Impayé à la morgue, le défunt placé en garde à vue

0
629
obseques defunt morgue en garde à vue

Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions. Et lorsque deux fonctionnaires sont envoyés par leurs supérieurs pour régler un problème, l’ordre est implicite : ils doivent trouver une solution, point à la ligne. Même si la solution doit faire d’eux des anti-héros dans le monde entier.

Le soleil implacable du Ghana ne gênait pas l’assistance, habituée à ce climat rigoureux. Surtout la peine effaçait tout autre désagrément : cet homme était très aimé, et ses obsèques étaient bien tristes.

Alors que tous se recueillaient, deux hommes surgirent soudain dans le cimetière, repérèrent l’attroupement, et se dirigèrent droit vers les endeuillés, d’un pas décidé et fulminant.

« Nous confisquons ce cercueil ! »

Devant la foule médusée, les deux hommes s’apprêtent à joindre le geste à la parole, lorsqu’une vois s’élève « Mais ça va pas bien dans votre tête ? Vous êtes qui, vous, d’abord ? »

Les deux individus déclinent alors leur identité : ils sont agents à la morgue à Tema, à l’hôpital, ce qui leur confère une autorité. Et ils viennent confisquer le corps.

La raison est toute simple : alors que la morgue était pleine, entre les visiteurs venus se recueillir ou identifier des défunts, et tandis que les agents étaient occupés, justement, à préparer les défunts pour les visites et les identifications, la famille de ce disparu s’est glissée dans la foule, s’est emparé du corps, et s’en est repartie, c’est là que réside son crime, sans s’acquitter des 5500 Francs CFA de taxe. (Soit très exactement au cours actuel du change, 8 euros 38).

« Pardon, messieurs, mais techniquement, c’est du vol. La famille a payé ce cercueil, et vous n’avez pas le droit de vous en emparer d’autorité, d’autant que sa valeur excède largement leur dette. » explique un ami du défunt, après avoir écouté attentivement les explications des parties.

« C’est vrai, ça, qu’est-ce qu’on fait ? » demande un agent de morgue à son confrère. Celui-ci réfléchit intensément, puis soudain, il trouve.

« Vous avez tout à fait raison. Nous n’avons pas le droit de saisir ce cercueil. Je vous demande pardon ».

Toute l’assistance pousse un soupir soulagé.

« En revanche, nous plaçons le défunt en détention jusqu’à ce que vous ayez acquitté la taxe ».

Et voilà les deux agents, devant l’assemblée médusée, qui ouvrent le cercueil, s’emparent du défunt, et, après l’avoir sanglé sur un brancard de fortune, se le chargent sur l’épaule et s’en vont, sous les lazzis et les quolibets. Sans que personne, toutefois, ne songe à s’interposer : le Ghana ne plaisante pas avec ceux qui portent la main sur un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions.

Finalement, après une quête improvisée, le défunt a pu être sorti de la morgue plus tard dans la journée, légalement cette fois-ci. Après une vie exemplaire, commencer sa mort avec une garde à vue, ça fait désordre.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.