Igas et thanatopraxie, écouter ne veut pas dire entendre

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Après une lecture attentive du rapport de l’IGAS, j’y ai trouvé des points positifs, malheureusement trop peu nombreux et d’autres très négatifs, voire dangereux pour l’avenir de la Thanatopraxie et en particulier celui de la Thanatopraxie indépendante.

J’ai fait partie en qualité de porte parole de l’ATF, des gens qui ont interrogés. Nous avons été, Gaétan Connant, Michel Guenanten, Dominique Lepape et moi-même,  les derniers à être reçus.  Ma première impression, ce jour-là comme à la lecture du rapport, est qu’il y a eu une masse trop importante d’informations contradictoires, ce qui  a eu l’effet inverse de celui escompté.

Tout n’est pas mauvais dans ce rapport mais il nous est globalement défavorable. J’ai repris ce qui me paraît important.

La Thanatopraxie n’est pas une pratique connue depuis l’antiquité. S’il est vrai que l’embaumement a existé sur terre sur tous les continents et à toutes les époques et que les momies égyptiennes, par le résultat d’un pillage massif des tombeaux, sont les plus connues, il est absolument inexact que les Thanatopracteurs d’aujourd’hui sont les héritiers des embaumeurs de l’Egypte antique. La Thanatopraxie est une technique d’embaumement chimique, arrivée d’Angleterre dans les années 60 et contrairement aux égyptiens, précolombiens, jivaros et autres sokushinbutsus, les Thanatopracteurs n’accomplissent aucun rituel religieux, guerrier ou philosophique. Il s’agit simplement d’assurer la conservation des corps des défunts à des fins de transport longue distance et de présentation. En cela, la Thanatopraxie s’inscrit dans la continuité des embaumeurs français qui poursuivent ce but depuis le haut moyen-âge.

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Claire Sarazin, thanatopracteur

Même si cette erreur semble anodine au premier abord, emprunter ce genre de raccourcis dénote d’une véritable méconnaissance du sujet. Forcément, si l’on commence à présenter les Thanatopracteurs comme des prêtres égyptiens, le risque est important d’être hors sujet.

Si en plus, « la récente actualité médiatique » s’en mêle… On a découvert les pratiques illégales d’un seul Thanatopracteur et non de plusieurs, comme le rapport le laisse entendre. Ce Thanatopracteur entreposait du sang dans son garage au lieu de l’éliminer par la filière DASRI. Il s’agit là d’un cas isolé et non d’une règle. Aucun autre Thanatopracteur n’a été dénoncé depuis pour des faits semblables, à ma connaissance en tout cas.

S’il faut être « précis », précisons tout d’abord que la glace carbonique n’est quasiment plus utilisée en France et surtout qu’elle est très difficile à trouver. Quelle entreprise aujourd’hui dispose de moyens de la stocker ? Qui sait encore l’utiliser ?

Toujours pour rester précis, précisons aussi que la définition du soin de conservation est elle aussi plus qu’approximative. Non, il ne s’agit pas de « remplacer le sang par un liquide antiseptique ». Ça ne fonctionne pas comme ça.  Et le drainage veineux ne se pratique (malheureusement) presque plus. D’ailleurs, s’il ne s’agissait que de cela, on ne pourrait pas à mon sens qualifier cet acte de « très invasif ». Oui, la Thanatopraxie est une technique invasive, mais elle est beaucoup plus complexe et elle vise à restaurer, voire à réparer et non à porter atteinte au corps. Ce sont les bactéries qui sont responsables de la dégradation des corps et à l’heure actuelle, seule la Thanatopraxie ou la congélation permettent de stopper leur prolifération.

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Dès l’instant où une personne décède, toutes les cellules de son corps meurent également, y compris son système immunitaire. Les bactéries se multiplient alors très rapidement et en particulier sur la peau, sans que cela soit visible à l’œil nu. On peut installer un défunt sur une table réfrigérée ou lui appliquer de la glace carbonique. Les signes apparents de la thanatomorphose seront effectivement un peu ralentis mais la réalité est bel et bien que la famille va veiller, toucher, embrasser et se recueillir devant un corps en train de se décomposer.

Revenir à l’âge de la glace carbonique constitue un énorme pas en arrière. L’hygiène, la sécurité et le simple bon sens voudraient qu’on essaie au contraire de favoriser la généralisation des soins de conservation.

Réaliser des soins de conservation à domicile est forcément plus compliqué qu’en laboratoire, c’est une évidence.  Il faut favoriser le transport des défunts en funérarium et ouvrir les locaux mortuaires aux Thanatopracteurs, c’est certain. Mais l’interdiction pure et simple des soins à domicile, sans nuance et sans exception va entraîner des conséquences importantes pour les Thanatopracteurs comme pour les familles des défunts. En effet, les funérariums et les morgues, ne sont pas également répartis sur le territoire français. Certains secteurs en sont dépourvus. Qu’adviendra-t-il, d’une part des Thanatopracteurs qui se verront empêchés de pratiquer leur activité et d’autre part des familles qui n’auront plus accès à ce service à moins de faire transporter leur défunt loin de leur domicile, ce qui représentera un coût important ?

Par ailleurs, on nous dit que le risque d’exposition au sang est de 8,8 sur une échelle de 10 pour un Thanatopracteur mais on préconise aussi d’autoriser les soins de conservation sur les corps des défunts atteints de VIH ou d’hépatite B et C. N’y a-t-il pas là une contradiction ?

Interdire les domiciles va-t-il éviter tout risque de contamination ? Le fait de travailler dans un lieu spécialement « dédié aux soins » va-t-il empêcher une aiguille ou une lame de bistouri de traverser un gant en latex ou en nitrile ? Lorsque l’accident survient, ce n’est pas parce que le Thanatopracteur utilise ses instruments à l’aveuglette dans une chambre mal éclairée mais simplement parce qu’ils glissent ou dérapent, ce qui peut arriver n’importe où.

Il n’est pas question de discrimination dans l’opposition d’une partie des Thanatopracteurs à pratiquer des soins sur les corps des défunts atteints de maladies transmissibles mais simplement d’une peur de la contamination. L’enjeu n’est pas comparable avec les soins médicaux apportés à un malade, nous parlons d’un défunt qu’il s’agit de présenter à ses proches.  Les conséquences d’une contamination par le VIH ou une hépatite B ou C sont trop importantes pour que l’on n’applique pas le principe de précaution. Pratiquer une simple toilette ne présente aucun risque alors c’est dans ce cas précis qu’il faut préconiser l’utilisation du froid comme conservateur.

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« Les soins de conservation constituent une activité à risque ». Cela est exact. En plus du risque biologique, il y a le risque d’exposition au formol, lequel est cancérigène sans aucun doute possible. S’il est impossible d’éviter les risques d’exposition au sang, il est tout à fait possible en revanche de se protéger contre les contaminations respiratoires et les staphylocoques dorés. Ce risque est ensuite évité aux familles des défunts par notre intervention. Il serait plus judicieux, au lieu de pointer du doigt la dangerosité du formol, de favoriser la recherche et l’homologation de produits d’embaumement moins toxiques.

Avant de prendre la décision de faire ou non pratiquer des soins de conservation sur un défunt, les familles ont un droit d’information et le devoir de les informer incombe aux pompes funèbres. Pour recevoir une famille, il faut aujourd’hui une solide formation et un diplôme. « Confier aux Ministères concernés le soin d’établir un document sur les soins de conservation » aurait sans doute des conséquences lourdes sur la pratique de la Thanatopraxie. Présenter tel que dans ce rapport, les soins de conservation comme un acte invasif et chimique est réducteur et dénigrant. Cela incitera les familles à choisir une autre option, telle la glace carbonique, décrite comme efficace et écologique dans ce même rapport. Ce document ne peut pas être établi sans les Thanatopracteurs, qui sont malheureusement les seuls à savoir ce qu’est réellement la Thanatopraxie.

« Les centres de formation, au nombre de 8 ou 10 ». Comprendre les tenants et aboutissants de la Thanatopraxie, avec un nombre aussi important d’interlocuteurs défendant chacun des intérêts différents est très compliqué, soit. Par contre, compter les écoles semble assez facile : il y en a 10.  Ce genre d’approximation tend à démontrer que le sujet n’a pas été vraiment étudié en profondeur.

Les chiffres sont assez fantaisistes, concernant le nombre de Thanatopracteurs en exercice, qui varie sans cesse à ne pas confondre avec le nombre de diplômés, qui est par contre assez simple à calculer. Tous les thanatopracteurs apparaissent soit au JO, soir au BO du Ministère de la santé.

Pour les variations en terme de pourcentage de soins de conservations d’une région à l’autre, ça s’explique très facilement par le fait que la Thanatopraxie s’est tout d’abord développée dans les grandes villes, elle n’est pas encore rentrée dans les mœurs partout. Il faut compter aussi avec les spécificités régionales. Si certaines entreprises de pompes funèbres en font pratiquer davantage, c’est surtout parce qu’elles les proposent davantage et savent développer les bons arguments face aux familles et pas forcément à cause de pratiques malhonnêtes.

Ce rapport est compliqué, il n’apporte aucun éclairage et  il compte énormément d’approximations et d’erreurs. Je ne dis pas que tout est à rejeter en bloc mais  s’il est suivi en l’état, les Thanatopracteurs  ont de quoi s’inquiéter.

Claire Sénézin.

Heu, pardon ! Sarazin

Le rapport est à lire en suivant le lien suivant

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