Henri Désiré Landru, la cuisinière funeste

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Parmi les grandes affaires criminelles Françaises, Henri Désiré Landru a gagné sa place. Un tueur qui mêle le cynisme au pathétique…

HenriLandru-208x300 Henri Désiré Landru, la cuisinière funesteLandru, une vie…

Né à Paris en 1869 d’un père chauffeur dans une fonderie et d’une mère couturière, Landru aura une enfance heureuse. Adoré par ses parents, il fut un enfant gâté et désiré (d’où son deuxième prénom). Eduqué chez les frères mais n’ayant pas les moyens financiers pour poursuivre ses études, il entra dans une étude d’architecture. Il rencontre ensuite sa cousine Marie-Catherine Remy qu’il séduit. La jeune femme se retrouve enceinte et Henri-Désiré est dans l’obligation de l’épouser. De cette union naîtront quatre enfants.

Landru commença ensuite sa carrière…d’escroc. Il fut condamné entre 1900 et 1912 à 7 reprises, et ses escroqueries envers les femmes commencèrent dès 1909. Il rencontra Mme Izoret par une annonce matrimoniale passée dans un journal. Après lui avoir soutiré toutes ses économies, il fut dénoncé par celle-ci. Pendant ce temps, Mme Landru a bien du mal à subvenir aux besoins de la famille. Il sera encore une fois condamné en 1914 à 4 années de prisons pour escroquerie, qu’il ne fera pas, ayant pris la fuite.

Landru, escroc mortifère

Pour se procurer des revenus, Landru va, à partir de 1914, franchir le pas qui le conduira à l’échafaud. Il se fait passer pour un homme veuf, esseulé et disposant d’une certaine aisance, et entreprend de séduire des femmes seules qui, sans être véritablement riches, possèdent quelques économies et surtout, mènent une vie suffisamment isolée de leur entourage. Simulant une prospérité qui n’est que de façade, il leur fait miroiter le mariage et les invite à séjourner brièvement dans une villa isolée qu’il loue, d’abord à Chantilly, puis à Vernouillet, et enfin à Gambais (actuel département des Yvelines). Le choix de cette dernière commune fut motivée par le fait que les enfants de l’une de ses victimes, Mme Guillin, inquiets de la disparition de leur mère et connaissant l’adresse de Vernouillet, ne tardèrent pas à s’y rendre. Landru décida alors de fuir ces visiteurs trop curieux.

Landru utilise plus de 90 pseudonymes. Lorsque l’une de ses victimes lui demande des papiers d’identité afin d’organiser le mariage promis, il prétend être originaire des régions occupées par les Allemands, ce qui rend impossible la vérification de son identité.

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La cuisinière de Landru

L’affaire landru

À la fin de 1918, le maire de Gambais reçoit une lettre d’une certaine Mme Pellat, lui demandant des nouvelles de son amie Mme Anne Collomb qui, fiancée à un M. Dupont, s’était établie avec lui à Gambais ; le maire répond qu’il ne connaît pas cette personne. Quelque temps plus tard cependant, l’édile reçoit une lettre d’une certaine Mlle Lacoste, qui lui demande des nouvelles de sa sœur, Célestine Buisson, laquelle se serait également installée à Gambais avec un M. Frémyet.

Frappé par la similitude de ces demandes, le maire met en contact les deux familles qui se rendent compte que Dupont et Frémyet semblent être la même personne  : les deux disparues ont répondu à la même annonce de rencontre parue le 1er mai 1915 dans Le Petit Journal. Les deux familles s’unissent pour porter plainte contre X auprès du parquet de la Seine. Une enquête de police menée par l’inspecteur Belin permet alors d’établir que la villa en question baptisée « l’Ermitage », appartient à un certain Monsieur Tric, qui la loue à un Monsieur Frémyet, résidant à Rouen. Dupont/Fremyet est introuvable à Rouen, mais son courrier est réexpédié chez M.Guillet, demeurant boulevard Ney à Paris, c’est-à dire à l’adresse de Célestine Buisson.

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L’enquête piétine, les recherches sur cette personne demeurant vaines jusqu’à ce que, le 8 avril 1919, une voisine de Mlle Lacoste reconnaisse le mystérieux homme au bras d’une nouvelle amie et sortant d’un magasin de faïences rue de Rivoli à Paris où il avait acheté des bibelots. Alerté, Jules Belin parvient à localiser l’individu, nommé Lucien Guillet, grâce au vendeur du magasin qui avait enregistré l’adresse de ce client qu’il devait livrer. Ce Lucien Guillet est arrêté à son domicile 76, rue de Rochechouart, le 12 avril 1919, jour de ses cinquante ans, à 6 heures (l’heure légale pour procéder à l’arrestation) par les inspecteurs Braunberger et Jules Belin (Belin ayant monté la garde devant la porte toute la nuit) qui l’accusent d’escroquerie et d’abus de confiance. Ils retrouvent à son domicile un permis de conduire au nom d’Henri Désiré Landru et un petit carnet sur lequel sont inscrits onze noms, dont ceux des deux disparues sur lesquelles enquêtait Jules Belin.

Cuisinière funeste

L’examen des papiers personnels de Landru — et en particulier son registre de comptes, méticuleusement tenu — révèle une vaste opération d’escroquerie au mariage  : pas moins de 283 femmes sont entrées en contact avec Landru à la suite d’annonces matrimoniales passées par celui-ci dans des journaux, mais beaucoup d’entre elles ne deviennent pas ses victimes car elles ne sont pas assez isolées de leur entourage ou n’ont pas assez de biens. Dans le carnet « traduit » par le brigadier Riboulet, la découverte par le commissaire Dautel des noms de onze femmes déclarées officiellement disparues conduit le juge Bonin à inculper Landru de meurtres en mai.

Des perquisitions ont lieu chez Landru, 22, rue de Châteaudun à Paris mais aussi dans les deux villas qu’il louait successivement, à Vernouillet, puis à Gambais, conduisant à la découverte de débris supposé humains dans un tas de cendres retrouvé dans un hangar, dans la cheminée, dans la cuisinière ; on trouve également des agrafes, des épingles, des morceaux de corset, des boutons en partie brûlés. En tout, la police retrouve 4,176 kg de débris d’os calcinés, dont 1,5 kg provenant de corps humains, ainsi que 47 dents ou fragments de dents. Le médecin légiste annonce à la presse que ces os correspondent à trois têtes, cinq pieds et six mains.

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Le procès-fleuve

Le procès-fleuve qui passionna les contemporains s’ouvre, après deux ans et demi d’instruction, le 7 novembre 1921 devant la cour d’assises de Seine-et-Oise siégeant à Versailles.Le procès à grand spectacle attire le Tout-Paris (Mistinguett, Raimu, Berthe Bovy ou Colette alors chroniqueuse judiciaire) et même l’aristocratie étrangère qui sont charmés par son humour provocateur.La cuisinière dans laquelle il était supposé avoir fait brûler les corps de ses victimes est même transportée dans la salle d’audience.

Landru nie jusqu’au bout être l’auteur des crimes dont on l’accuse, concédant toutefois avoir volé et escroqué ses supposées victimes. Il fait preuve à diverses reprises d’une éloquence souvent provocante devant la Cour, allant, par exemple, jusqu’à s’exclamer : « Montrez-moi les cadavres ! ». Son avocat maître Moro Giafferi le défend avec talent. Une scène mémorable eut lieu pendant sa plaidoirie, où il affirma que des victimes avaient été retrouvées et allaient venir se présenter devant la cour d’assises. Le public et les jurés tournèrent la tête vers la porte que le « ténor du barreau » avait alors désignée, et après avoir laissé planer le suspense, souligna le fait que tous ceux qui avaient tourné la tête vers la sortie avaient ainsi démontré leur manque de conviction concernant la réalité des assassinats imputés à son client, mettant en évidence l’absence de preuves formelles contre Landru, faute de cadavre retrouvé. L’avocat général rétorqua du tac au tac que Landru, lui, n’avait pas tourné la tête vers la porte…

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Exécution de Landru

Mais, face à une série de témoignages accablants et un faisceau de présomptions convaincantes, Giafferi ne peut lui éviter d’être condamné à mort : au terme de huit heures de délibérations, les jurés déclarent Henri Désiré Landru coupable de onze meurtres et le condamnent à la guillotine le 30 novembre 1921. Le 24 février 1922, Alexandre Millerand, président de la République, rejette le recours en grâce déposé.

Alors qu’on vient chercher Landru dans sa cellule à 5h25 du matin pour le conduire à l’échafaud, l’aumônier se serait approché et lui aurait demandé « Mon fils, croyez-vous en Dieu ? », Landru lui ayant répondu « Monsieur le curé, je vais mourir et vous jouez aux devinettes ». Landru est guillotiné à l’entrée de la prison de Versailles à l’aube du 25 février 1922 par le bourreau Anatole Deibler qui note dans son carnet « 6h10. Temps clair ». Peu avant son exécution, alors qu’on lui propose un verre de rhum et une dernière cigarette, Landru décline l’offre et répond : « Ce n’est pas bon pour la santé. ». À son avocat qui, au pied de l’échafaud, lui demandait si, finalement, il avouait avoir assassiné ces femmes, Landru répondit : « Cela, Maître, c’est mon petit bagage… ». Il fut enterré dans la partie réservée aux condamnés à mort du cimetière des Gonards à Versailles, son corps aurait été par la suite récupéré par la famille et inhumé discrètement ailleurs.

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