Grand moment de solitude et petite mort…

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Capture-d-ecran-2012-06-08-a-13.35.50-220x300 Grand moment de solitude et petite mort... C’était une remise d’urne, classique, efficace, une minute de silence, recueillement, avec l’urne posée sur la petite table au cimetière, avant l’inhumation.

Tout le monde se tait, religieusement, quoique ce fut civil, quand soudain, la veuve se tourne vers moi.

« Vous êtes sûr que c’est mon mari ? »

Ah oui, Madame, sûr et certain, je l’affirme, l’assure.

« Il y a le nom écrit dessus ? »

Je tourne l’urne , lui montre la petite étiquette, elle hoche la tête, l’air pensive. Non, il y a manifestement quelque chose qui la tracasse. C’est ce que lui dit son fils, qui la sent aussi préoccupée. « Il y a un problème, maman ? »

« Ben, j’ai pas l’impression que c’est ton père »
« Maman, le monsieur a déjà expliqué que c’est bien lui, que c’est sérieusement contrôlé, pourquoi tu dis ça ? »
« Ben… En fait, je le voyais plus grand… »

 Capture-d-ecran-2012-06-08-a-13.36.04-150x150 Grand moment de solitude et petite mort...

« Je t’aime ! Je t’aime ! Je t’aime ! »

Les cris orgasmiques s’élevaient dans l’air chaud et humide de cet après-midi de printemps. Ils faisaient vibrer l’air, et changeaient doucement de nature « Oui, oui oui, encore oui ! » s’extasiait de bon cœur la donzelle, exprimant sans ambiguïté sa satisfaction intime à un partenaire nettement plus guttural. « Rha, oui ! Rhaaaaa oui ! » rétorquait-il, marquant ainsi un accusé de réception sans ambages aux gloussements de jouissance de la demoiselle.

Et son plaisir matérialisé dans ces quelques vibrations de l’air s’envolait par la fenêtre grande ouverte de la résidence étudiante ou logeait la demoiselle, et se répandait comme la semence de son partenaire se répandrait bientôt en sa féminité, dont on sentait l’imminence dans le crescendo de ses trilles « Je t’aime ! Oui ! Oh oui ! Continue ».

Les vibrations de l’air, dont personne ne doutait de l’intensité décibelique, s’envolaient donc de la fenêtre du studio au premier étage, franchissaient l’étroite ruelle, bondissaient sans difficultés le petit mur du cimetière, pour atteindre la première tombe. Comme la fenêtre et, vraisemblablement les jambes de la donzelle, celle-ci béait.

Nul doute que, lorsque plus tard l’étalon qui l’avait ainsi comblée se dirigerait vers la fenêtre afin d’y allumer une cigarette, et qu’il apercevrait, devant le funèbre trou béant, les regards courroucés de la famille en deuil, du maître de cérémonies, et ceux, vaguement goguenards et franchement égrillards, des porteurs, qui n’avaient pas loupé une miette sonore de leurs ébats tandis qu’ils enterraient le cher disparu, s’exclamerai-t-il en contrepoint « Oh ! Non ! »

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