Juliette Warniez, thanatopractrice : rectification et mise au point

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Juliette Warniez, thanatopractrice, s’est récemment retrouvée « à la une » du funéraire à son corps défendant, suite à une interview d’elle, parue dans un journal sur Internet, ou lui sont prêtés des propos choquants, propos qu’elle se défend d’avoir tenu. Face à l’attitude autiste de la publication incriminée, nous avons laissé nos colonnes à Juliette, afin qu’elle puisse se défendre.
Nous en profitons pour rappeler qu’à Funéraire Info, nous faisons systématiquement relire la transcription d’une interview à la personne interrogée, afin qu’elle puisse vérifier que ses propos n’ont pas été tronqués  ou interprétés de quelque façon que ce soit, et que vous êtes en droit de le demander à tout journaliste préalablement à l’acceptation d’un entretien, et que, d’une manière générale, le caractère sensible de notre profession requiers la plus extrême prudence.

En réponse à l’article rédigé par Élodie Branson pour le site internet Street View et vu les nombreux commentaires qui ont été fait à mon encontre je tenais à faire quelques précisions à ce sujet.

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Juliette Warniez

Je peux comprendre que les avis de chacun aient pu être légitimes si les propos tenus avaient vraiment été ceux qui me sont prêtés mais il n’en n’est rien.

J’ai reçu cette « journaliste » à mon domicile en début d’après midi et je lui ai parlé de notre profession en des termes élogieux car je me suis dit que des propos intelligibles et dénués de sensationnalisme pouvaient alors susciter une vocation chez certains de ces lecteurs qui d’après le rédacteur en chef se situent dans une tranche d’âge de 25/35 ans. Il s’agissait donc d’un public adulte et averti.

Il est vrai que ce genre de sollicitation est une première pour moi et elle m’avait été initialement proposée par l’intermédiaire du SPTIS qui avait reçu une demande de rendez-vous avec un professionnel demeurant et exerçant sur Paris et Région Parisienne.  Cédric Ivanes m’a donc proposé d’y répondre puisque j’y suis adhérente et c’est tout naturellement que je me suis prêtée au jeu des questions et des réponses.

Notre entretien a d’ailleurs été enregistré et c’est là que le bât blesse.

J’ai alors expliqué en quoi consistait notre activité, les études entreprises, ce qui m’a motivée pour aborder ce type de formation, la technique utilisée mais sans rentrer dans les détails sordides et inutiles pour une profane.

Elle m’a demandée aussi de faire une photo de mes mallettes de thanatopraxie ouvertes, ce que j’ai refusé puisque nous étions à mon domicile d’une part et que d’autre part je n’appréciais pas ce côté « voyeur » qui n’aurait pas eu sa place dans l’article, donc la photo qui l’illustre ne provient pas de mon matériel, j’ignore où cette personne se l’est appropriée et comment elle a fini sur ce site.

Quoi qu’il en soit j’ai effectivement abordé mon enfance en province où il m’a été donné de voir une personne effectuant une toilette et n’étant pas effrayée par ce que j’avais vu, j’en ai aussitôt parlé à mes parents qui ont décidé, pour être certains que je ne sois pas traumatisée par la vision d’un corps de me confier à un médecin.  Je lui ai expliqué aussi que l’ « univers » qui pouvait être morbide pour les adultes ne l’étaient pas pour moi étant donné qu’il m’arrivait de me rendre au domicile d’un camarade dont le funérarium jouxtait la maison ; C’est pourquoi cette ambiance et tout ce qui tournait autour ne m’a jamais dérangé.  J’ai abordé aussi le fait que lorsque j’ai décidée d’entreprendre ces études, certains de mes amis et quelques membres de ma famille n’ont pas compris ce choix.

J’ai également précisé que les différentes activités entreprises avant la formation de thanatopraxie, (formation d’ébénisterie et formation de doreuse) ne m’apportaient pas une entière satisfaction et c’est pour cette raison que je me suis tournée vers le milieu funéraire qui n’était pas en soi une « nouveauté » puisque confrontée dès mon jeune âge à cette activité.  Heureusement, d’autres personnes voient en moi et à travers ce métier, comme un ultime hommage à la personne décédée et sont fières de pouvoir compter sur des thanatopracteurs impliqués et soucieux de leur travail.

Je me suis effectivement prononcé sur le fait que certains pratiquaient des soins à la va-vite mais que cela ne correspondait pas à ma vison de la thanatopraxie.  En abordant la formation, j’ai évoqué le soin réalisé par mon maître de stage et pour lequel j’étais stagiaire et j’ai relaté non sans une certaine émotion et fierté, l’attention toute particulière que nous avions mis à habiller Gilbert Bécaud avec son costume de scène.

En aucun cas je me suis octroyé la réalisation de ce soin, il n’est pas dans mes habitudes de me vanter d’un travail que je n’ai pas réalisé et je n’ai pas non plus exhibé le corps de cette pauvre femme retrouvée noyée au bout de 15 jours pas plus que je n’ai déclaré qu’un défunt est « froid comme du poulet ».

En revanche je lui ai montré un « book » où l’on pouvait distinguer différentes préparations de corps comme beaucoup de praticiens en font l’usage, afin de les montrer à des clients pompes funèbres la qualité du travail effectué.

J’ai également dit que certains défunts avaient parfois la chair de poule mais je me suis gardé de faire preuve de manque de respect auprès des corps que l’on me confie, j’ai bien trop de respect pour les familles et les opérateurs qui m’accordent leur confiance.

Je lui ai expliqué l’importance de l’emploi de la cosmétique et lui ai montré un catalogue professionnel afin qu’elle puisse se faire une idée des produits utilisés, de l’intérêt d’un soin de conservation pour une famille et du temps dont on peut disposer du corps après un soin, des qualités d’empathie, d’écoute et de tolérance que le technicien en thanatopraxie doit avoir pour évoluer sereinement dans cette activité, du fait que l’on peut côtoyer tous les milieux sociaux, du plus pauvre au plus cossu, du fait que la mort peut rendre (dans la plupart des cas heureusement) très tristes mais qu’à certaines occasions il m’a été permis d’assister à des manifestations qui frisaient l’excès comme cette famille qui trinquait à la disparition d’une tante pendant que je faisais mon soin et qui m’avait proposé de partager, à l’issue de celui-ci, une coupe avec eux !  J’ai effectivement accepté mais en aucun cas je ne suis repartie « bourrée » comme il c’est écrit par cette jeune femme.

J’ai abordé le cas de cette maman qui n’acceptait pas la mort de sa fillette et qu’il a fallu « rattraper » car elle voulait la ramener chez elle, cette expérience m’avait profondément bouleversée, peut-être n’aurai-je pas dû l’évoquer vu ce qui en a été fait ?  Nous avons abordé le thème de la spiritualité et de la mienne en particulier, je lui ai dit que j’étais croyante et que j’appréciais les icônes religieux dont certains décoraient les murs de mon domicile.

La version de l’article est toute autre et ne reflète pas du tout les propos que j’ai tenu; Nous avons abordé des sujets autres que la thanatopraxie comme la lithothérapie, la science des pierres, qui était une passion pour moi, le yoga que je pratique régulièrement et que j’avais la chance d’être bien entourée par mon compagnon et ma fille donc rien de bien transcendant.

Cet entretien a duré 2 heures, j’ai effectivement ouvert mon cœur, j’ai parlé en mesurant mes mots pensant bien faire et le sentiment d’aujourd’hui est un sentiment de trahison, de déformation de mes propos et d’amalgames qui n’auraient jamais dus avoir leur place ici ?  Nous avions d’ailleurs convenu d’une relecture avant parution, il n’en n’a rien été, j’ai demandé à réécouter la bande, cela m’a été refusé ainsi qu’au Président du SPTIS, c’est pourquoi je suis en mesure de vous dire qu’aujourd’hui, une plainte a été déposée en ce qui me concerne et que je ne compte pas en rester là.

Trop de choses éhontées ont été dites, des commentaires ont été faits à l’emporte pièce, seuls les gens qui me connaissent savent que je suis incapable de tenir un tel langage et je remercie d’ailleurs la direction de Funéraire Info de pouvoir me laisser leurs colonnes pour m’expliquer à ce sujet et mes clients qui continuent à m’accorder leur confiance.

Juliette Warniez

4 COMMENTAIRES

  1. Un lien de l’article original est-il disponible ? Je ne parviens pas à mettre la main dessus sur Google.
    Comme d’habitude les journaux déforment et manipulent la réalité dans le but de faire du sensationnalisme … Aux dépens de cette thanatopractrice :/

  2. Merci Juliette pour tes précisions et Merci à Funéraire Info d’avoir fait cette mise au point. Quoi qu’il en soit je ne laisserais pas salir l’image de la thanatopraxie comme cette « journaliste débutante » l’a fait. Elle devra s’exprimer et s’excuser prochainement devant la justice…

  3. La « journaliste » que vous avez reçue pour « street press » n’en est pas une Madame, pas plus qu’elle n’est étudiante en journalisme à proprement parler. Elle est en formation dans une soit-disant « école de journalisme » autoproclamée, la « street school » qui prétend former des journalistes web en quinze jours. Ben voyons! Cette « école » n’est évidemment pas reconnue par la profession de journaliste. Street Press n’est quant à lui pas un journal web a proprement parler, c’est un site qui fait travailler des gens gratuitement, beaucoup d’étudiants notamment écrivent gratis des articles pour street press. Moi j’appelle ça de l’exploitation de jeunes, ni plus, ni moins. Car les dirigeants de ce site se font in fine rémunérer d’une façon ou d’une autre par la publicité je suppose. Un conseil: quand vous vous faites interviewer, vérifiez à qui vous avez à faire. Demandez leur leur « carte de presse », par exemple. Et cantonnez-vous à des médias qui ont pignon sur rue.

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