Homicide : le croque-morts mène l’enquête

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"Le meurtre" Paul Cézanne
On rencontre toutes sortes de morts dans les pompes funèbres, et, parfois, on est confronté à un homicide, en vrai. Que faire ? Quelques conseils.
Secret professionnel et secret absolu

Les trois professions pour lesquelles le secret professionnel est garanti, sous certaines conditions, sont celles de médecin, d’avocat et de prêtre. Seul le prêtre dispose d’un secret professionnel absolu : quelle que soit la nature de ce qui lui est confessé, il se doit de garder le silence. Du moins est-ce selon le droit canon : selon le droit français, en cas de non dénonciation de crime sur mineur de mois de quinze ans, il peut être poursuivi.

Cela pour dire que les pompes funèbres sont tenues à un secret professionnel relatif. A savoir que, si les professionnels doivent garder par devers eux toutes les confidences et tout ce qu’ils auront pu connaître de l’intimité de la famille, ils sont tenus comme chaque citoyen de dénoncer un crime dont ils auraient au connaissance.

Ca, du moins, c’est réglé.

Comment découvrir un crime ?

Le meilleur moyen de vous expliquer comment on découvre un crime, c’est en s’appuyant sur la télévision. Vous voyez les Experts ? Eh bien, c’est exactement le contraire. En réalité, à moins que le défunt n’ait été assassiné de sang froid devant une quinzaine de témoins et que son meurtrier n’ait inscrit sur le mur « C’est moi qui l’ait tué, niark niark ! », la cavalerie, entendez brigade criminelle et police scientifique, ne seront pas appelé systématiquement.

Le déclenchement d’une investigation judiciaire va dépendre de deux intervenants. Le premier est l’équipage de police intervenu sur le lieu d’une découverte de corps : celui-ci va dresser des constatations et décider, à partir de ce moment, s’il y a lieu de déclencher ou non une enquête. Le second est le médecin appelé pour établir le certificat de décès. Si ce dernier coche « non » sur la ligne « contre indication médico légale », c’est la fin de l’histoire.

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Pour peu que le corps ait été découvert en son domicile impeccablement rangé, verrouillé, et dans un état de décomposition trop avancé pour que le médecin ait envie de procéder à un examen complet, un éventuel homicide passerait totalement inaperçu.

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Note

Pour celles et ceux qui se diraient « il raconte n’importe quoi, le type de Funéraire Info », ce que je décris ci-dessus, c’est du vécu. L’appartement bien rangé, la défunte allongée sur le sol, décédée depuis une quinzaine de jours, et si mon collègue n’avait pas demandé aux policiers qui nous attendaient dans le couloir de venir voir « le nœud bizarre que son foulard faisait autour de son cou », il y aurait un assassin de plus en liberté.

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Maigret aux pompes funèbres

Les pompes funèbres ont accès à beaucoup d’informations sur la façon dont les gens sont décédés. Une certaine habitude, et un peu de sens de l’observation, ne feront certes pas de vous un médecin légiste (12 ans d’études) mais vous permettront de savoir que quelque chose cloche.

Ainsi ais-je appris un jour que des lésions internes causées par un ami ivrogne qui vous sautait à pied joint sur le ventre pouvaient être révélées par les soins de conservation. C’est fou, l’empreinte de la semelle d’une basket pointure 45 soulignée par du formol…

Inutile, toutefois, de rester sur le qui-vive : vous n’êtes pas auxiliaire de police, et ce dont on parle vous arrivera une fois, peut être deux, sur toute une carrière. Mais le jour ou ça vous arrivera, il y a quelques points essentiels à savoir.

  1. Faites-vous confiance. Si vous voyez quelque chose qui vous semble inhabituel, posez-vous la question, et, au pire, n’hésitez pas à solliciter l’avis d’un collègue.
  2. Vous n’êtes pas un délateur. En France, on a un problème avec la délation, soigneusement entretenu en instrumentalisant une histoire culpabilisante. Mais on parle ici d’homicides, pas de votre voisin artisan qui travaille un peu au noir chez la mamie du bout de la rue ou de votre autre voisin qui a un peu dépassé les tolérances sur la taille de son abri de jardin. On parle d’une personne dont la vie a été interrompue violemment par une autre.
  3. Ne vous posez pas de questions. Si vous avez un doute, ou des soupçons sérieux, appelez les autorités. Sinon, cela vous rend coupable de « non dénonciation de crime ». Trois ans ferme, c’est plus parlant.
  4. Ne cherchez pas l’affaire. Comme on vous l’a dit plus haut, vous n’êtes pas policier, et surtout, ce n’est pas comme à la télé. Ca n’a rien d’amusant, lorsque ça vus tombe dessus. Au pire, à force de vouloir tomber sur un crime, ce que vous risquez, c’est vous persuader vous-même et passer, au final, pour un imbécile.
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Vous avez également une (petite) chance de faire une carrière sans homicide, mort brutale, drame, cas de conscience. Mais une aussi longue période de chômage risque d’être assez difficile à vivre.

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