Jean-Michel Tournoux : métier, architecte du funéraire

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Architecte, cofondateur du cabinet APUI, Jean-Michel Tournoux a beaucoup rénové de bâtiments depuis les années 80. Des logements sociaux. Des administrations. Il a découvert la construction funéraire en 1997, en modernisant le crématorium parisien du Père Lachaise. Un lieu qu’il adapte encore régulièrement. Il intervient aussi notamment à Champigny-sur-Marne (94) où un système de filtration ATI a récemment été inauguré, ou encore à Vendin-les-Béthune (62). Son crédo : la qualité de l’accueil. Rencontre.

Qu’avez-vous appris en travaillant sur des bâtiments à vocation funéraire ?

Jean-Michel Tournoux. Nous avons été guidés par des gens qui sont très attentifs à l’accueil du public, à l’accompagnement du travail de deuil. Un crématorium, c’est un édifice laïc. Il reçoit des foules de taille variable. On y fait des cérémonies pour toutes sortes de personnes, aux comportements différents. Il ne s’agit donc pas que de bâtir des lieux. Il faut aussi créer des ambiances. Dans nos villes, il n’y a plus forcément d’endroits où se retrouver, où prendre du temps ensemble après la cérémonie. Je connais des crématoriums qui ressemblent plus à des salles polyvalentes de banlieue qu’à un lieu de culte. Alors, nous devons apporter de la qualité d’espace, et considérer les gens comme du public, pas comme des clients. Ce n’est pas la même chose.

C’est ce que vous avez appliqué à Champigny-sur-Marne ?

JMT. Oui. D’autant qu’avec les services funéraires de la Ville de Paris nous avons pu intervenir tôt dans le projet. Ce site était coincé entre le cimetière et une zone industrielle. L’entrée devait d’ailleurs se faire par cette dernière. Nous avons proposé de changer cela. Le crématorium est comme un fond de scène, en entrant par le cimetière. En avant-scène, nous avons travaillé avec un paysagiste pour créer un jardin fruitier, dont les couleurs changent au fil des saisons. Nous avons caché les cheminées dans un gros mur central. A côté de la partie cérémonie, mais séparée, nous avons créé une salle de convivialité où le public peut se retrouver, et boire un verre avec vue sur le jardin. Cela manquait aux abords, dans cette ville.

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Vous n’avez pas toujours l’opportunité de partir de rien. A Vendin-les-Béthune, par exemple, le bâtiment existe déjà.

JMT. Nous travaillons actuellement sur l’extension de cet édifice post néo-byzantin en brique rouge et parpaing. Il y a des symboles maçons. Ce crématorium a un cachet. Mais il est petit, pas du tout dimensionné pour accueillir le nouveau système de filtration des fours. Et puis on est sur un terrain marécageux, avec un souci de fondations. Qui plus est, l’opérateur a décidé de fermer quatre mois pour les travaux. Il faudra tenir les délais. Nous avons donc décidé de se poser sur l’existant, de s’étendre au dessus. Nous allons fabriquer un caisson métallique en kit, monté à la grue, très vite. Pendant ce temps, on enlèvera les anciens fours et on posera les nouveaux, à la grue également. Ensuite, on fermera le toit.  C’est ce qu’on a aussi fait à Champigny. On parle-là d’équipements de plusieurs tonnes. Vendin-les-Béthune pourrait être opérationnel en 2016.

Vous réintervenez également encore au crématorium du Père-Lachaise.

JMT. Tout est compliqué sur ce site. Un bâtiment existant, classé monument historique. Depuis notre première intervention de 1997-1998, nous avons créé des salles de cérémonie supplémentaires en souterrain, en creusant aux abords de l’édifice sous les pelouses. Puis, en 2007, nous avons travaillé à la mise en conformité de la filtration des fours. Il fallait encore trouver des surfaces. On a recreusé des galeries au pied du columbarium, sans pour autant que le crématorium ne cesse de fonctionner. On y manque cruellement d’espace. Là, en 2015, nous devrions avoir achevé de rénover deux salles (Bigot et Formigé), vieilles de dix ans. Nous allons revoir l’ambiance, les revêtements de sol, avec des éléments chauds comme le bois. C’est important que les gens ne se retrouvent pas dans un lieu vieillot.

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Si on vous donnait carte blanche pour créer un cimetière. A quoi ressemblerait-il ?

JMT. J’ai pas mal voyagé en Italie à regarder comment sont faits les cimetières. Il y a des enfeus (tombeaux encastrés dans les murs), des constructions, des sculptures. J’aime quand on y trouve des repères qui animent les lieux. Avec des cheminements, des parcours qui donnent du caractère à des sections. Un peu comme au cimetière de Valenton (94). On ne m’a jamais demandé, mais ce travail m’intéresserait beaucoup.

Propos recueillis par Olivier Pelladeau

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