Interview : Laurent GUILLAUME, De la BAC à Mako

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Laurent GUILLAUME (crédit Pictographistes)

Lorsque j’ai lancé la collection de l’Embaumeur, j’ai décidé de faire préfacer chaque opus, bon soyons honnête, quand on sort un premier livre, avoir Franck Thilliez comme préfacier, ça tire un peu la locomotive en avant…

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Laurent GUILLAUME (crédit Pictographistes)

Puis je me suis pris au jeu, dès qu’un auteur est validé par le comité, je pars en quête d’un autre auteur, pour qu’il rédige la préface se son livre, ce n’est pas forcément facile, car si le texte est court, il représente néanmoins une masse de travail pour le préfacier, il lui faut lire le livre, en résumer la teneur, le style et donner « un coup de pouce ».

Bref c’est pas un truc de cinq minutes, en plus faut que ça plaise, qu’il y ai un point commun entre les deux auteurs, pour ça que quand j’ai reçu le manuscrit de Na Zdrowié de Didier Fossey, que je l’ai lu et qu’il a été validé, j’ai tout de suite eu idée de prendre un autre flic écrivain.

On m’avait dit le plus grand bien de Laurent Guillaume, j’avais déjà été en contact avec lui, donc…

Laurent a accepté, et quelle préface ! De toute beauté.

Seulement, je n’ai pas honte de le dire, j’avais pas lu véritablement un livre de Laurent, bien su depuis c’est chose faite. J’ai lu MAKO…

Mako, diminutif de Makovski, capitaine de la BAC 47, un flic avec des relent de l’inspecteur Harry, genre si la loi me convient pas tout à fait, ce n’est grave, je vais faire la loi à ma façon. Bien sur résumer ce livre à cela c’est faire un raccourci, mais loin de moi l’idée d’être péjoratif, caricatural, c’est un polar noir comme je les aime, qui se dévore en très peu de temps. A savoir que le polar et le roman noir ne sont pas tout à fait pareil, d’après l’évangile selon Claude Mesplède ( la seule qui fait foi!) le polar est un récit de type policier alors que le roman noir est plus un récit sur la société et ses dérives en elle-même, et Mako mélange les deux à la juste dose, un régal.

Ce flic, hanté par ses démons, marginal, taciturne, violent, c’est un l’image que l’on a de temps à autre, quand on est écœuré par certains actes, lorsque l’on a envie de jouer les justiciers.

De part ma passion pour la lecture, et mon boulot d’éditeur, je lis beaucoup, et même quand un livre est bon, bien écrit, avec une bonne trame, du style, au bout d’un moment, je sais, comment ça finir, ce qui va à peu près se passer, mais là, je ne l’ai pas vu venir, bien joué Monsieur Guillaume.

Puis l’avantage d’avoir un flic aux commandes, c’est que certaines scènes, elles ne sont issues que de l’imagination, il y a le vécu, l’expérience de dans, et cela rajoute un réalisme bluffant que l’on se prend en pleine gueule.

mako Interview : Laurent GUILLAUME, De la BAC à MakoLe résumé :

A la sortie d’un night-club, une jeune fille est victime d’une agression sauvage. Mako, policier de la BAC, taciturne et endurci, obsédé par l’idée d’en punir lui-même l’auteur, s’investit dans l’enquête au-delà de la raison. Il déclenche une traque qu’il l’emmènera loin, aux confins de la folie, là où le bien et le mal se confondent. De l’enfer des trottoirs aux boîtes de nuit branchées, Mako hante les bas-fonds d’une société en perdition.

Rencontre avec Laurent Guillaume :

Sébastien MOUSSE : Bonjour Laurent, merci de m’accorder un peu de ton temps, promis, j’fais pas long, en plus si cela se trouve tu as sûrement répondu des dizaines de fois aux questions que je vais te poser . Mako, personnage de fiction crée par tes soins, c’est le côté obscur de Laurent Guillaume ?

Laurent GUILLAUME : Bonjour Sébastien. Il y a effectivement une part de moi dans Mako, ou l’inverse. Ce genre de vieux flicard sur le déclin, j’en ai croisé plusieurs au cours de mes années de police. Ce boulot, en particulier lorsqu’on l’exerce la nuit – a tendance à vous esquinter, vous user jusqu’à l’os. C’est un phénomène insidieux. Au début on n’y prête pas vraiment garde puis à la longue on finit par oublier qu’on est payé pour servir la loi pas pour la rendre. Mako n’est plus vraiment policier, c’est devenu un justicier. Si les deux fonctions sont séparées, c’est pour une bonne raison. À chacun son job même s’il y aurait à redire sur la façon dont certains magistrats exercent le leur.

SM : La plupart des auteurs souvent, me disent qu’ils ont eu un long travail de recherche, et toi, tu as eu besoin, où est issu de ton passé à la brigade anti criminalité ?

LG : Je n’ai réalisé aucun travail de recherche. Le monde de Mako c’est le mien. J’ai pataugé dans la même fange pendant des années. J’avais envie de raconter la vie des flics de la rue, les obscurs et les sans-grade. Les grands flics des services de la PJ ne m’intéressent pas, car ils ont la faveur des médias. Il n’y a pas un mois sans que l’on diffuse une vidéo sur les réseaux sociaux sur un flic de la rue usant de la force en oubliant opportunément de montrer ce qu’il s’était passé avant. J’ai écrit Mako pour leur rendre hommage, pour expliquer sans justifier. Ce sont mes frères et à ce titre j’aurais toujours de la tendresse pour eux.

SM : Un détail peut être, mais une chose qui m’a énormément plu dans ton livre, c’est l’argot, le jargon que tu utilises, le fan de Dard, Héléna, Simonin et autres que je suis apprécie beaucoup, ce langage, dont beaucoup de vocables datent des années cinquante, il est toujours usité ?

LG : Oui, il y a un vrai argot flicard, c’est une sorte de langage à la Titi parisien mâtiné d’arabe. Je pense qu’à l’instar du louchébem pour les bouchers, chaque corps de métier – surtout lorsqu’il possède une forte identité, développe un jargon particulier. C’est très imagé et parfois c’est même poétique. Par exemple, bitumer chez le flic c’est être en patrouille pédestre, c’est arpenter le bitume. Cela donne même des déclinaisons ; ainsi lorsqu’on est affecté à la préfecture de police, on vous remet un plan de Paris et de la petite couronne. Ce plan, les flics l’on surnommé le Bitumard. J’adore ce terme.

SM : et pour finir mes deux questions récurrentes, la première, à quelle personne, vivante ou décédée, réelle ou fictive, tu voudrais faire lire ton livre et pourquoi ?

LG : J’aurais aimé que mon grand-père lise Mako. Il n’était pas chaud pour que j’entre dans la police. Malheureusement, il est parti avant d’avoir pu le lire. Peut-être que ce bouquin lui aurait montré un peu de ce que je vivais au quotidien.

SM : et un chanson à écouter en lisant Mako ?

LG : « Under my thumb » des Stones.

SM : Merci de m’avoir accordé un peu de ton temps Laurent.

Sébastien Mousse

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L’atelier Mosésu

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Sébastien MOUSSE ©Selene de Condat

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