Exorcisme, ce n’est pas ce que vous croyez. Interview.

0
437
Exorcisme ce n'est pas ce que vous croyez

L’exorcisme : cette pratique religieuse, d’ailleurs répandue dans la plupart des religions s’appuyant sur l’ancien Testament (y compris, donc, judaïsme et islam) a fait couler beaucoup d’encre et suscité beaucoup de fantasmes. Y compris des films d’horreur dont certains sont très réussis. La question de l’existence du Diable fait débat, actuellement, au sein de l’église, et jusqu’au Pape. Mais, en réalité, qu’en est il ? Interview.

Note : il y a un exorciste dans chaque diocèse. Ces derniers sont, pour oser une métaphore hardie, le GIGN de l’église catholique, une force d’intervention réservée aux cas problématiques. Ils sont tenus à l’anonymat, non pour se protéger eux, mais pour assurer la discrétion des gens qui les consultent. Cette interview est issue d’entretiens réalisés avec deux prêtres exorcistes.

C’est quoi être exorciste ?

« Être exorciste, c’est avant toute chose être à l’écoute. Le problème de l’exorciste, c’est avant tout de se retrouver en face de personnes qui vont mal, que ce soit dans leur ressenti ou dans leur vie. C’est la question du mal, de la souffrance, et d’un certain manque de sens de leur vie dont nous parlons. Nous ne sommes pas des magiciens. »

Comment devient-on exorciste ? « On est choisi par l’évêque. Ou plutôt, devrais-je dire, l’évêque a le devoir de nommer à cette charge le prêtre dont il pense qu’il saura l’occuper avec discernement. Une fois que l’évêque a fait son choix, il convoque le prêtre et lui propose le poste. Nous pouvons refuser, c’est même un devoir si l’on ne se sent pas à la hauteur. »

Le service exorcisme

Il y a un service dédié dans les diocèses ? « Oui, avec des assistants ».

Comment cela se passe, concrètement ? « La personne contacte le service exorcisme. Aujourd’hui, sur les sites internet des diocèses, on trouve facilement le numéro. Un premier contact est établi avec un membre de l’équipe. C’est lui qui décide si la famille a besoin de rencontrer le prêtre, ou doit être orientée vers d’autres personnes qui sauront l’aider au mieux. » Un barrage ? « C’est nécessaire. Vous savez, beaucoup de gens ont vu des exorcismes au cinéma, et s’imaginent que je vais arriver en psalmodiant des prières, arrosant tout d’eau bénite, et que leur problème sera résolu. Bien entendu, non ».

Quels sont ces problèmes ? « Tout. Chômage, violences domestiques, dépression. Le monde est dur, la société dans laquelle on vit est impitoyable, et certaines personnes ne peuvent se résoudre à accepter l’idée que c’est l’homme qui fait le monde ainsi, pour eux, c’est forcément une entité malfaisante. »

Et quelle réponse leur apporter ? « Je leur explique que ce n’est pas ce qui leur arrive le véritable problème, le mal, si vous voulez utiliser le mot. Le vrai mal jouit de la résignation. Ne pas avoir la force d’affronter ces problèmes, c’est lui concéder une victoire. Nous apprenons aux personnes qui font appel à nous à prier, non pas pour que Dieu résolve leur problème, mais pour que la foi leur donne la force d’affronter et de résoudre eux-même leurs problèmes. »

Un exorciste est donc avant tout un psychologue plutôt qu’un homme de foi ? « Non, un exorciste doit savoir être les deux. Plus l’un ou l’autre selon le moment ou le besoin. »

Qui vient vous voir ? Des chrétiens fervents, je présume ? « Détrompez-vous. Ce sont des gens, très souvent, qui n’ont pas mis les pieds dans une église depuis des années. Ils sont persuadés que, comme ils se sont détournés de Dieu, Il les a abandonnés et ils sont devenus des cibles facile. Ce n’est pas comme ça que ça marche. L’amour de Dieu est un amour tenace, et il n’abandonne pas. »

L’exorcisme

Et le rituel de l’exorcisme ? « Il est rare. Et surtout, il ne concerne qu’une toute petite part de personnes qui se sont elles-même aliénées. »

C’est à dire ? « Si vous regardez les films ou les séries télévisées, et, puisque je sent que la question vous démange, oui, j’en ai vu beaucoup. Si vous les regardez, donc, vous avez l’impression que le Mal fait son régal des âmes innocentes et qu’il les possèdes selon son bon vouloir. C’est absolument faux. De mon expérience, toutes les personnes possédées ont, à un moment ou un autre, appelé le mal sur eux, dans le sens où elles ont renoncé à une part de liberté pour se donner au mal. »

C’est complexe… « Oui, c’est compliqué à définir, et à déceler. Cela demande des entretiens poussés, pour déceler, dans la vie de quelqu’un, ce moment. »

Donc, n’importe qui ne peut pas être décelé ? « Non. Le corps de chacun est le temple de Dieu. Et cela garantit notre libre-arbitre. Nous ne sommes pas des petites choses innocentes et subissantes, nous faisons nos choix. Le mal que nous affrontons au quotidien, ce n’est pas le mal, le Malin, Satan, le Diable, appelez-le comme vous voulez, ce sont juste les peurs qui se sont ancrées en nous. Les gens pensent que l’exorciste peut les chasser avec l’aide de Dieu, alors que la solution, c’est de les affronter soi-même, toujours avec l’aide de Dieu. Il y a un débat, aujourd’hui, pour savoir si Satan existe. Mais si il existe, il n’est pas agissant comme on pourrait le croire : il se contente d’attendre, et de recevoir les bénéfices de nos mauvais choix. »

Le rituel de l’exorcisme n’existe donc pas ? « Si, il existe. C’est un ensemble de prières qu’on récite, encore et encore, pour apaiser l’âme de celui qui se croit possédé jusqu’à avoir vaincu ces pensés obscures. Ce sont deux personnes qui prient ensemble. Croyez-moi, si l’on devait faire un film montrant un véritable exorcisme, il serait probablement considéré comme le moins spectaculaire jamais tourné. »

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.