Interview : Anne-Laure Chanel, La Passion de l’étanche.

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C’est Claire Sarazin, qui, il y a quelques temps déjà, me dit : «  j’ai rencontré une fille, elle voulait des renseignements sur la thanatopraxie pour écrire une fiction, je peux lui donner tes coordonnées afin qu’elle t’envoie son manuscrit ? »

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Anne-Laure Chanel

De nature curieuse, et étant aussi éditeur, je donne mon accord à Claire, et je reçois le fameux manuscrit signé Anne-Laure Chanel…

Déjà je suis assez surpris, plus habitué aux polars, aux romans, noirs, voire aux essais, là, j’ai affaire à un texte, genre pièce de théâtre, comme que j’ai étudiés il y a bien des années à l’école (bien sûr que j’y suis allé, médisants que vous êtes !), mais la surprise est bonne, et même très bonne, Anne-Laure a une écriture très fluide1, et surtout son texte est bourré d’humour.

De plus les deux sujets de cette œuvre sont la thanatopraxie et l’édition, mes deux métiers, je ne pouvais faire qu’une seule chose : Publier La Passion de l’étanche.

Déjà qui est Anne-Laure Chanel ?

Anne-Laure est née le 14 novembre 1979 dans l’Ain à Oyonnax. Elle est chargée de réalisation à France Culture. Elle écrit également des dramatiques pour France Inter et France Culture. Plusieurs de ses textes ont par ailleurs été publiés aux éditions Voix d’Encre et par Les Cahiers de la Seine. En 2004, elle crée son site Internet, L’œil de Balthazar, prolongement par l’image de son univers littéraire. En 2011, remarquée par la Fondation Ledig-Rowohlt, Anne-Laure Chanel bénéficie d’une résidence d’écriture au Château de Lavigny (Suisse) où elle commence à rédiger La Passion de l’étanche.

Ensuite, La Passion de l’étanche, ça parle de quoi ?

Élysée Toupie est thanatopractrice, elle redonne un semblant de vie aux visages des défunts. Quand elle pratique les soins de conservation, elle imagine ce qu’a été la vie de la personne décédée. Tout est matière à inspiration : la forme d’un sourcil, d’un nez, la couleur d’une chevelure… Elle alimente ainsi son livre de bord où elle note toutes ses rencontres avec ses « amis de froid et de silence ».

Mais la vie d’Elysée change complètement le jour où elle se trouve devant le corps du romancier à succès Éliphas Sloumévy. »…

La-passion-de-le¦ütanche-couv-182x300 Interview : Anne-Laure Chanel,  La Passion de l’étanche.Rencontre avec Anne-Laure :

Sébastien Mousse : Bonjour Anne-Laure, La Passion de l’étanche sort le 5 avril aux éditions de l’Atelier Mosésu, comment en es-tu venue à choisir une thanatopractrice comme héroïne, pourquoi ce choix ?

Anne-Laure Chanel : Pour répondre à cette question, il faudrait que je replace la naissance de cette fiction radiophonique dans son contexte… C’était à la toute fin du mois d’août 2011, j’entamais une résidence d’écriture en Suisse, et j’ai profité des premiers jours pour constituer, in extremis, un dossier pour le concours annuel de fictions organisé par l’Association Beaumarchais-SACD, France Culture et France Inter. J’étais installée dans le jardin d’hiver (sous un mobile de Calder !) et je cherchais un métier atypique pour celui ou celle qui serait le personnage principal de ma fiction. C’était mon critère : l’originalité. Et j’ai pensé à la thanatopraxie. J’ai choisi une femme car il m’a paru plus inattendu de voir évoluer une femme dans cette profession.

SM : Au départ ton texte est une pièce de théâtre radiophonique2, tu l’as légèrement adapté afin d’en faire un livre. Dans un roman, l’auteur peut prendre le temps, j’entends par là plusieurs pages pour camper un décor, afin que le lecteur puisse se l’imaginer, toi tu ne disposes que de quelques lignes, qui pourront être rendues en son lors de la diffusion radiophonique, l’exercice est-il compliqué ?

A-L. C. : Est-ce plus difficile ? J’imagine que la réponse sera différente selon les auteurs, qu’ils écrivent ou non pour la radio. Pendant l’enregistrement de la fiction, un bruiteur est présent en studio et donne à entendre, par mille et une astuces, les annotations qui figurent dans le texte et qu’on n’entend pas à l’antenne. On s’aide également de disques. Quand dans un roman on décrira le vol des oiseaux en montagne, l’intensité de la lumière dans le ciel ou la température estivale, à la radio, on s’attachera à dénicher l’ambiance adéquate de cris de rapaces ou de chants d’oiseaux en forêt à une période donnée de l’année. Et bien sûr, des indications dans les dialogues contribueront à créer le décor. Plutôt que de dire que l’un des exercices est plus ardu que l’autre, je dirais tout simplement qu’ils sont différents.

SM : Le personnage d’Élysée est séduisant, cette jeune femme, elle dégage un fort capital sympathie, malgré ce qu’elle commet on l’aime bien, la question que je me pose, ce n’est pas Claire3 qui t’a inspiré tout cela quand même ?

A-L. C. : Non, bien sûr, c’est une fiction ! Mis à part le grand capital sympathie de Claire, je ne me suis pas inspirée d’elle !

SM : Depuis peu dans toutes mes interviews, je pose deux questions récurrentes à tous les auteurs. La première :

Si l’on doit écouter une musique en lisant La Passion de l’étanche, ce serait laquelle ?

A-L. C. : D’emblée, j’aurais envie de répondre : « des musiques ». Et d’ajouter : celles qui sont diffusées dans la fiction, c’est-à-dire la musique qu’Élysée écoute chez elle, les morceaux qu’on entend dans le parking souterrain… Par ailleurs, tel passage du texte devrait s’écouter avec un morceau de Police, Bring on the night, et tel autre avec une symphonie d’aiguillages de trains ou bien un extrait de Different trains de Steve Reich…

SM : Et la seconde : Réel, fictif, mort ou vivant, peu importe, à qui aimerais-tu faire lire ce livre, et pourquoi ?

A-L. C. : Aux personnes dont les regards bienveillants m’accompagnent. Parce que ces regards-là sont précieux.

SM : Merci à toi Anne-Laure, j’espère de tout cœur que La Passion de l’étanche connaîtra le succès qu’il mérite, surtout que j’en suis l’éditeur4 d’ailleurs, et je signale à nos lecteurs que tu seras présente les 5 et 6 avril au festival Encres Vives de Provins (77) où ils pourront aussi retrouver Bérangère Soustre de –Condat Rabourdin qui donnera une conférence le dimanche matin à 10h305.

Mousse-Sébastien-200x300 Interview : Anne-Laure Chanel,  La Passion de l’étanche.
Sébastien Mousse

 

1 Très fluide pour un écrit qui cause thanatopraxie, je ne pouvais pas l’éviter, pardonnez-moi, car je n’ai même pas honte.

2 La Passion de l’étanche sous forme de pièce radiophonique, a été diffusée sur France Culture le 26 octobre 2013, vous pouvez retrouver le podcast sur le site de la station.

3 Ceci est du second degré, nul besoin de vous faire des films…

4 www.atelier-mosesu.com, pour toute commande passée avant le 5 avril le livre sera dédicacé par l’auteur.

5 Plus de renseignements et le programme complet sur http://www.salondulivreprovins.fr/site/

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