Funérailles : A Tout Jamais veut « remettre de l’humain »

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Fabienne Hilmoine avec un client préparant son hommage de vie

Répondre davantage à l’attente des familles pour mieux supporter le deuil : en créant sa société A Tout Jamais l’été 2013 à Roubaix (Nord), à la faveur d’une reconversion professionnelle, Fabienne Hilmoine s’est mise en tête de remettre de l’humain dans des funérailles souvent trop calibrées.

Funéraire Info : Vous avez longtemps été journaliste, avez travaillé dans la communication. Comment arrive-t-on au funéraire ?

Fabienne Hilmoine : J’avais fait le tour du sujet. Envie d’une nouvelle expérience professionnelle dans un autre secteur. C’est en suivant ma formation funéraire, en voyant ce que d’autres offraient en matière de cérémonies personnalisées, que je me suis rendu compte qu’il avait manqué des choses dans les obsèques de ma mère, en 2012. Cela ne collait pas avec ce que j’avais attendu. Je suis déçue qu’on ne m’ait pas proposé ce que je peux faire aujourd’hui avec des familles. J’ai des retours qui me disent : personnaliser des obsèques, ça fait du bien. Elles ne savaient pas qu’on pouvait faire tout ça. On ne leur avait pas dit.

C’est ce qui vous a décidé à lancer votre entreprise…

F.H. : La personnalisation, c’est récent.  Quelques familles veulent encore du traditionnel, mais la plupart font ce constat : dommage qu’on n’ai pas su. Elles sont éprouvées, pas en état de proposer des choses, font confiance aux pompes funèbres. Elles n’ont pas la tête à ça. Souvent, la pompe funèbre se dit : il y a déjà l’église, on ne va pas rajouter un truc en plus. Mais c’est différent. On n’est pas centré sur le défunt, à l’église.

Que proposez-vous ?

F.H. : Nous proposons de retracer la vie du défunt, d’écouter ses musiques, lire des textes, voir ses photos, parfois d’entendre un message audio ou vidéo qu’il nous a laissé au préalable s’il nous a contacté pour préparer ses obsèques. C’est très fort d’entendre un disparu s’adresser à ses proches. Il aura choisi ses mots, le message qu’il veut laisser. On aide, on rassure, on accompagne. On apporte de la sérénité en plus, quelque chose qui permet de faire un bel au-revoir. Les attentes des familles sont en train de bouger. Quand on en parle avec elles, elles ont plein d’idées. Je les ai au téléphone, on échange, elles me racontent, on fait valider. Une cérémonie personnalisée, c’est une heure de travail.

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Quel accueil avez-vous reçu auprès des professionnels ?

F.H. : Il faut du temps pour s’imprégner du métier, faire avancer des idées, avoir un début d’expérience. Idéalement, nous passons  par les pompes funèbres. Mais c’est très difficile de les convaincre, d’expliquer la prestation. Elles trouvent cela intéressant, mais ont du mal à l’intégrer à leurs offres. Elles ne sont pas forcément dans cette démarche, n’ont pas forcément le temps, ne savent pas forcément comment faire. Je sais aussi qu’elles sont très sollicitées par des prestataires.

Est-ce que votre intervention fait grimper la facture des obsèques ?

F.H. Prenons un hommage personnalisé en crématorium, marge de la pompe funèbre comprise. Ce n’est pas plus cher qu’une cérémonie en paroisse. Sur la région lilloise, la paroisse c’est autour de 200-250 euros. Pour une cérémonie classique, nous reviendrons un peu plus chers, mais elle collera vraiment à ce qu’était le défunt. Quant à la dispersion de cendres en pleine nature, que nous proposons aussi, il y a un coût sur le moment. Mais que la famille récupère : pas de concession ni de renouvellement, d’entretien, de plaque funéraire, ni de question sur le devenir des cendres à 15 ou 30 ans. C’est normal que les obsèques aient un coût. Personne ne s’étonne du coût d’une naissance, par exemple. Reste à établir un juste prix. Ça me choque qu’une pompe funèbre revende trois fois son prix un cercueil, une plaque, des fleurs. Car là, il n’y a pas de plus-value humaine. En personnalisant la cérémonie, il y a du travail, de l’engagement humain. Revoir la répartition des coûts dans un convoi : c’est là-dessus que les pompes funèbres doivent travailler.

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C’est plus facile de toucher directement les particuliers ?

F.H. : Ce qu’on a réussi à développer le plus pour l’instant c’est la partie préparation d’obsèques personnalisées. Parce  que là on a travaillé en direct, en organisant des rencontres dans des clubs de retraités par exemple, en allant sur des salons ou d’autres événements. Là c’est plus simple. La difficulté c’est trouver des canaux pour aller chercher les particuliers.

Deux ans après sa création, où en est A Tout Jamais ?

F.H. : Je n’ai pas de salariés. L’idée, c’est de développer un réseau d’indépendants, de maîtres de cérémonies ou d’accompagnants funéraires sur l’ensemble du territoire pour faire la personnalisation, la dispersion de cendres. En 2014, nous avons personnalisé 52 obsèques pour des particuliers, organisé 10 dispersions de cendres en pleine nature, rédigé 29 hommages biographiques, célébré 18 obsèques (crématorium, cimetière). Nous progressions, en apportant du bien-être. Nous publions aussi cet été un « Livret du deuil » de 48 pages à destination des familles via les pompes funèbres.

Qu’y trouve-t-on ?

F.H. : Aujourd’hui, chacun vit son deuil dans son coin, sans vraiment en parler. On est fatigué, on se met à pleurer parce qu’un objet nous rappelle le défunt. Si on comprenait un peu mieux le deuil, on le vivrait mieux. C’est notre but : expliquer rapidement, simplement, clairement. Il y a des témoignages, des conseils pratiques. La pompe funèbre, généralement, n’informe pas là-dessus. Mais on ne peut pas juste en rester aux prestations de base.

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