Funéraires, nouvelles tendances, surtout à l’exagération

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Tas de tourbe en Ecosse aujourd'hui, cimetière demain ?
« Le funéraire doit personnaliser les cérémonies et imaginer des nouveautés » entendait-on encore il y a peu. Imaginer des choses neuves, c’est fait. Un peu trop peut être…
Nouvelle vague

Il en est du funéraire comme de toutes choses : le petit univers vis sa vie (pardon si la formule semble peu adéquate) dans son soin, et tout à coup, le vaste monde le rattrape, ou plutôt, lui tombe dessus à bras raccourcis.

Ainsi en est il de l’écologie. Durant des millénaires, nos civilisations occidentales ont enfouis leurs morts, jusqu’à ce qu’on s’avise que des cendres prendraient moins de place, et qu’on ne mette un siècle à convaincre les français d’opter pour la crémation. Las ! Alors que celle-ci a trouvé sa place dans la société depuis une trentaine d’années, peut être moins, la voilà disgraciée aux yeux de quelques progressistes échevelés et impatients.

Brûler les corps ne trouve pas plus grâce à leurs yeux qu’une inhumation dans le bon vieux cercueil en chêne de papa. Non, il faut plonger le corps dans une solution alcaline et le dissoudre, on appellera cela l’aquamation, ou bien le congeler avec de l’azote liquide et le secouer pour le réduire en particules, la promession. A noter que la NASA semble retenir cette hypothèse pour les corps des futurs colons martiens qui viendraient à mourir en route, en remplaçant l’azote par le froid de l’espace. Zéro absolu ? Pas mieux.

On veut aussi transformer le défunt en terreau, Le corps est placé dans un mélange de copeaux de bois, de paille et d’autres éléments organiques. Au bout du processus, il n’est plus que du terreau qui ira nourrir les plantations. Certains veulent faire plus court : inutile de transformer le défunt en terreau, on l’enferme dans un cercueil biodégradable avec une graine, et la nature fera le reste. On imagine le bambin se promenant au cimetière et, croisant un arbre, lançant un joyeux « Bonjour grand-mère ! ».

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Que la recherche se fasse, c’est bien, qu’elle avance, c’est mieux, mais par pitié, arrêtez de convoquer la presse à chaque fois que vous aurez trouvé une idée pour transformer notre dépouille mortelle en terreau, glace pilée ou eaux usées, vous allez faire peur aux gens.

Le meilleur et le pire

Garder un souvenir de l’être aimé est une autre obsession. Certains ont des idées charmantes, capturer l’odeur du disparu, ce amalgame de parfum, de transpiration, d’hormones qui font la signature olfactive d’un être, et en faire un concentré dont la fragrance évoquera des souvenirs bénis. Pourquoi pas, même si l’idée, onéreuse, séduira une frange très restreinte de la population. Elle fait partie des jolies choses qu’on ne vendra certainement jamais à nos familles, mais dont on aime à savoir qu’elles existent.

Le fort d’une bonne idée est de s’arrêter. Ainsi, si l’équipe qui a eu l’idée du parfum s’est arrêté là et le considère comme un produit fini, une autre société le propose dans un coffret à tout le moins dérangeant. Imaginez une veuve qui ouvrirait ce coffret. Elle mettrait d’abord en route le diffuseur de parfum qui embaumerait la pièce de la fragrance de l’être aimé. Ensuite, elle y brancherait un lecteur MP3 pour diffuser la musique qu’elle et son regretté écoutaient ensemble. Enfin, elle s’emparerait du godemiché contenant les cendres de l’intéressé pour… Bon, inutile de vous faire un dessin.

La société qui le commercialise appelle cela « un doux souvenir ». Moi, j’aurais tendance à plutôt choisir le terme de « nécrophilie », chacun voit midi à sa porte. Note aux psychologues spécialisés dans le deuil pathologique : « rho dis donc, le pognon que vous allez vous faire ! ».

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Pour faire la jonction entre les souvenirs bizarres et les traitements extrêmes infligés aux dépouilles mortelles, pire que de finir dans un sac plastique au fond d’un dépôt de jardinerie ou vidé dans le tout-à-l’égout, il y a le nec plus ultra : soumettre ses cendres à une température et une chaleur extrême afin de les transformer en diamant, puisque tout cela n’est qu’une histoire de carbone.

Transformer sa défunte mère en diamant surmontant une bague et la glisser au doigt de sa fiancée, voilà qui aurait plu à Normal Bates, le héros de Psychose.

Guillaume Bailly

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