Etudes supérieures funéraires : un diplôme de pompes funèbres ?

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Image : http://orientation.blog.lemonde.fr/2011/06/07/concours-des-grandes-ecoles-faut-il-reformer-les-epreuves-pour-les-rendre-plus-accessibles-a-tous/
ges004-grandes-écoles-300x225 Etudes supérieures funéraires : un diplôme de pompes funèbres ?
Image : http://orientation.blog.lemonde.fr/2011/06/07/concours-des-grandes-ecoles-faut-il-reformer-les-epreuves-pour-les-rendre-plus-accessibles-a-tous/

A la suite de nombreuses questions de lecteurs non professionnels sur l’existence d’un cursus scolaire donnant accès au métier des pompes funèbres, nous nous sommes interrogés sur la possibilité de mettre en place un cursus spécifique à notre profession. Alors ? La réponse est ici.

La naissance d’une formation

Il existe deux voies pour créer un cursus scolaire : la voie classique, par décret ministériel, ou la voie du terrain, qui a contribué à l’apparition de formations spécifiques. Cette dernière est le fruit de la rencontre entre des professionnels désireux de recruter une main d’œuvre qualifiée, et l’Éducation Nationale, dont on oublie parfois que son rôle ne se cantonne pas à former des citoyens pourvus d’une culture générale honorable, mais aussi de les armer pour affronter la vie, en les aidant à acquérir un métier. En somme, des enseignants et chefs d’établissement rencontrent des professionnels, et de leurs échanges naît l’idée d’une filière d’enseignement. Reste à remonter le dossier à l’académie, qui le fera suivre au ministère.

Les écoles peuvent dispenser un enseignement propre, sous réserve d’accord de l’inspecteur d’académie sur le contenu pédagogique, mais celui-ci n’a aucune valeur si il n’a pas été validé par le ministère, seul habilité à donner la reconnaissance officielle du diplôme.

Il faut, pour le dossier, un contenu précis, constitué de la motivation, à savoir pourquoi créer ce diplôme, offre-t-il des débouchés à ses titulaires, et un contenu pédagogique spécifique et adapté. Il doit valider l’apparition de nouvelles compétences nécessaire à une profession déterminée.

Reste à déterminer le niveau : s’agira-t-il d’un CAP, d’un BEP, d’un bac professionnel, ou d’un BTS ?

Le BTS pompes funèbres ?

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"Et là, vous insérez le trocart dans la cavité abdominale" (image : http://www.anglaisfacile.com/exercices/exercice-anglais-2/exercice-anglais-51102.php)

Nous sommes partis, pour l’hypothèse de création d’un BTS pompes funèbres, de certains impératifs inhérents à la profession, notamment ceux d’un bon niveau d’expression écrite et orale, la maîtrise de la recherche documentaire et une capacité d’analyse et de compréhension des textes législatifs. Nous avons également pris pour hypothèse l’âge moyen des candidats : le BTS est passé par des bacheliers, théoriquement âgés, donc, de 18 ans environ. Il semble en effet compliqué de demander à un jeune homme ou une jeune fille dans le cadre d’un CAP, par exemple, de faire un stage en milieu funéraire, d’assister à un soin de conservation, voire de traiter avec une famille : celles-ci demandent légitimement un interlocuteur crédible, et l’âge est une barrière infranchissable. Tout vient en son temps…

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Enfin, nous avons, toujours pour l’hypothèse, posé les bases d’un programme. Là, nous nous sommes heurtés à un obstacle majeur : même en mettant bout à bout les heures cumulées nécessaires à la formation d’un porteur, d’un maître de cérémonies, d’un assistant funéraire (ces deux derniers ayant un large tronc commun) et d’un thanatopracteur, nous avons eu beaucoup de mal à remplir le contenu de deux ans de formation. Se sont ensuivi des ajouts d’heures de droit et de psychologie…

Un diplôme ? Non merci

Les conclusions sont limpides : il n’est tout simplement pas possible de créer un diplôme de pompes funèbres au sein de l’éducation nationale, ce pour de multiples raisons. La première, c’est que pour des considérations d’âge, la seule voie possible est celle du BTS, excluant d’emblée les non-bacheliers, qui forment un contingent non négligeables de marbriers, porteurs, mais aussi Maîtres de Cérémonies ou assistant funéraires capables et compétents.

La seconde, c’est que l’impossibilité de remplir une grille de programme avec la spécificité d’un seul métier obligerait à fusionner toutes les compétences, ce qui serait contre-productif : d’excellents assistants funéraires seraient perdus, pétrifiés à l’idée d’être obligés de faire un soin de conservation, et des thanatopracteurs de talent, j’en connais, préféreraient tout plaquer plutôt que de parler en public.

La troisième, ce diplôme mettrait un coup d’arrêt à toutes les formations déjà constituées, jetant ainsi un système qui fonctionne, a fait ses preuves et remplis parfaitement sa mission à la poubelle, et tous les professionnels qui se sont échinés à créer un réseau de formation de qualité au chômage. Sans parler de la souplesse du système actuel par opposition à la rigidité de l’éducation nationale du fait du calendrier scolaire.

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La quatrième, puisque nous avons déjà abordé le sujet en ces colonnes, l’existence d’un diplôme présupposé pour postuler à une profession aussi particulière et sensible que la nôtre est une aberration : l’avantage du système actuel est de permettre au candidat de commencer à travailler avant de s’engager, sans risque donc de se lancer pour rien dans deux ans d’étude si le métier ne lui convient pas.

La cinquième, pour la route, les conditions d’admissions aux études supérieures, limitées en place, ne sont pas les même que celles d’un employeur expérimenté, apte à déceler chez un candidat le potentiel pour faire un bon professionnel. Un excellent dossier ne signifie pas nécessairement que le postulat a les qualités requises.

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Nous sommes donc formels : un diplôme scolaire des pompes funèbres serait une très mauvaise idée (image : http://www.lelotenaction.org/pages/content/archives/quand-l-ecole-publique-est-en-danger.html)

Pour conclure

Les pompes funèbres sont constituées, en réalité, de plusieurs professions, parfois cumulées, mais dont la base théorique, quoique conséquente, ne constitue pas le centre névralgique. Preuve en est qu’un assistant funéraire peut commencer à recevoir des familles, sous la supervision d’un aîné, avant même d’avoir mis un pied en formation. Et beaucoup de professionnels vous le diront : la très grande part de ce qu’ils ont appris et qui leur permet d’avoir des résultats exceptionnels en satisfaction de famille provient d’observations faites sur le terrain.

En un mot : aucun diplôme ne remplace l’expérience, les pompes funèbres sont l’un des métiers ou cet adage s’applique parfaitement, et il est de notre intérêt à tous que cela reste ainsi. Même si le système est imparfait et pourrait être amélioré, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : il est souple, il fonctionne, et contribue à la qualité du service rendu à des milliers de familles chaque année.

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