Faute de médecins, interdit de mourir au domicile : vers un désastre annoncé

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La Mairie de Laigneville interdit de mourir au domicile pour alerte sur le manque de Médecins

Christophe Dietrich, maire de Laigneville, dans l’Oise, a pris hier mercredi, un arrêté municipal interdisant les décès dans sa commune afin de tirer la sonnette d’alarme sur le manque de médecins. Sous l’idée à première vue loufoque se cache un véritable signal d’alarme sur un désastre sanitaire qui guette une grande partie de la France. Interview.

A une situation absurde

« Cet arrêté, qui interdit aux habitants de mourir chez eux, est une réponse absurde et concrète à une situation absurde. Bien entendu, il est inapplicable, ce n’est pas son objectif premier. C’est le seul moyen que j’aie d’attirer l’attention des politiques sur la situation, qui atteint un seuil critique. » explique Christophe Dietrich, maire de Laigneville.

A l’origine, la difficulté de faire constater les décès par un médecin, l’arbre qui cache la forêt en réalité « Nous avons eu deux affaires de ce genre en trois semaines. Hier, ça a quand même pris six heures, cette affaire. Au delà de la douleur bien compréhensible de la famille, il y a un autre fait, plus grave : nous avons deux médecins pour notre commune de 5000 habitants, et ils partent tous les deux à la retraite en fin d’année. A partir de là, nous seront un désert médical. La communauté de commune compte 24 000 habitants et n’aura plus qu’un seul médecin. Pour combien de temps ? »

Et les équipements médicaux alentours ? « Alors, il y a deux hôpitaux, mais déjà, il y en a un qui est complètement saturé, le second tient pour le moment, mais c’est très provisoire. Mais surtout, ce n’est pas le rôle de l’hôpital public de faire de la médecine générale ».

D’autant que la physionomie de la commune change « Nous avons de plus en plus de jeunes couples qui s’installent, et qui vont travailler à Paris. J’ai mille personnes qui prennent le train tous les matins. Et ils ont déjà leur médecin traitant sur Paris. Ce qui est très bien, si il n’y a pas d’urgence… »

Christophe-Dietrich Faute de médecins, interdit de mourir au domicile : vers un désastre annoncé… Une réponse absurde mais concrète

« Il faut faire quelque chose, et le faire d’urgence. Mes parents habitent dans le Var. Dans leur commune, il y a 3400 habitants, et six médecins. » Monsieur le Maire rit un peu jaune « Si vous regardez la carte, les diplômés de médecine sont tous au sud de la Loire. Depuis la Libération, ils sont restés en France libre. Je sais que cette plaisanterie est de mauvais goût, mais au moins, elle marque les esprits sur la réalité des choses. »

Mais que faire ? Les médecins sont libéraux… « Oui, ils sont installés en libéraux. Mais qui a payé leurs études, leurs facs ? Les contribuables. Et ça, aucun politique n’a le courage de le leur rappeler. » il soupire « Autant dire que je ne me suis pas fait que des amis chez les médecins. Tant pis. »

Pour le maire, la solution est assez simple à mettre en place « Il faut une régionalisation des diplômes et un numerus clausus local. Par exemple, vous faites vos études de médecine en Picardie, par exemple, au frais du contribuable Picard, mais en revanche, vous devez rester dix ans en Picardie. Un contrat clair dès le début. Comme dans la police : on vous garantit un emploi, une formation, mais dès le début, vous savez que vous allez rester dix ans en région parisienne, c’est le contrat mis sur la table. Pour la médecine, ça pourrait être pareil, il suffit de courage politique. ».

Monsieur le Maire enrage un peu contre les médecins « C’est un métier corporatiste. Bien entendu, nous avons essayé de recruter des médecins, mais la liste des exigences était démesurée. »

« Si encore les médecins laissaient quelques unes de leurs prérogatives. Par exemple, on pourrait laisser au maire la possibilité d’établir un certificat de décès pour une mort avec rigidité cadavérique. Mais non, on nous répond que c’est un acte médical. Très bien : dans ce cas, qu’ils agissent. »

Un appel au gouvernement

« La situation pourrit depuis trente ans » souligne Christophe Dietrich. C’est cela qui vous a poussé à prendre cet arrêté ? « Oui. J’ai écrit aux gouvernements successifs, je suis passé par les voies officielles, et pas de réponse satisfaisante. Alors, je me suis dit qu’il fallait en passer par ce que les politiques craignent le plus, les médias. »

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Ce n’est pas un coup politique « Je ne suis candidat à rien. Et puis, ce n’est pas de la politique qu’on attend. Les gens se fichent des discours. Ils veulent être en bonne santé, ils veulent scolariser leurs enfants, ils veulent trouver du travail, ils veulent du concret, pas des discours. »

Monsieur le Maire, en la matière, ne s’en laisse pas compter. Il s’est illustré par le principe du « retour à l’envoyeur » pour les déposes sauvages de déchets. « Récemment, on a encore identifié quelqu’un qui avait déposé dix tonnes de déchet en pleine nature. On les lui a renvoyés, juste devant sa porte… » Une méthode efficace : moins 90% de dépôts sauvages en un an.

Une chose est certaine : l’objectif de Monsieur le Maire n’est pas de faire le buzz « Je me définis sur ce sujet comme un lanceur d’alerte. Vraiment : nous allons avoir de plus en plus de zones de population qui n’auront plus accès à la médecine de proximité. Les hôpitaux sont saturés, noyés sous les demandes, ils ne peuvent plus assurer leur mission première, et perdent, de surcroît, de plus en plus de moyens. J’ai regardé le projet de télémédecine proposé par Monsieur Macron, franchement, c’est une blague ! C’est complètement aléatoire, même en télémédecine, pour avoir un diagnostic, il faut au minimum un opérateur compétent. ».

Une tâche loin d’être gagnée mais qui revêt un caractère d’urgence. Faute de quoi, des zones totalisant plusieurs millions de personnes reviendront, en terme d’accès au soin, à la situation que connaissait la France… il y a un siècle. Et Christophe Dietrich, maire de Laigneville, ne lâchera pas l’affaire, ce n’est pas son genre. Nous non plus.

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1 commentaire

  1. […] Au printemps dernier, c’est le départ prochain en retraite des deux médecins de la commune qui a suscité l’ire du maire. Alors qu’à quelques semaine d’écart, il a fallu plusieurs heures pour constater deux décès sur son territoire, il a pris un arrêté municipal « portant interdiction aux Laignevillois de décéder à domicile sur la commune ». Evidemment inapplicable, ce geste avait surtout pour but d’attirer l’attention. « Je sais que cette plaisanterie est de mauvais goût, mais au moins, elle marque les esprits sur la réalité des choses » s’est justifié l’élu dans les colonnes de la revue Funéraires info. […]

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