Je suis condamné. Enfin non, disons plutôt que je vais mourir.

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je vais mourir

Je suis condamné. Voilà c’est dit. Comme tout le monde vous allez me dire. Oui, sauf que moi, ça ira sans doute un peu plus vite que vous. « Condamné », ça fait très série B. Ça vous choque ? Vous ne devriez pas, je vais mourir dans quelques semaines, peut-être même que je ne passerai pas Noël. Mais je ne vais pas m’étendre là dessus, si ça se trouve demain je vais mourir en tombant dans les escaliers, dans un tragique accident de voiture. C’est pas la mort qui choque. La mort est notre seule certitude, pourquoi diable sommes-nous si étonnés lorsqu’on nous annonce que nous allons y passer ?

Notre vie ne nous appartient pas, ne la prenez pas.

« Se foutre en l’air », oui j’y ai pensé. Pire que ça : « se donner la mort » mais à qui la donne-t-on vraiment en réalité ? La mort ne se donne pas, elle s’inhale, s’imprègne, la mort ne se donne pas, elle se prête. 

Je repense à la fois où l’on m’a annoncé que j’allais mourir. Sur le coup je me suis dit « pourquoi il me le dit, pourquoi à moi ? » Je ne suis pas quelqu’un de très courageux, je suis même plutôt lâche alors lorsque l’on m’a annoncé ça, je ne savais vraiment plus quoi faire de moi.

J’ai du gérer toutes sortes d’émotions, celle de me regarder dans la glace et de voir mon reflet disparaître, arrêter de travailler, voir le chagrin dans les yeux de ma femme. La colère tout le temps. L’égocentrisme de me dire que le monde allait continuer de tourner sans moi.

Mais tout ça c’est fini, c’était avant, je n’ai pas baissé les bras, mais je me suis rendu compte que je faisais bien plus de mal à mes proches par ma fin de vie, que par mon décès. Les étapes du deuil on appelle ça. C’était de ma responsabilité de leur apprendre à se souvenir de moi et pas de moi malade. Combien sommes-nous à pouvoir dire au revoir, ou à dire aux gens qu’on les aime en sachant que là, ça compte, c’est important, ça n’est pas juste pour les retenir, juste pour soi, non, parce que c’est vrai.  Disons que je suis passé de : attendre la mort à : c’est la mort qui m’attend. 

Je ne dis plus « je suis condamné » je dis juste que je vais bientôt mourir.

Je profite de chaque journée comme une immense chance. Je suis toujours un peu en colère, mais pas pour moi, pour les gens que j’aime. La mort c’est pour les autres que c’est douloureux.

Je profite de ces lignes pour les remercier, pour leur soutien, pour leur dire pardon aussi de ce que je leur ai fait subir, à ma famille, mes amis. Pardon à mes médecins, psychologues à ceux qui ont cherché à me tendre la main pendant qu’elles étaient dans mes poches. Je les aime. Merci de me laisser l’opportunité de dire merci ici et merci de trouver les mots à ma place. Je ne sais pas si je serai encore là à Noël, mais quelques part, à travers ces mots, je le serai un peu quand même.


Merci à toi Romaric pour ce témoignage bouleversant, sans pathos, sans larme. Un message plein d’humanité. Beaucoup ne verront que la fin de vie ici. J’écris depuis toujours et s’il y a bien trois sujets sur lesquels il ait toujours difficile d’écrire c’est bien ceux là : la mort, la vie, soi.

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