Harcèlement scolaire : Tu ne mérites pas de vivre

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Vous vous souvenez de la chanson d’Indochine Collège Boy qui avait fait polémique il y a trois ans ? Le clip retranscrivait l’histoire d’un jeune adolescent harcelé à l’école. Polémique pourquoi ? Parce que comme tous les sujets qui font peur, comme tout ceux sur lesquels nous n’avons pas la maitrise, nous préférons ne pas les voir, et les élever au rang de tabou. Aujourd’hui est la journée de lutte contre le harcèlement scolaire.

C’est un sujet délicat.

Délicat parce qu’il touche aux enfants.

Délicat par que nous nous sentons impuissants, coupables, ignorants.

Délicat parce que nous nous rendons compte que nos enfants sont soit bourreaux, soit harcelés, mais dans les deux cas, ce sont des victimes.

700 000, c’est le nombre annoncé par le ministère de l’éducation nationale, chiffre probablement en deçà des réalités, d’autant que ce chiffre date d’il y a trop longtemps, de 2011. En France, c’est 1 enfant sur 10 qui était victime de harcèlement il y a 5 ans, et l’amplification des phénomènes sociaux sur internet à sans doute aggravée le chiffre.

Najat Vallaud Belckacem est revenue sur cette importante journée dont son discours tend à alerter sur la situation.

Qu’est ce que le harcèlement scolaire ?

Il peut partir d’une simple brimade, et virer aux insultes, à la mise à l’écart, voire à la violence physique. Sa particularité ? La répétition. Voler le dessert d’une personne un peu isolée, tous les jours c’est déjà le harceler. Exclure quelqu’un en ne l’invitant jamais nul part, en ne le choisissant pas en sport, en le laissant seul dans la cours, est du phénomène du harcèlement. Cela peut-être aussi sur le physique, à l’âge ingrat de l’adolescence où l’on cherche et l’on apprend sur son corps, un nez un peu de travers, quelques dents décalées, une taille qui ne rentre pas dans une norme imaginaire et cela peut vite tourner au cauchemar pour la victime et à l’obsession pour son bourreau.

L’école, cette société.

L’école est un lieu d’apprentissage mais c’est aussi un lieu de vie et de société. Un enfant passe plus de temps avec ses camarades qu’avec ses parents ou ses frères et sœurs, il doit se sentir en sécurité. Or aller à l’école, au collège ou au lycée tourne parfois au cauchemar. Beaucoup n’oseront rien dire, parce que la loi du silence règne dans les établissements, qu’ils ne veulent pas être « une balance » – ce qui conduit aussi aux autres à ne pas dénoncer lorsqu’ils sont témoins-. Mais le fait est également qu’à force de se faire insulter l’enfant finit par y croire aussi, que c’est de sa faute, qu’il « ne mérite » pas les autres, qu’il « ne mérite » pas de vivre.

« Mais m’dame, c’est pour rigoler »

Souvent ça part de là, une blague pas drôle, un truc qui dérape, et l’enfant victime malheureuse devient la risée de toute la classe, puis très vite de toute l’école. L’harceleur ne se rend pas toujours compte à la base considérant ça comme « bon enfant ». Mais de la violence verbale ou physique unique, elle devient harcèlement lorsqu’elle est répétée. Ce qui différencie l’harceleur de la victime dans la forme ? La victime est toujours seule, tandis que l’harceleur lui est emporté par le groupe.

Si c’est dur pour moi, ça le sera aussi pour toi

« Quand j’étais petit je rapportais à ma mère que quelqu’un m’avait fait mal, je devais avoir je ne sais pas, peut-être 5 ou 6 ans, elle me disait « soit tu te défends, soit c’est moi qui t’en mets une ». Du coup c’est devenu comme ça tout le temps…l’arène. Avant d’avoir besoin de me défendre j’attaquais, et les plus faibles étaient ma cible ». Julien, 33 ans.

Le fait est qu’hormis un petit nombre d’harceleur qui prend véritablement du plaisir dans la souffrance de sa victime, la plupart des bourreaux sont des êtres en souffrance, qui survivent dans la jungle que représente l’école. Pour ne pas être eux mêmes vulnérables, ils préfèrent prendre les devants. Une sorte de catharsis, le bouc émissaire devient celui sur lequel on va verser tout ce que l’on veut expier.

Le silence des victimes

Même problème du coté des victimes de harcèlement, qu’il s’agisse d’une fille ou d’un garçon, parler ça veut dire rompre avec la société dans laquelle on est.  C’est aussi, un peu comme le deuil d’ailleurs, des enfants qui ne veulent pas faire de la peine à leurs parents et qui préfèrent taire leur souffrance plutôt que d’avoir à affronter leur regard de honte ou de tristesse. Parents qui souvent, ne se doutent de rien, un enfant étant capable de prendre énormément sur soi.

La violence est libérée derrière les écrans

Nous le savons, parce que nous mêmes nous le voyons sous certains articles, avec « les Trolls », les réseaux sociaux libèrent toute sorte de violence. Une campagne de sensibilisation est destinée à rappeler que « liker c’est déjà harceler ». Le sentiment de solitude à tendance à être renforcée, et l’insulte elle, est exposée. Du « dégage » à l’école nous arrivons vite au « suicide toi » sur internet.

Sensibiliser les enfants et les adultes

Aujourd’hui l’heure est à la prévention. Des campagnes de prévention ont lieu dans les établissements scolaires afin d’expliquer ce qu’est le harcèlement à l’école pour mieux le reconnaître et l’arrêter. C’est aussi identifier par des mots réels qui ont un impact. Harceler peut conduire à une forte amende voire à une peine de prison. Les enfants surtout au collège n’ont pas toujours conscience qu’il peut y avoir sanction, et même condamnation. C’est expliquer aussi expliquer qu’une victime peut développer de lourds traumatismes, arrêter sa scolarité, voire se suicider.

Prévenir les enfants c’est aussi une manière d’alerter les adultes, ceux qui accompagnent et encadrent les jeunes, c’est-à-dire les responsables de l’enseignement et de l’encadrement, mais aussi les parents.

Prendre en compte la phobie scolaire

De plus en plus fréquemment des enfants sont retirés de l’école car cela devient un lieu où ils ne sont plus en sécurité. La phobie scolaire touche de plus en plus d’enfant, et qu’il convient de le prendre en compte. Quand aller à l’école devient un enfer, il faut faire quelque chose, pas toujours une solution idéale, il s’agit surtout pour des enfants et des parents démunis, d’une question de survie.

Le suicide, le fléau du harcèlement

Diego 11 ans, Marion 13 ans – Film : Marion 13 ans diffusé le 27 septembre 2016 sur France 3-, Emilie 17 ans, Mattéo, Léa, Juliette, tous ont mis fin à leur jour en se suicidant suite au harcèlement qu’il subissait. Pour les parents d’Emilie c’est devenu un combat, il y a peu ils ont mis en ligne le journal intime de leur fille afin de lutter contre ce fléau et d’alerter les pouvoirs publics.

Les enfants sont cruels dit-on souvent, certes…Nous disons aussi que les enfants reproduisent ce qu’ils voient, et sont des êtres d’observation de la société dans laquelle on vit. Sans trop spéculer, on peut néanmoins s’hasarder à dire que plus la société se divise, plus elle se déchire, plus elle stigmate et plus nos enfants, eux, meurent. Corrélation tragique d’une société qui ne regarde pas là où il faudrait.

 

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