Interview : Linda Widad, la morgue sur mesure

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Linda Widad

A la suite de notre chronique de son livre, Linda Widad, ancienne thanatopractrice, actuelle psychologue et auteure de « La mort me va si bien » a accepté de répondre à quelques question.

Bonjour Linda, pouvez-vous vous présenter, et raconter votre parcours ?

On commence par les questions difficiles ? Me présenter et parler de mon parcours, nécessiterait…beaucoup, beaucoup de temps…vous en avez ? Je suis quelqu’un qui a eu plusieurs vies. Celle que je raconte dans « La Morgue me va si bien » est l’une d’entre elles.

Pouvez-vous nous raconter le parcours de votre manuscrit, du moment ou vous l’avez fini jusqu’à l’édition ?

Mon manuscrit a été remanié plusieurs fois. J’avoue avoir mis une éternité à l’écrire. J’ai trouvé l’exercice très difficile. J’avais l’habitude d’écrire des fictions ou des poèmes…témoigner, c’est autre chose. J’aime inventer des histoires, et là il s’agissait justement de ne pas inventer. Je voulais être la plus proche possible de la réalité…enfin, de ma réalité.

Puis j’ai commencé à l’envoyer à des maisons d’édition : des grandes, des petites, des moyennes…bien sûr je n’ai eu que des refus. Celles qui ont accepté mon manuscrit étaient des maisons d’édition à compte d’auteur. Je ne voulais pas être éditée de cette façon. J’ai fini par être contactée par les Deux Encres, qui tente d’être une maison d’éditions à compte d’éditeur…en demandant des préventes.

Votre livre « La Morgue me Va si bien » est sorti en 2010, vous continuez à le porter aujourd’hui, c’est un cycle de vie long pour un témoignage ?

En fait, j’ai été naïve. Je pensais que ma maison d’édition se chargerait de m’aider à faire connaître mon témoignage. Mais que nenni… Donc j’ai laissé mon livre sans en faire grand-chose. Je me réveille donc depuis quelques temps et j’ai décidé de tenter de me charger de ma propre communication. J’ai écrit ce témoignage pour faire connaître un milieu tabou, peu connu, et qui souffre d’une mauvaise réputation. Je voudrais qu’on sache que le milieu funéraire n’est pas un milieu morbide et que comme partout il y a des gens bien et des gens moins bien.

Vous expliquez dans votre bio, sur le livre, avoir commencé plusieurs manuscrits, et n’avoir achevé que celui-la, pourquoi précisément lui ?

Parce que j’ai tendance à oublier…Donc j’ai écrit pour ne pas oublier, c’est aussi simple que cela ! C’est une sorte de journal intime professionnel !

L’avez-vous fait lire aux protagonistes de l’ouvrage ? Quelles ont été leurs réactions ?

Mon tuteur, celui que j’appelle David dans le livre, a lu mon livre. Il a été touché par ce que j’ai écrit. Il a été surpris par ma sensibilité. Apparemment c’est quelque chose que je n’ai pas laissé transparaître à cette époque.

Il paraît qu’un livre est toujours une lettre adressée à quelqu’un, a qui était destiné la vôtre ?

Il est assez clair que mon livre s’adresse à ma mère. J’ai pratiqué la thanatopraxie, en cachette, malgré son refus. Je n’en suis pas fière, mais je ne regrette pas cette expérience qui a été primordiale pour moi. Je dis toujours que devenir thanatopracteur m’a donné un coup de pied aux fesses !

Est-ce que le livre a aidé votre entourage à comprendre certaines choses qui leur étaient mystérieuses jusqu’alors ?

Je crois que mon entourage ne réalise pas vraiment que j’ai réellement pratiqué ce métier. Justement parce que, comme vous le dites dans la chronique de mon livre, je suis très sensible.

Vous avez aujourd’hui quitté la thanatopraxie, vous arrive-t-il de regretter ce choix ?

Non, je ne peux pas regretter, car je pratique un métier que j’adore ! Être psychologue c’était un rêve d’enfant. J’aime vraiment m’occuper des gens, les aider. Je pense qu’en tant que thanatopracteur je l’ai fait aussi. Mais c’est vrai que j’étais frustrée de ne pas pouvoir leur apporter un soutien psychologique…aussi bien les familles que les professionnels du funéraire !

Par contre je ne regrette pas d’avoir fait la formation de thanatopracteur. Je ne serais peut-être pas psychologue actuellement si je n’étais pas passée par la case du funéraire ! Mais c’est vrai que l’atmosphère spéciale de la morgue me manque.

D’ailleurs je n’ai pas vraiment quitté le milieu du deuil, puisque j’administre un forum de soutien aux endeuillés.

La moitié des thanatopracteurs qui sortent diplômés d’une école ont définitivement quittés le métier 90 jours après être arrivés sur le marché. C’est un chiffre qui vous surprend ? Comment expliqueriez-vous cela ?

Non, ça ne me surprend pas du tout. C’est un métier dur dans un milieu difficile. Ce qui a été le plus difficile pour moi, c’était le regard des gens, comme si j’étais sale ou morbide. Ce sont des métiers qui ne rencontrent pas la reconnaissance qu’ils méritent.

Que diriez-vous à un jeune qui voudrait aujourd’hui épouser cette profession ?

De foncer ! C’est un beau métier !! Très intéressant, où on ne s’ennuie jamais! Dans mon témoignage, je raconte des vignettes qui m’ont touchée, que ce soit par la tristesse, par l’originalité ou par leurs côtés cocasses. Mais vraiment j’ai aussi beaucoup rit ! C’est un métier qui m’a rendu vivante !

Vous avez un vrai talent de conteuse, ce serait dommage de le gâcher en n’écrivant rien d’autre…

Merci, merci !

 Ah, mince, vous avez raison, j’ai oublié de vous poser une question. Bon : allez-vous écrire d’autres livres ?

J’en ai un en cours depuis longtemps. Très diffèrent. Ça me démange de reprendre sa rédaction. Mais je crois que j’ai d’abord besoin de donner sa chance à ce petit témoignage. Ce n’est pas de la grande littérature et ce n’était pas le but. Je dis souvent que mon livre est un bon bouquin de métro.

 Enfin, c’est une sorte de tradition chez nous, que diriez-vous aux lecteurs de Funéraire Info ?

De profiter de la vie !!!! (Et de lire mon livre…)

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1 commentaire

  1. « Mon manuscrit a été remanié plusieurs fois. J’avoue avoir mis une éternité à l’écrire. J’ai trouvé l’exercice très difficile. J’avais l’habitude d’écrire des fictions ou des poèmes…témoigner, c’est autre chose. J’aime inventer des histoires, et là il s’agissait justement de ne pas inventer. Je voulais être la plus proche possible de la réalité…enfin, de ma réalité. »

    Oui, vous l’avez bien dit « votre réalité », parce que ce n’est pas du tout la mienne, ni celle de notre beau métier selon moi.

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