Koursk : un cercueil sous la mer

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Le 12 août 2000, la terre entière retient son souffle alors que la Russie annonce avoir perdu un sous-marin. Pendant des jours, des opérations de sauvetage désespérées vont avoir lieu, gênées par le secret militaire…
Un exercice

C’était une mission d’exercice comme une autre,d u moins officiellement : ces manœuvres sont ordonnées par un Vladimir Poutine récemment élu pour prouver aux russes que l’armée a retrouvé sa puissance. Il devait lancer deux torpilles d’exercice propulsées par une réaction chimique provoquée par le contact avec l’eau.

Une autre théorie voulait que le Koursk fasse la démonstration d’un nouveau système de torpilles pouvant être propulsées à l’équivalent de 500 kilomètres/heure (contre 70 pour les modèles classiques), torpilles pour la vente desquelles la Russie était en négociation avec la Chine. Cette hypothèse est alimentée par le fait que des officiers chinois se trouvaient à bord.

Deux explosions font sombrer le Koursk à approximativement 135 km de la ville de Severomorsk. Il s’immobilise sur une zone peu profonde de la mer de Barents, à 108 m de profondeur ; une profondeur si faible que si l’on avait fait basculer le Koursk verticalement, les 50 m de l’arrière (il mesure 154 m de long) auraient été hors de l’eau et les marins qui s’y étaient réfugiés auraient pu en sortir.

Le naufrage du Koursk

À 11 h 28 heure locale (7 h 28 GMT), peu avant le lancement des torpilles, une première explosion d’une puissance équivalente à 100 kg de TNT et d’une magnitude sismique de 1,5 se produit dans le compartiment avant du sous-marin. Selon la version officielle, ce serait une fuite de peroxyde d’hydrogène (employé pour amorcer la propulsion des torpilles) qui aurait réagi avec le cuivre et le laiton des compartiments torpille, conduisant à une réaction en chaîne.

Au cours des deux minutes qui suivent, le commandant du navire, qui officie dans le troisième compartiment, ne lance pas de signal de détresse. Aucune balise de détresse n’est larguée, alors qu’un dispositif automatique réagit normalement à tout feu ou explosion dans le sous-marin. Mais un incident survenu l’été précédent dans la Méditerranée, lors duquel un lancement de balise mal évalué avait risqué de dévoiler la position du sous-marin à la flotte américaine, avait amené l’équipage à désarmer ce dispositif. Le moteur est mis à pleine puissance pour faire surface.

Deux minutes et quinze secondes après le premier choc, une explosion bien plus importante ébranle le Koursk. Les stations de mesure sismique d’Europe du Nord montrent que cette explosion intervient au niveau du fond marin, ce qui tendrait à prouver que le sous-marin a alors heurté le fond ; ce choc additionné à la hausse de température engendrée par la première explosion a déclenché l’explosion d’autres torpilles.

Koursk_sub_localisation Koursk : un cercueil sous la mer

Aucun espoir

La coque, prévue pour résister à des pressions de 1 000 m de profondeur, est éventrée sur une surface de 2 m2 ; l’explosion ouvre également des voies d’eau vers les troisième et quatrième compartiments. L’eau s’y engouffre à 90 000 litres par seconde, tuant tous les occupants de ces compartiments, dont cinq officiers. Le cinquième compartiment contient les deux réacteurs nucléaires du sous-marin, et il est protégé par une paroi de 13 cm d’alliage de titane ; les cloisons résistent. Les barres commandant les réacteurs restent donc en place.

Dans les compartiments 6 à 9, 23 hommes survivent aux deux explosions. Ils se rassemblent dans le 9e compartiment, qui contient le second sas de secours (le premier sas, situé dans le 2e compartiment, est détruit et hors d’atteinte). Le capitaine-lieutenant Dmitri Kolesnikov prend le commandement. Après le renflouage du Koursk, on retrouvera sur lui un dernier écrit où il avait dressé une liste des survivants.

Secours tardifs

Ce n’est qu’en fin de soirée que la Marine russe s’inquiète de ne plus recevoir de nouvelles du Koursk. Le navire de sauvetage Roudnitsky, arrivé sur les lieux du drame le lendemain, vers 8 h 40, contient deux petits submersibles d’assistance en grande profondeur. Cependant, les batteries du premier ont une capacité insuffisante et le mauvais temps va empêcher le second d’atteindre l’épave. Lorsqu’il y arrive, quatre jours plus tard, il ne parvient pas à s’y arrimer.

La Russie accepte l’aide britannique et norvégienne, mais seulement le 16 août. Les navires de sauvetage partis de Norvège arrivent sur le lieu du sinistre le 19 août. Plusieurs tentatives de sauvetage sont lancées, à l’aide d’un mini-submersible britannique, le 20 août. En raison de l’inclinaison du sous-marin, le mini-submersible ne peut se fixer sur les issues de secours du Koursk. Les secours peuvent uniquement constater que le neuvième compartiment du sous-marin, censé servir de compartiment de secours, est complètement inondé. Les chances de trouver des survivants sont donc nulles, et la mission de sauvetage est interrompue.

Renflouage

Le renflouage du Koursk est un véritable exploit. Vladimir Poutine prend l’initiative de l’opération afin de récupérer les corps des victimes et de déterminer les causes du naufrage. C’est la société néerlandaise Mammoet — la seule à avoir accepté l’exigence des Russes de découper l’avant et de ne remonter que l’arrière — qui décroche le contrat. Elle envoie sur place un bateau spécialisé dans ce genre d’opérations.

Le compartiment avant du sous-marin est d’abord découpé par un filin-scie géant actionné par des robots disposés sur le fond marin de part et d’autre du bâtiment. 26 câbles sont ensuite fixés sur la partie principale du sous-marin par un système analogue à celui des chevilles expansives. Chaque câble est constitué de 54 filins de près de 2 cm de diamètre, eux-mêmes tressés à partir de 7 fils d’acier.

Le sous-marin amputé, qui contient encore 115 corps, deux réacteurs nucléaires et un nombre indéterminé de torpilles, est ensuite remorqué au port de Rosliakovo dans le golfe de Mourmansk pour être mis en cale sèche. L’opération se termine le 8 octobre 2001, soit plus d’un an après le naufrage.

Le renflouage du Koursk permet d’identifier les corps (sauf trois) et de procéder aux obsèques, attendues par les familles. L’équipage est décoré par le gouvernement russe de l’ordre du Courage, et son commandant, Guennadi Liachine, est nommé Héros de la Fédération de Russie. Des documents, parmi lesquels la liste de noms et un rapport sur les causes probables de l’accident, sont remontés. Une grande partie reste, à ce jour, secrète.

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