Faire le tri des informations pendant une préparation de cérémonie civile

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Loguivy de la mer

Préparer une cérémonie civile : moins d’une heure pour faire d’un défunt totalement inconnu une personne dont vous allez retracer l’existence. Et si vous parvenez à avoir plein d’informations, il faudra faire le tri, ou apprendre à en obtenir de plus pertinentes.

Nous avons vu la semaine dernière une méthode pour obtenir de la part de la famille un maximum d’informations sur le défunt en perspective de la préparation d’une cérémonie civile. Mais toutes ces informations ne sont pas toujours pertinentes.

Il existe trois grands types d’informations dont il faut apprendre à vous débarrasser, ou au moins savoir résumer : les inutiles, les fantasmées, les sensibles.

Les informations inutiles

Les informations inutiles sont les plus faciles à repérer. J’ai en tête cette dame très âgée qui m’a détaillé toutes les paires de lunettes qu’avait eu son mari : en plastique, en acier, en écailles, il avait à priori eu beaucoup de mal à s’arrêter sur un modèle précis. Dans ce genre de situation, il n’y a pas trente-six solutions : il faut laisser parler la dame, parce que c’est important pour elle et qu’il ne faut pas la bloquer, et passer outre parce que l’assistance ne comprendra l’intérêt de l’énumération. Une petite phrase sur le fait que le défunt a porté toute se vie des lunettes, sans jamais acheter deux fois des paires semblables, et voilà : la dame est contente, parce que finalement, j’ai résumé son message et mentionné un détail qui à priori a de l’importance pour elle, et les proches sont soulagés, parce qu’ils ont déjà subi la litanie des lunettes et n’avaient pas envie de remettre ça ce jour particulier.

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Les familles mentionneront parfois des détails sur lesquels leur esprit, en faisant défiler les souvenirs, s’arrête de façon irrationnelle. Ne cherchez pas quelle importance peut avoir le fait qu’un samedi après midi en octobre 1983, la personne en question a été avec le défunt acheter un pull bleu : il n’y en a aucune.

Lorsque vous allez ouvrir les vannes des souvenirs, de nombreux détails inutiles, qui n’auront de sens que pour l’inconscient de celui qui vous les raconte, feront surface. Inutile de les mentionner s’ils n’apportent rien au portrait du défunt.

Les informations fantasmées

Qu’est-ce qu’une information fantasmée ? C’est une information qui reflète les désirs de celui qui la donne plutôt que la réalité.

Exemple typique, la musique. Vous demandez à un homme quelle musique mettre pour les obsèques de son père. Il vous répond « Sang pour sang » de Johnny Hallyday. Pourquoi pas ? Justement, creusez. Est-ce que son père écoutait Johnny ? Non, pas spécialement, mais le fils lui avait fait écouter la chanson. Le père était plutôt chant de marins et adorait François Budet.

C’est la différence entre l’information réelle et l’information fantasmée. L’information fantasmée, c’est la chanson que le fils voudrait passer aux obsèques du père pour adresser un message. L’information réelle, c’est la chanson qui est citée lorsqu’on demande aux proche « Quelle chanson vous fait irrésistiblement penser à lui ? »

Ceci est un cas particulier : vous pouvez passer l’une ou l’autre de ces chansons, ou les deux. Ce qui change, c’est la façon des les introduire. « Nous écouterons Sang pour Sang de Johnny Hallyday, que Monsieur XXX voulait adresser comme message à son père, puis Logivy de la Mer de François Budet que Monsieur XXX aimait chantonner en cueillant ses salades » marchera, l’inverse provoquera une incompréhension dans l’assistance.

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Faites bien la distinction entre ce qui constitue un souvenir évoquant directement le défunt, et la représentation individuelle que chaque membre peut avoir de se relation avec le défunt.

Les informations sensibles

Une information sensible, c’est un secret de famille. Ce peut être un enfant que le défunt a eu hors mariage, ou un enfant handicapé placé dans une institution, ou l’évocation d’un premier mariage…

Que faire dans ces cas là ? La meilleure solution est le consensus : faites un tour de table avec la famille, laissant chacun exposer ses arguments, et laisser décider le preneur d’ordre. N’oubliez pas la règle d’or, c’est celui qui paie la facture qui a raison. Assurez vous ensuite que tout le monde accepte la décision, le tout, le plus raidement possible, pour que les aigreurs n’aient pas le temps de s’exacerber.

La gestion de conflits en réception de familles mérite un article à elle seule, ce qui sera le cas très prochainement.

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