« Glacé » de Bernard Minier, un frileur vraiment frissonant

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Dans le petit monde du frileur français, Bernard Minier a fait une arrivée fracassante avec « Glacé ». Petite chronique d’un énorme pavé très attachant.

« Frileur » est la francisation du mot anglais « thriller », qui désigne un livre à suspens destiné à donner des frissons à son lecteur. Ce qui tombe bien, puisque Bernard minier, pour son premier livre, a situé l’action dans les Pyrénées enneigées. Les frissons sont donc bien au rendez-vous, prévoir une petite laine avant d’entamer la lecture.

De quoi ça parle ?

Décembre 2008, dans une vallée encaissée des Pyrénées. Au petit matin, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le cadavre d’un cheval sans tête, accroché à la falaise glacée.
Le même jour, une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.
Le commandant Servaz, 40 ans, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier cette enquête, la plus étrange de toute sa carrière.
Pourquoi avoir tué ce cheval à 2 000 mètres d’altitude? Serait-ce, pour Servaz, le début du cauchemar? On se le demande.

Quoiqu’il en soit, les ingrédients du frileur sont toujours les même : soit une conspiration macro-économique, soit des secrets enfouis qui remontent à la surface pour déchaîner une vengeance implacable, soit un tueur en série charismatique et fin lettré. Manifestement, Bernard Minier, en fin fan du genre, n’a pas réussi à choisir : il a tout mis.

Alors, c’est bien ?

Des meurtres, une enquête, un hôpital psychiatrique… Autant d’éléments qui laissent à penser que cette intrigue va sentir le réchauffé. C’est sans compter sur le talent de Bernard Minier, sa belle maîtrise du sujet et son écriture expressive.
Il arrive à embraser la glace environnante, avec l’intelligence d’un vieux briscard (alors que c’est pourtant son premier roman).
Ce bouquin est une montagne de 560 pages (version brochée) qu’il convient d’escalader avec retenue, en respectant des paliers de (dé)compression. Car Minier sait prendre son temps durant son ascension. Il sait faire monter la température, dans cette histoire glaçante qu’il nous sert frappée, jusqu’au choc thermique de fin.
Contrôlant le déroulement de son récit avec précision, Minier est toujours à la limite du coup de grisou, sans jamais perdre l’équilibre et fait preuve d’un vrai sens du rythme. Lent au début, échevelé à la fin, l’intrigue souffle le chaud et le froid et tient admirablement bien la route, malgré quelques petits passages plus convenus.
Le roman porte admirablement bien son nom durant les 2/3 de l’histoire, du fait de son atmosphère et de son contexte géographique.
Parce qu’il faut insister sur l’importance des Pyrénées dans le récit, personnage à part entière du roman. L’auteur parvient, avec une certaine poésie, à nous rendre oppressant un paysage sombre et magnifique à la fois, dont l’immensité donne le vertige.
Les autres personnages ne sont pas en reste, tous avec une véritable épaisseur et de belles failles. Des personnages attachants et/ou intrigants même si certains excentriques laissent parfois dubitatifs : la gendarmette piercée et tatouée, mouais…
Un vrai thriller, mais qui prend ses aises, bourré de faux semblants, « glacé » est globalement une réussite. Bernard Minier a récidivé depuis avec « Le cercle », largement à la hauteur de son prédécesseur. Tous les deux sont disponibles en poche chez Pocket.

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