FunérArts, quand la CC de Haute Flandres pousse à la délocalisation

0
599
PHOTO DU BATIMENT MAZAL

Alors que la priorité affichée des politiques de tout bord et de tout niveau est l’emploi, cette affaire qui secoue une entreprise funéraire bien connu, FunérArts, instille le doute. L’histoire peut se résumer ainsi, un élu qui semble freiner une entreprise en pleine expansion, ce qui a pour conséquences de détruire des emplois.

La version de FunérArts

Cristelle et David, les dirigeants de FunérArts, nous détaillent l’affaire « Tout a commencé en 2014. A cette époque, il nous est clairement apparu que le local que nous occupions alors sur Quaëdypre serait insuffisant pour faire face au développement économique de notre entreprise. Nous nous sommes alors rapprochés de la CCHF (Communauté de Communes de Haute Flandres) afin de savoir si des bâtiments étaient prévus pour le développement d’entreprise comme la nôtre. Il nous a été alors été répondu qu’en effet, un ensemble de locaux était prévu, dont une partie ouverte à l’acquisition. »

Vous aviez prévu d’acheter ces locaux « Oui, c’est indispensable, parce que notre activité demande beaucoup d’équipements et d’adaptations qui rendent nécessaires d’importants travaux, et que déménager régulièrement, donc devoir tout recommencer, n’est pas viable ».

Affaire est donc faite « Nous sommes entrés dans les locaux en juillet 2015, et nous avons entamé certains travaux. Ce qui était convenu, c’est que nous signions une convention d’occupation, en location, jusqu’à la vente. Cette vente a été votée à l’unanimité par le conseil communautaire en 2016, il y a un an. Les Domaines sont passés pour évaluer le prix, puisque la CCHF ne peut vendre en dessous du prix minimum fixé par eux. Ils ont donné un tarif, la CCHF l’a augmenté, puisqu’elle en a le droit, et nous a fait une offre. Nous l’avons acceptée et la vente a été actée en conseil communautaire le 11 octobre 2016. »

Tout est merveilleux, donc, il n’y a pas de problèmes. « Et bien, si, puisque, depuis ce moment là, nous sommes dans l’attente. La convention d’occupation n’a pas « pris fin de plein droit » comme stipulé sur cette même convention : « en cas d’entente réciproque des parties pour une cession du bien objet des présentes à l’occupant, la présente convention prendra fin de plein droit », et on a continué à nous réclamer des indemnités d’occupation. On nous fait traîner avec une soi-disant hypothèque sur l’ensemble dont nous n’avons aucun écrit. Mais cette hypothèque daterait de l’entreprise qui détenait ce bâtiment auparavant, qui a été liquidée, d’ailleurs, le bâtiment a changé de propriétaire 2 fois depuis. Si, par extraordinaire, elle courait encore, notre banque a donné son accord pour se positionner en 2ème hypothèque. »

Des emplois détruits

David est clair : « La convention d’occupation stipule qu’à partir du moment où les parties sont tombées d’accord, la vente est présumée parfaite. Nous avions donné notre accord sur le bien et sur son prix, le Conseil Communautaire a voté. Dès lors, plus rien ne justifiait de retard dans le transfert de propriété. » (voir notes en fin d’article)

Le retard a des incidences sur le développement de FunérArts « Nous avions prévu, sur le terrain d’à côté, de construire une extension, notamment une aire pour l’accès des véhicules de chargement. Notre activité ne cesse de croître, et nous avons des besoins de développement. »

Cette histoire a un coût concret : « ce retard de transfert du titre nous coutera 70 000 euros d’indemnité d’occupation que nous continuons d’acquitter si le transfert n’a lieu qu’en décembre 2017. Cette somme correspond au salaire de trois techniciens de production qui sont en CDD chez nous, et que nous devions embaucher en CDI à la fin de leur contrat. Au lieu de quoi, nous avons eu la tristesse de devoir leur annoncer que non seulement, ce ne serait pas le cas, mais que, fin août, à la fin de leur CDD, ils ne seraient pas reconduits. Sans compter les autres emplois que nous avions prévu de créer dans les mois à venir. »

resultats-concours-talents-2017-organis-par-bge-flandre-cration-et-les-partenaires-de-la-turbine-5-638-300x225 FunérArts, quand la CC de Haute Flandres pousse à la délocalisationCristelle est stupéfaite « J’ai posé la question de ces emplois lors d’une réunion avec la CCHF, on m’a répondu que mon travail, en tant que chef d’entreprise, c’était de me soucier du fait que mon entreprise soit rentable. Justement, nous avons eu une récompense pour cela (« trophée du développement » décerné en juin 2017 par la BGE, la Turbine, Dunkerque Promotion, Initiative France, CUD, …) et cela, tout en étant à la fois une entreprise bien gérée financièrement et soucieuse, socialement, de créer de l’emploi dans notre région. »

Et laisser tomber pour assurer le développement de FunérArts ? David réagit, à sa manière toujours mi-sérieuse, mi-ironique « Bah, notre objectif cette année, c’était que FunérArts devienne leader du funéraire, ce n’est qu’un contretemps. Quand à lâcher l’affaire, jamais, c’est une question de principe. D’autres auraient peut-être laissé tomber, mais pas nous, car tout est important dans une entreprise, y compris ses salariés. »

Cristelle est aussi très claire « On nous a fait des offres ailleurs, mais c’est chez nous, notre berceau historique. La région a souffert de fermetures d’entreprise, de destructions massives d’emploi, en tant qu’acteur social et engagée politiquement dans la Communauté de Commune, j’ai beaucoup de mal à me résoudre à aller ailleurs. »

FunérArts-Mazal-Cristelle-concours-talents-709x1024 FunérArts, quand la CC de Haute Flandres pousse à la délocalisationLa réponse de la CCHF

André Figoureux est président de la Communauté de Communes des Hauts de Flandre. Nous l’avons joint sur son téléphone portable. Après nous être présentés, nous lui avons demandé « Il semble qu’il existe un désaccord entre vous et FunérArts Groupe Mazal. Auriez-vous quelques minutes pour répondre à nos questions et exposer votre point de vue ? »

Sa réponse, in extenso : « Je n’ai pas pour habitude de commenter les affaires de la Communauté de Communes. Je m’en tiens à ce qui est acté. Bonne journée, au revoir ». Avant de raccrocher.

Ce qui pose question, c’est que beaucoup d’élus de la Communauté de Communes des Hauts de Flandre tombent des nues en prenant connaissance de cette affaire. Beaucoup d’entre eux étaient jusqu’ici persuadés que FunérArts était déjà propriétaire du local et que tout cela était réglé depuis longtemps. Depuis une réunion du Conseil Communautaire d’octobre 2016 et ce vote (page 17) :

Mazal-FunerArts-CCHF FunérArts, quand la CC de Haute Flandres pousse à la délocalisation

Affaire à suivre. Si cela dure, Mazal devra se résoudre à choisir entre la pérennité de son entreprise ou sa délocalisation, et tout semble fait pour les pousser vers ce choix, ce qui semble curieux d’un point de vue politique comme économique. Parce que, si les Flandres avaient atteint le plein emploi et souffraient d’une pénurie de travailleurs, ça se saurait…

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.