Témoignage d’un agent d’état civil impliqué

0
381
Katia agent d'état civil

Aujourd’hui, témoignage d’un agent d’état civil. Depuis 7 ans, Katia gère la partie funéraire. Elle aime son travail, cela se voit, et se ressent. Elle fait également partie de l’Association créée par Mike Delhaye et son épouse suite au décès de leur petite Léa.

Témoignage d’un agent d’État civil 


À mon travail, j’ai souvent senti les regards interrogatifs (limite répulsifs et dégoûtés) de certains de mes collègues : Comment peut-on s’intéresser au domaine funéraire ?

Cela va bientôt faire 7 ans que j’ai appris, apprends encore, et gère le funéraire au service de l’état civil. J’adore ce que je fais.

Moi, au contraire, je ne comprends pas comment les gens peuvent se poser de telles questions. À moins que ce ne soit le reflet de leurs peurs… La mort…

Oui, la mort fait peur, la mort est tabou et pourtant… Nous y viendrons tous un jour (texte trouvé sur un vieux corbillard…)

Au-delà des actes administratifs, au-delà des autorisations diverses, j’en retiens l’aspect humain. Cela fait trois ans que j’assiste à toutes les opérations funéraires qui se déroulent en notre cimetière et j’en suis fière. Du coup, je remercie mon collègue fossoyeur d’être parti à la retraite, un départ non remplacé si ce n’est que par mes présences, ce qui m’a permis de faire du terrain et de comprendre le pourquoi du comment de tout ce que l’on autorise derrière notre bureau.

Au delà des actes administratifs


Il y a trois mois, une dame est venue me voir, en larmes. Son père, inhumé au Liban en 1974 doit être exhumé en urgence, les autorités religieuses (qui gèrent les cimetières) informent les familles que les sépultures sont menaçantes et qu’il n’y aura pas de renouvellement possible, même pour celles en cours : ce sera exhumation par les familles ou bien transfert en fosse commune.

Nous avons reçu le reliquaire ce matin en notre cimetière.La famille est arrivée et… très grands moments d’émotions. Je pensais que la famille avait accueilli le petit cercueil à l’aéroport, il n’en était rien. Elle a découvert le reliquaire à l’arrivée au cimetière.

L’épouse du défunt a fait un malaise. L’un des fils a fait un malaise. De même que pour une autre dame. La fille du défunt est venue dans mes bras, complètement effondrée.
C’est comme s’ils apprenaient, de nouveau, le décès de leur proche.

          Prendre du recul, relativiser, c’est ce que l’on nous dit en formation.

Mais là…

Voilà, moi, simple agent d’état civil, je vais au-delà de mes fonctions, sans doute, je ne sais pas. Mais faire du funéraire, c’est faire de l’humain.

Je me fiche d’être jugée, critiquée. Ce qui compte, c’est la reconnaissance des familles. J’ai fait du bon travail.

Un tournant dans la carrière


Je pars. Je suis à un tournant de ma carrière. Je quitte mon service en fin de semaine mais je pars avec cette histoire pour dernière mission et j’en suis fière, moi le petit agent d’état civil qui n’a pas peur d’aller au-delà (mais pas dans l’au-delà, pas encore!). Je quitte la commune pour une autre beaucoup, beaucoup plus grande et, celle que je quitte, j’y ai fait mes armes, j’y ai consacré énormément d’énergie et de temps mais comme ils ne veulent pas entendre l’importance du cimetière et de tout ce qui s’y rattache…


Rajouté à cela cette histoire de la famille libanaise… Un trop plein de beaucoup de choses ?

L’association

Et puis, bien au-delà de mes obligations professionnelles, il y a l’asso, THE asso, – Un sourire après les larmes – celle avec qui je découvre et apprends tant. Et là encore, on abordera un autre sujet tabou : le deuil périnatal.

Malheureusement, bien plus présent que l’on ne peut se l’imaginer… Je n’en reviens pas.
 J’ai une chaleureuse pensée pour mes très chers amis qui m’ont invitée dans l’intimité de leur famille et je les en remercie.

Grâce à eux, je veux approfondir le sujet et je me documente, je m’abonne à des pages Facebook dédiées à ce sujet, je lis, j’étudie… Bref, j’essaie de comprendre parce que c’est un deuil, à mon sens, bien particulier et dont on ne parle que très peu. Malgré tout, au grand damne des paranges, il reste tabou.

Et puis, autre objectif, je souhaiterais laisser plus de place aux papanges, je souhaiterais qu’ils aient, s’ils le souhaitent, plus souvent la parole, qu’ils aient eux aussi des opportunités pour exprimer ce qu’ils ressentent. 


Pour aller plus loin témoignage d’un agent d’état civil, associations de deuil périnatal

https://www.funeraire-info.fr/un-sourire-apres-les-larmes-focus-sur-lassociation-de-mike-delhaye-82855/
http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2009/07/cir_29111.pdf
http://www.un-sourire-apres-les-larmes-37.webself.net
https://www.funeraire-info.fr/deuil-perinatal-la-douleur-du-membre-fantome-88948/
https://www.funeraire-info.fr/deuil-perinatal-un-album-pour-se-souvenir-66107/

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.