Inversion de corps à l’hôpital de Grenoble, et la présomption d’innocence ?

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Une erreur de corps lors d’une mise en bière à l’hôpital public, et voici les pompes funèbres mises en cause. Classique ? Classique, oui. Mais aussi, et peut être surtout, facile.

L’histoire rapportée par Le Dauphiné Libéré n’est ni fréquente, ni une première : une famille se présentant à la chambre mortuaire de l’hôpital Albert Michallon, à Grenoble-La Tronche, en août dernier, pour la mise en bière d’une proche disparue, en l’occurrence une grand-mère, a eu la surprise, mauvaise, évidemment, de voir une parfaite inconnue dans le cercueil. D’où un trouble bien légitime, un temps de recueillement abrégé du temps mis à réparer l’erreur, un hommage raté. Et des obsèques gâchées ne se rattrapent pas.

La colère de la famille est légitime. Ils ont raison, ils sont les victimes d’une erreur. Erreur commise par l’hôpital, qui l’a reconnue. Jusqu’ici, tout ne va pas bien, la famille restant atteinte, mais tout semble clair.

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Chut !

Sauf que l’hôpital cherche à se dédouaner en expliquant que, oui, ils ont inversé l’ordre d’arrivée des corps dans la salle de mise en bière, mais que la faute incombe aux pompes funèbres, qui doivent vérifier l’identité du défunt avant de le mettre dans le cercueil. Comme le demandait une vieille publicité, et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu ?

Qui a fait quoi ?

Qui sont les pompes funèbres incriminées ? Premier opérateur funéraire de l’Isère, les Pompes Funèbres Intercommunales de la région grenobloise (PFI) emploie près de 65 salariés, réalise plus de 3000 obsèques et plus de 5000 opérations funéraires par an, dans le cadre d’une démarche ISO Qualité, Sécurité, Environnement. Au niveau national, PFI est le 1er opérateur funéraire public en activité obsèques, le 7ème opérateur funéraire de France. On ne pourra donc pas les taxer d’amateurisme.

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Corinne Loiodice, sa directrice, a pris la défense de son équipe. Là encore, Présidente de l’UPFP-Union du Pôle Funéraire Public, mais également directrice générale de la SEM PFI de la région grenobloise, Madame Loiodice sait de quoi elle parle et ne semble pas du genre à se défiler. On a tendance à croire que si ses équipes avaient fait une boulette, elle l’aurait reconnu.

Le prétexte pris par l’hôpital de Grenoble ? On apporte un corps dans la salle, et ils le mettent dans le cercueil sans vérifier qui c’est. Et sans poser de question ? Ils n’ont pas croisé l’agent d’amphi ? L’on a du mal à croire, vu le nombre de convois que les PFI réalisent dans cet hôpital, que les équipes n’en connaissent pas les agents. Le scénario, on le connaît, les pompes funèbres sont arrivées, le Maître de Cérémonies a expliqué qu’ils venaient pour la mise en bière de la défunte, on leur a amené un corps qui était celui de la défunte, qui d’autre aurai-t-elle pu être ? L’hôpital a suffisamment de protocoles pour ne pas échanger des patients, vivants ou morts.

On objectera « la confiance n’exclut pas la contrôle ». Bien sûr. A condition d’avoir les moyens d’effectuer ce contrôle. Les Maître de Cérémonies sont-ils censés se promener avec une photographie dûment authentifiée du défunt pour procéder à une identification formelle ? C’est ridicule.

Une explication plus sordide ?

Il y a peut-être une autre lecture à faire des faits. L’hôpital, qui a la sympathie du public, quoi qu’on puisse lui reprocher, a peut-être cherché un pigeon pour faire oublier sa gaffe. Science-fiction ? Dans l’esprit du public, l’hôpital, ce sont les gentils docteurs qui soignent les gens, et les pompes funèbres, les salauds qui se font de l’argent grâce à la détresse des gens.

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Partant de ce constat, l’un aura beau jeu d’accuser l’autre de ses propres erreurs. Et les pompes funèbres, du statut de victime dans cette histoire, puisque ce genre de situation est également déplaisante pour les équipe consciencieuses, se retrouvent coupable idéal, puisque tout le monde a envie qu’ils le soient.

Et ça marche. Il suffit pour s’en rendre compte de lire les commentaires sur les articles parus dans la presse : tous ironisent sur la « boulette » des pompes funèbres, qui n’en a pourtant fait aucune et de crier « Haro sur le baudet ». Il se sont juste fait accuser par les coupables avérés.

Ne tombons pas dans le piège. Il faut être clair : lorsqu’une telle histoire frappe un opérateur funéraire, qu’il soit, comme ici, un service public, mais qui aurait pu être le numéro un du marché, un gros franchiseur, ou un petit indépendant, c’est toute la profession qui est salie. Ne rien faire ou se gausser, c’est accepter d’être les bouc-émissaires bien commodes de la bêtise des autres. Si vous n’êtes pas solidaires aujourd’hui, vous les professionnels des pompes funèbres, qui le sera de vous, demain, lorsque vous serez injustement mis en cause ?

Quant au public qui semble déjà avoir oublié qu’à l’origine de cette erreur, il y a une confusion du personnel de l’hôpital : nous envions votre sérénité. Il n’y a jamais d’erreurs à l’hôpital, et c’est tant mieux. Vous êtes ainsi absolument certain que le bébé qu’on vous a donné lorsque vous êtes sorti de la maternité est bien le vôtre. Sans aucun doute. Non ?

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L'article du Dauphiné Libéré

4 COMMENTAIRES

  1. Mais comment pouvez vous à ce point manquer d’objectivité et refuser d’admettre que le maître de cérémonie ait pu commettre une erreur ?
    N’apprend on pas en formation funéraire à vérifier un bracelet d’identification ? N’est ce pas un B-A-BA de notre métier ?
    Or, vous avez une vision très manichéenne ou tout doit être noir ou blanc. Selon vous, c’est forcément un seul opérateur (en l’espèce l’hôpital) qui est responsable, et l’autre n’a rien à se reprocher. La vérité est grise. Le CHU a mis le mauvais défunt dans l’ascenseur, mais les PFI n’ont pas vérifié que c’était bien le leur. Un partout la balle au centre. Et la réponse de Mme Loiodice vaut son pesant de cacahuète : nous n’avons rien à nous reprocher, mais nous avons modifié nos procédures internes pour que cela ne se reproduise plus. Méditez…

    • Monsieur bonjour
      Malheureusement, le zéro défaut n’existe pas et le « Le seul homme à ne jamais faire d’erreurs est celui qui ne fait rien » (Theodore Roosevelt).
      Ce n’est ni un manque d’objectivité, ni de l’angélisme le but est de faire comprendre que ce problème retombe sur l’ensemble de la communauté du funéraire, car le public ne fait pas de différence entre les public ou privé et je ne souhaite à aucun opérateur de vivre cela et pourtant cela va de nouveau arriver…
      Bonne après midi
      Eric

  2. Je suis le fils de la défunte et j’ai deux questions:

    Je prends tout à fait en compte la responsabilité de l’hôpital de Grenoble et ne la minimise pas.

    D’après ce que nous a rapporter un responsable des PFI le jour même du maître de cérémonie, je site: ( nous n’avons pas trouvé le bracelet d’identification, il était plus haut et n’était pas visible), là nous parlons de l’autre personne dans la cercueil de notre mère. Donc les opérateurs ont vérifié, mais après. Par contre ma maman avait bien son bracelet nous avons nous même vérifié. De plus par téléphone l’après-midi même, la personne que nous avions pu rencontrer aux PFI pour explications nous rapporte en ces termes les propos de sa Direction, je site : « … d’après le protocole, il ne nous incombe pas de vérifier l’identité de la personne à la mise en bière… »

    1) Comment peut-on ne pas vérifier l’identité du défunt à mettre en bière alors que cette prestation nous est facturée par les PFI ?

    2) Madame La Directrice des PFI, si vous aviez été à notre place dans de telles circonstances que ce fut votre mère à la place de la notre, n’auriez-vous pas aimé recevoir un courrier avec un peu plus de compassion et plus objectif ?

    Je vous site: ‘…cette erreur d’identité incombe entièrement au CHU, l’établissement est le seul responsable…Ces explications vous ont déjà été données par téléphone…nous sommes surpris que ce courrier nous soit adressé plutôt qu’au CHU…( correspondance du 16 août 2013 )

    Ce n’est pas ce que nous attendions comme réponse à mon courrier du 08 août dans lequel je demandais simplement à la Direction des PFI, reconnaissent leur erreur et de ne pas être dans le déni, du genre:  » c’est pas moi c’est l’autre nous sommes désolés mais arrêtez de nous embêter avec cette histoire, on vous a déjà expliquez par téléphone ».

    Quelle délicatesse !!! Mais je n’en resterais pas là.
    Pour le respect de notre maman.

    Eric

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