FUNECAP/Pompes funèbres et attentat de Nice : et si l’on disait simplement merci ?

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Tous les matins, je parfume ma revue de presse de citations glanées ci et là, et qui, font échos chez vous et moi. Parmi mes citations préférées il y en a une, dont je vais faire une entorse au sens ici, car les raisons qui me poussent à écrire ont toujours un écho plus haut que la forme en elle-même.

« La mort d’une bonne action, c’est d’en parler »

Et ça, Philippe Le Diouron l’a parfaitement compris, intégré et appliqué. Le directeur FUNECAP Sud-Est fait partie de ces noms qui ont résonnés depuis les attentats de Nice en 2016.

Dimanche, nous venions partager une information avec vous « la récompense de FUNECAP suite à leur travail après les attentats de Nice ». En réalité il aurait fallu écrire « la reconnaissance d’un travail qui aide à remettre les maux dans la boîte de Pandore ». Je m’explique :

Une reconnaissance en pointillé

Il y a eu deux commémorations significatives suite aux attentats de Nice, la commémoration post attentat en présence du député et président du département à ce moment là, Éric Ciotti et une autre un an après pour l’hommage de la Nation où présidents, actuel et anciens, ainsi que le Maire Christian Estrosi étaient présents. Sur ces commémorations, l’enjeu était grand ; Montrer que l’on oublie pas. À la fois il fallait Funecap-attentat-Nice FUNECAP/Pompes funèbres et attentat de Nice : et si l’on disait simplement merci ?associer les familles, mais aussi les professionnels qui étaient là ce jour et les jours d’après dans la reconnaissance de leur travail.

La reconnaissance est un mot, somme toute simple qui pourrait être défini ainsi « panser les plaies ». Et elle est là, la nuance. Pour la plupart des gens, la reconnaissance c’est la mise en lumière et en valeur d’un travail, la sortie de l’ombre. Pour d’autres en revanche, et c’est le cas de Philippe Le Diouron et ses équipes, la reconnaissance est le baume apaisant qui permet de refermer une période douloureuse. Durant les deux dernières commémorations, les pompes funèbres étaient invitées, mais elles ne faisaient pas partie des intervenants. Une blessure non refermée, qui a non seulement impactée les professionnels du secteur mais aussi leurs familles que nous vous avions parlé ici.

Et moi alors ?

Il n’y avait pas qu’eux, nous aussi on y était. Certes. Et je vais vous dire : et alors ? Cette reconnaissance n’appartient pas à une personne, elle est une mise en abîme profonde pour tout le secteur. Philippe Le Diouron est responsable de ses équipes, et en cela, il a tout fait pour mettre des mots sur leur travail. De plus, et je vous l’ai déjà écrit à de nombreuses reprises, derrière les réseaux sociaux l’on parle peu de concurrence mais bien souvent de confrères. Il y a dans le funéraire une humanité que je n’ai trouvée nulle part ailleurs. Moi je n’y étais pas, moi j’étais certainement quelque part avec un morceau d’insouciance en moins, parce que ma génération est marquée par les attentats, moi j’ai déjà dû consoler et écouter et épauler des professionnels aux allures d’un impossible mur qui se sont fissuré ce jour là, ou un tout autre jour. Moi je dis merci.

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La main tendue des pompiers

Petite mise au point, cette décoration n’est pas une initiative étatique, mais plutôt une initiative éthique venue tout droit des sapeurs pompiers, bien sûr, eux aussi en première ligne lors des attentats de Nice. C’est Pierre Binaud qui a proposé à Philippe Le Diouron de participer à cette cérémonie de remise de décoration grâce à un lien qui s’est créé au fur et à mesure des mois écoulés depuis les attentats. Ce sont les mots que l’on ne prononce pas qui sont les plus important. En ne reconnaissant ni la présence, ni le travail des pompes funèbres, l’État n’a pas permis la cicatrisation attendue. La frustration, la solitude et l’incompréhension ont pris le pas sur le reste. Les 35 personnes concernées ont été invitées, qu’il s’agisse de FUNECAP ou des autres partenaires, 20 personnes étaient présentes et 3 ont été décorées pour l’ensemble de l’équipe.

Un discours révélateur

La reconnaissance était aussi assumée dans les discours de Rudy SALES, adjoint au Maire de Nice, du député Eric Ciotti et de Jean-Gabriel DELACROY, Directeur de cabinet du Préfet, présents ce jour qui ont pu reconnaître le travail des pompes funèbres. Un mot, une décence pour Philippe Le Diouron, qui confie pouvoir ainsi dire que ses équipes peuvent « refermer le couvercle ». La médaille n’était pas nécessaire, la mise en lumière non plus, la symbolique oui et le discours qui allait avec, « nous n’avons jamais rien demandé ».

Pourquoi c’est important ?

J’ai coutume de dire que le funéraire est le domaine de l’ombre, le domaine des coulisses qui, comme un ballet, doit montrer le travail impeccable de la réalisation, sans les efforts fournis derrière le rideau.

Je vais vous avouer quelque chose, attention asseyez-vous : les pompes funèbres sont remplies d’humains. Enfoncer une porte ouverte ? Je ne crois pas, à la veille de cette énième Toussaint, nous aurons encore le droit au griffes acérées d’une société qui veille surtout à ne pas réveiller la mort. Pourtant la mort ne dort jamais, et avec elle, ses agents qui œuvrent pour aider les familles où qu’elles soient. Mais parfois, c’est trop dur, parfois c’est trop lourd. L’injustice, les visions horribles, les cauchemars, les « Et si ? » qui réveillent nos nuits agitées. Combien de pompes funèbres, de thanatopracteurs, ai-je eu au téléphone et qui m’ont confié tout le poids de leur travail ? Philippe Le Diouron a tout fait pour ses équipes, l’hôpital des armées de Toulon du professeur Rousseau a vu défiler les employés pour un suivi psychologique qui pour certains a duré des mois.

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Dans les coulisses d’un chemin salvateur

Pour en arriver à ce soulagement, il a fallu des mois de travail. Au delà du geste, Philippe Le Diouron et ses équipes ont tout fait pour refermer la plaie béante des attentats de Nice. Des actions ont été menées, notamment la participation aux gestes qui sauvent en novembre 2016, 2 000 mannequins ont été financé pour pratiquer les gestes nécessaires,  par le versement de l’intégralité des fonds versés par l’État suite auxFunecap-pompiers FUNECAP/Pompes funèbres et attentat de Nice : et si l’on disait simplement merci ? réquisitions qui avaient été faites au moment des attentats. Il était hors de question de bénéficier de l’argent de toutes ces réquisitions, dont FUNECAP a le marché à Nice.

De même, malgré le financement intégral des obsèques par le Fond de Garantie, une remise de 2 000 TTC a été appliquée aux familles qui ont souhaité confier leur défunt aux enseignes de FUNECAP. De même, un accord vient d’être signé avec les pompiers afin d’instaurer un système qui permet de prendre en charge leurs obsèques ainsi que celles de leurs familles : « C’est un accord social fort signé entre l’Union Régionale des Sapeurs-pompiers Sud Méditerranée et Funecap Sud Est, pour les accompagner dans ce qui ne doit jamais leur arriver ».

Personne ne pouvait être prêt pour un jour comme celui là, et personne ne le saura, dans un cas similaire. Mais les pompes funèbres, quelles qu’elles soient ont été solidaires, ensemble elles ont permis à une profession de l’ombre d’obtenir la reconnaissance non pas identitaire mais nécessaire à la poursuite de leur activité dans des conditions saines.

Finalement derrière cette récompense, derrière cette médaille, derrière ce moment, il ne subsiste qu’un seul mot, le seul qui compte : MERCI.