour éviter d’affronter leurs interrogations et leur gâcher la fin de journée par votre mauvaise humeur (parce que c’est pas cool quand même ce genre de déplacement un jour pareil) mais vous le faites quand même, comme si de rien n’était, parce que bon sang de bois, c’est Noël, après tout !

Bref, désolé si cet article choque une partie du lectorat, mais il me semblait important de partager avec vous un aspect pas très marrant de notre profession.
Une pensée à toutes les corporations qui seront d’astreinte ou de permanence le 25 Décembre prochain. Sinon, Joyeux Noël à tous !

(Toute ressemblance avec une histoire semblable à la vôtre serait purement indépendante de notre volonté)

2 COMMENTAIRES

  1. Bonsoir je ne suis absolument pas choqué par cette article car j’ai été pendant douze ans pompier volontaire, et je me portais toujours volontaire pour les gardes le 24 et 25 décembre.
    Des morts j’en ai eu pas mal, je trouve que votre article est très bien.
    Merci

  2. Bonjour et bonne année a tous
    C’est pratiquement ce que j’ai du faire ce dernier noel j’ai quitté le repas aprés l’entrée pour m’occuper d’une personne qui malheureusement etait bien plus jeune que ce grand pére , l’atmosphére etait bien comme dans votre fiction à tout point de vue

    suis je le seul ?

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