J’ai pardonné à l’homme qui a tué ma femme.

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Un jour vous vous énervez pour des tous petits riens, les courses, les prochaines vacances, l’organisation avec les enfants, et le soir même la police vous appelle, les pompes funèbres sont sur place, il faut identifier le corps de votre femme.

Inès avait 35 ans, d’un tempérament de feu, elle savait aussi faire preuve d’une immense douceur. Des étoiles plein le cœur elle était mon rayon de soleil et celui de nos deux filles. Ce jour là, en janvier 2006, on s’était un peu brouillés le matin à propos du fait qu’elle n’était pas sortie depuis des semaines avec ses copines. Je venais de changer de boulot, à l’époque nos filles étaient petites, Inès était institutrice et c’est vrai qu’on s’est fâché pour rien du tout. Je lui ai demandé si elle ne pouvait pas remettre sa sortie à un autre soir, alors que je savais qu’au fond, elle en avait vraiment besoin. Elle a du reprendre la route assez tôt, vers 22h, 22h30 à la sortie du restaurant. C’était un sale mois de Janvier avec de la pluie à n’en plus finir. Mais Inès roulait bien, elle était sobre, et…elle était heureuse. Ce soir là, elle croise la route d’un chauffeur poids lourd qui ne s’était pas arrêté au bout de son temps réglementaire. Nos routes sont assez pénibles, un peu comme les routes de montagne. Au détour d’un virage, alors qu’il s’était assoupi, il a croisé ma femme, mais n’étant plus vraiment sur sa voie, il l’a percuté de plein fouet, la bloquant contre la falaise.

« Monsieur, vous êtes seul ? Venez on va s’asseoir, …votre femme à eu un accident de voiture. Elle se n’en est pas sortie. »

Comment ça pas sortie ? Comment ça ma femme ? Non impossible attendez je l’appelle. Elle ne doit pas entendre son téléphone elle est sortie avec ses amies, il doit y avoir de la musique. Remontez vous coucher les filles tout va bien.

Non. Tout ne va pas bien. Et non tout n’ira plus jamais bien. Je revois la carcasse de la voiture, les vitres brisées, le toit éventré. Je revois les pompes funèbres « il va falloir la préparer, vous savez, son corps est très abimé, surtout son visage », je revois le cercueil, je revois la tombe.

Je lui en veux pendant longtemps, à elle, à ses copines à la terre entière. Et surtout à lui, à l’homme qui me l’a pris. Je le revois encore, sanglotant et j’avais qu’une envie, qu’il échange sa place contre celle de ma mère, de ma Inès. C’est devenu invivable. Au boulot je n’étais plus concentré, j’ai du confier mes filles à leurs deux grands-mères. J’ai fait fuir tout le monde autour de moi avec ma colère. Elle n’était pas canalisée et je suis resté dans cette étape trop longtemps. 

Elle avait 35 ans, c’était l’amour de ma vie. 

Je ne sais pas vraiment quand ça s’est produit, quand je suis arrivé à un minimum d’apaisement, ce que je sais c’est que jour après jour, un pas devant l’autre je m’en suis sorti. J’ai récupéré mon rôle de père. Et j’ai pardonné, pour elles, pour mes filles, je me suis apaisé. 

Aujourd’hui quand je repense à cet homme sanglotant, je ne pense plus au chauffard, je pense au chauffeur. J’ai pardonné, il le fallait, pour mes filles, pour Inès, et pour moi. 

 

 

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