Humeur. Cimetière gay : lesbien raisonnable ?

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La récente ouverture d’un cimetière lesbien en Allemagne repose la question du funéraire communautariste. Si se regrouper par affinités est humain et légitime, cela peut engendrer des laissés pour compte…

Cimetière-lesbien-300x168 Humeur. Cimetière gay : lesbien raisonnable ?Minorités en modes majeur

Le seul moyen d’apporter une réponse efficace à cette question est finalement de la traiter de manière objective, et non philosophique, morale, ou juste viscérale.

Puisque de cet aspect, les arguments ne manquent pas, des deux côtés.

Les opposants expliqueront que ce cimetière est discriminatoire, puisque, même si la législation interdit dans les faits d’en exclure que que ce soit (l’association lesbienne à l’origine du projet a confirmé qu’elle n’était pas en mesure de s’opposer à toute demande d’inhumation d’une personne non gay) un défunt ne répondant pas directement aux critères énoncés par les gestionnaires n’y serait pas le bienvenu. Il ferait, en quelque sorte, « tâche » dans le paysage. Et pourrait demander, sous un autre angle, qu’est-ce qui donne le droit à ces personnes en particulier de se considérer comme à part, au point de ne pas vouloir être enterré avec le commun des mortels ? Ils ont raison.

Ce à quoi la communauté lesbienne à l’origine du projet pourrait objecter que, il n’y a pas si longtemps, la revendication de son identité au grand jour était encore répréhensible. Qu’encore aujourd’hui, elle peut déclencher des réactions hostiles, et qu’avoir un endroit réservé ou elles pourront ritualiser la mort selon leur mode de vie, sans se soucier du qu’en dira-t-on est finalement très légitime. Elles ont raison.

Comme beaucoup de sujets plus ou moins sensibles et sociaux, à partir du moment ou l’on veut considérer les choses d’un point de vue ouvert et objectif, chaque parti a des arguments recevables. Ce sont, au final, deux conceptions de la société qui s’affrontent : « Vivons ensemble avec nos différences en ne dépassant pas les bornes » qui se heurtera à la définition desdites bornes et la confrontation avec la liberté individuelle, contre « Chacun chez soi dans le même espace, et ignorons nous le plus poliment possible » qui se heurtera inévitablement à la problématique du partage de l’espace et… à la liberté, qui des uns s’arrête ou commence celle des autres.

Pragmatisme en mode majeur

Englobons le sujet : il existe des cimetières communautaires, c’est acté, il existe aussi des pompes funèbres communautaires, c’est acté également.

Si l’on se base sur une extrapolation, dans dix ans, ces sociétés et espaces pourraient devenir la norme. Je suis chrétien, je vais aux pompes funèbres catholiques, je suis musulman, je vais aux pompes funèbres musulmanes, je suis athée, je vais aux pompes funèbres athées, et ainsi de suite. De même pour les cimetières.

Ainsi, l’on verra de grandes sociétés de pompes funèbres pour les tendances les plus répandues, extrêmement spécialisées. Lors d’un précédent article, nous avions interrogé un conseiller funéraire d’une pompe funèbre musulmane, qui nous avait aimablement expliqué que, bien entendu, ils ne refusaient personne, mais qu’un chrétien qui viendrait solliciter leurs services ne trouverait peut être pas ce qu’il cherche. En effet, l’équipe de cette pompe funèbre s’est vraiment hyper spécialisée. Connaissant les coutumes des musulmans du monde entier dans toutes leurs variantes, ils avouent volontiers leurs lacunes sur les rites funéraires d’autres religions, qu’ils connaissent surtout par leur culture générale et leur intérêt de la chose religieuse.

L’exemple musulman ici peut être transposé à tous les autres. Une pompe funèbre chrétienne se trouverait à l’identique bien embêtée pour faire une cérémonie civile.

Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui, bien entendu, mais le développement et la spécialisation de l’offre risquerait de faire perdre aux pompes funèbres leur spécificité : l’adaptation.

(re)Mise en question

On n’y pense pas tellement, mais le travail d’une pompe funèbre lambda est basé sur une constante remise en question. Du moins dans les grandes villes. L’idée en est simple : on ne sait jamais qui est la personne qui franchit le seuil. Est ce un chrétien, un musulman, un juif, un athée ? Peu importe : il a une demande, qui est de satisfaire à un rituel pour dire au revoir, et l’on devra satisfaire à cette demande.

Le risque de la spécialisation « communautaire » est de perdre ce muscle de l’adaptation. Une famille venant se présenter à une pompe funèbre spécialisée avec une demande spécifique risque soit de se voir opposer un « Désolé, on ne sait pas faire » ou proposer un service standard. Non par fainéantise ou manque de conscience, simplement, moins on en rajoute, moins on risque de se tromper.

Ainsi, j’ai eu le cas, il y a quelques temps, de cette famille d’origine africaine venue me solliciter pour le décès à venir de leur père. Vivant en France, ce dernier avait gardé une nostalgie du pays natal, et tenait absolument à être inhumé dans sa religion, l’animisme, selon une tradition spécifique à l’Afrique de l’ouest, et dont sa famille, majoritairement athée, ne connaissait rien. Cela me mena à deux jours d’enquête parmi la diaspora Africaine pour chercher quelqu’un qui puisse m’expliquer. Au final, la famille opta pour le rapatriement du corps.

Mais dans un monde de pompes funèbres ultra-spécialisées, qui pourrait prendre le temps pour une minorité ultra-minoritaire ? Et surtout, dans un monde ou les cimetières aussi seraient spécialisés, ou l’inhumer si cet homme, et tous les autres qui n’appartiennent pas à un groupe suffisamment important, avait fait le choix de rester en France ?

On me répondra : les cimetières généralistes existeront toujours, comme les sociétés de pompes funèbres non spécialisés, mais est-ce sûr si chaque groupe a son endroit dédié ? La condition essentielle d’existence d’une société commerciale est d’avoir une clientèle suffisante. La condition, donc, de satisfaction d’une minorité, est qu’elle soit suffisamment nombreuse pour pouvoir faire vivre une entreprise dédiée. Sommes nous certains que ces « inclassables » atteindront le nombre requis, ou devront ils se contenter d’un service sans âme ni passion dans une société spécialisée qui aura été obligée de les accepter ?

Que des progrès soient à faire en matière de neutralité et de la personnalisation, tant au niveau des cimetières que des pompes funèbres, tout le monde en convient. Que la solution réside dans la division par dénominateur commun, j’en doute.

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