« J’ai travaillé 25 ans dans les pompes funèbres, et j’ai claqué la porte »

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J’avais 20 ans quand je suis arrivé dans la pompe. Un peu par hasard, une amie à ma mère cherchait désespérément quelqu’un mais personne ne voulait travailler « au milieu des cercueils ». Comme beaucoup j’ai commencé comme porteur, puis j’ai fait de la cérémonie, et petit à petit l’entreprise à grandi et je me suis retrouvé assis derrière un bureau à recevoir les familles.

Il y a 20 ans, obtenir le diplôme de conseiller funéraire n’était pas nécessaire et quand je l’ai passé 20 ans après, « pour la forme » ça a été une belle déconvenue.

Au départ, c’était pour moi n’importe quel travail. Mes parents étaient dans le milieu médical tous les deux, parler de la mort, de la maladie, de la souffrance ça n’était pas rare au déjeuner. Voir des défunts ça ne m’a jamais rebuté. Quand je suis devenu maitre de cérémonie ça n’a pas été pareil, c’est là que je me suis vraiment impliqué et que j’ai compris toutes les subtilités du travail. Parler avec la famille, comprendre leurs besoins, leurs attentes et faire de chaque cérémonie un moment intime et privilégié avec eux, c’est ça qui m’intéressait.

Quand je me suis retrouvé au bureau, au départ c’était bien, la logistique, accueillir les familles, les aiguiller les aider. L’entreprise grandissait et on commençait sérieusement à avoir une bonne réputation. Indirectement, je me disais que c’était aussi en partie grâce à mon travail. Lorsqu’on dit que notre plus grande satisfaction c’est quand la famille nous remercie, c’est vrai. C’est là qu’on se dit qu’on a vraiment été utile à quelque chose.

Et puis il y a 5 ans tout s’est dégradé, et finalement ça n’est la faute ni des formateurs, ni de mes patrons. J’ai passé le diplôme de conseiller funéraire, et j’avais l’impression que tout était en décalage avec ce que je vivais. Il y avait des personnes autour de la table qui n’avait jamais vu de corps et qui ne voulait surtout jamais en voir. On passe une journée entière sur les contrats obsèques, la rentabilité, etc. Je vis certainement comme un bisounours au pays des licornes, mais pour moi c’est pas ça le milieu de la pompe funèbre. C’est pas vendre de la prestation à tout prix sous prétexte que ça va les décharger de leur responsabilité. Ça n’est pas vrai. Faut les accompagner, les soutenir, ça n’est pas toujours facile, mais c’est notre boulot après tout.

La concurrence s’en est mêlée, puis les grands groupes, les nouveautés sur internet avec les devis en ligne etc., j’avais l’impression que la petite entreprise que j’avais connu n’existait plus. Je me suis senti mal à l’aise avec tout ça, j’ai délaissé mon bureau pour être plus souvent en cérémonie. C’est ma faute quelque part, je sais qu’on n’est pas dans le social et qu’il faut faire vivre l’entreprise. Mais ce sentiment de trahison ne partait pas. Au bout de 25 ans dans la même boite, j’ai claqué la porte.  C’est difficile de quitter ce milieu, aujourd’hui je me suis reconverti dans un tout autre secteur et je me suis mis aussi dans une association d’aide au deuil où je me sens impliqué.

Je ne dis pas que ce métier n’était pas fait pour moi, il l’était, il ne l’est plus.

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