Le funéraire, la société et le progrès : syntaxe symbolique

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Ici et là, on voit, lorsque sont présentées généralement les nouveautés numériques du funéraire, s’agiter les esprits chagrins. La technologie est elle un manque de respect ? Ca mérite qu’on y réfléchisse.

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Retransmission vidéo

Retransmission vidéo de monuments métalliques ?

Tous ceux qui se sont lancés dans l’innovation funéraire le savent : la moindre évolution dans les coutumes funéraires peut instantanément métamorphoser un progressiste pacifiste en extrémiste réactionnaire obtus.

Ceci s’explique relativement facilement : le fondement de notre société est l’histoire, ce sont les morts qui ont fait l’histoire, ergo, on ne touche pas aux morts. Hors de question de regarder les obsèques de tata Gertrude sur internet, ou d’enterrer tonton Henry sous un monument en ferraille, non mais.

Dans l’esprit du réfractaire, le consommateur de ces nouveautés est forcément, soit un cas particulier, soit un geek compulsif, dans tous les cas de figure, un pigeon qui s’est fait avoir par un entrepreneur peu scrupuleux.

Tel est là le fond du problème : ceux qui commercialisent ces produits sont des entrepreneurs, avant tout soucieux de gagner leur vie, à terme, avec leur idée. Les réfractaires considèrent alors, pour beaucoup, que ces entreprises créent un besoin de façon absolument artificielle.

C’est à la fois exact et inexact : exact, parce que personne n’a jamais demandé à avoir un QR code sur sa tombe avant qu’un créateur aie l’idée d’en proposer. Inexact, parce que ces familles ne se satisfaisaient plus de la plaque en granit avec la citation gravée sous les dates de naissance et de décès.

Les habitudes funéraires tendent aujourd’hui à l’évolution, et c’est à cette tendance que les entrepreneurs répondent, avec cette assurance qu’au final, ce sont les famille qui trancheront.

Un langage adapté

Les rituels et les produits funéraires sont indissociables : ils constituent l’hommage rendu au défunt, par les vivants. La mort toute entière est, en réalité, une affaire de vivants : chaque étape répond à des spécifications précises, qui relèvent autant de la psychologie intime que de l’hygiène sociale.

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La partie hygiénique est évidente, nul besoin de revenir là-dessus : on ne peut tout simplement pas laisser les défunts à l’air libre ad eternam. En revanche, de la messe à la cérémonie civile, du cercueil en chêne le plus classique à la tombe métal la plus high-tech, tout cela a deux buts, un micro et un macro.

Le microbut est de permettre à chacun des proches du défunt de faire son deuil de la meilleure façon possible. Le macrobut est de permettre à la société de réaffirmer sa cohérence et ses valeurs en respectant un mort, devenu partie de son histoire.

Pour tout cela, il faut un langage adapté et compréhensible par tous.

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Un monument Fer Tombal

Bigotelle et misonéisme

Notre langue, écrite et parlée, évolue. Ainsi, vous n’avez sans doute rien compris à l’intertitre. Je vous rassure : il ne veut rien dire tel quel, mais chacun des mots qui le composent ont existé ; puis disparu. La bigotelle, par exemple, était un petit instrument qui servait à retenir la moustache pendant la nuit. Le misonéisme nous intéresse plus, puisque ce verbe désignait la « haine de la nouveauté ou du changement ».

Ce n’est pas le funéraire qui change, c’est le monde. La société évolue, autant par envie que par nécessité de s’adapter à la technologie et aux modes de vie qui en découlent. Pour désigner ces évolutions, elle adapte son vocabulaire, pour désigner des objets et des concepts qui n’existaient pas auparavant.

Mais cela ne concerne pas que les mots : la symbolique est également un langage. Appliquer à un défunt d’aujourd’hui la symbolique d’hier est aussi une façon de le traiter comme un vestige du passé. Mauvais du point de vue du deuil, et inacceptable au regard du respect social au défunt.

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Un adolescent d’aujourd’hui qui voudrait se prendre en photo à côté de son défunt grand-père avec son smartphone, par exemple, ne comprendrait pas qu’on le lui interdise. Lui qui prend constamment des photos de tous les instants de sa vie, avec cet objet numérique qui lui facilite grandement la tâche, se verrait interdire de conserver la mémoire digitale de cet instant si particulier et douloureux ?

Pourtant, il souhaite comme tous les présents faire son deuil, et il éprouve autant de respect vis à vis du défunt que tous les autres membres de sa famille. Le rituel funéraire doit alors s’adapter, et trouver un langage pour l’inclure. Langage qui peut être inventé par l’intéressé.

En conclusion

il n’est nul besoin de s’inquiéter de la manie qu’ont certains de se braquer contre l’évolution du monde funéraire : il est à la fois la conclusion et la synthèse de la société, et c’est elle qui le fait évoluer. Les réponses apportées son multiples, elles ne sont pas toujours les bonnes dès la première tentative, mais reposent toujours sur un besoin, réel mais aux contours indéfinis.

En substance, au final, l’essentiel est que l’offre existe : ce sont les familles, et donc le marché, qui fera un tri. Le funéraire est darwinien, et fonctionne selon les lois de la sélection naturelle : ce n’est aps une découverte, mais cela mérite d’être rappelé.

1 commentaire

  1. Le métal intervient depuis bien longtemps dans la monumentalité funéraire : chapelles en tôle, entourages en fer, en fonte ou en bronze. Toutefois la création et commercialisation d’une gamme de monuments en tôle émaillée remonte au tout début des années soixante dix. Elle fut à l’initiative des Ets Kinziger à La Ferté sous Jouarre (77), initialement fabricant de cuves à mazout. Cette fabrication fut arrêtée vers 1974 et tous ces monuments en tôle furent remplacés dans les année qui suivirent par des monuments en granit, tout comme le furent la plupart des monuments en polyester fourgués dans les années soixante !

    Marcel Selves

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