L’heure des obsèques ne sera pas antérieure à celle du décès

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Source : http://imgur.com/6gMqH
6gMqH L'heure des obsèques ne sera pas antérieure à celle du décès
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Le bouquet répondait parfaitement au qualificatif de ‘’joli’’. Il avait été composé avec goût, fleur par fleur, dans des tons mauve et blanc, qui symbolisaient peut être la tristesse et la pureté des sentiments, ou pas, les gens ne s’attachent plus trop à la symbolique. Il était à la foi sobre et fourni, il avait du coûter cher, et semblait néanmoins petit dans le poing immense qui le serrait.
L’homme était grand, il était costaud, et semblait mal l’aise dans l’entrée de la maison funéraire. Il avait pris son parti de rester en recul et laisser sa femme s’occuper du reste. Lui portait les fleurs et se répétait sans doute en boucle la formule de condoléances qu’il avait mis au point toute la soirée de la veille.
Elle était petite, et fébrile. Manifestement, le couple n’était pas coutumier de la mort. Ils se tenaient juste là, à l’entrée du funérarium, jetant autour d’eux des regards presque angoissés, ne sachant trop que faire, où aller, que demander, ni même à qui le demander.
L’assistant funéraire était assis à son bureau. Il les avait vu arriver, sur le parking, avait patienté, mais, comme ils ne venaient pas le voir, il décida d’aller à leur rencontre.
Le couple sembla le voir arriver avec soulagement, tout en restant un peu sur la défensive. Aussi bien l’un que l’autre avait une petite quarantaine d’années, et semblaient voir un croque-morts en vrai pour la première fois. La vie les avait jusqu’ici épargné le deuil, et c’était tant mieux.
Après quelques salutations courtes et sobres, le croque-morts s’enquit « Que puis-je pour vous ?
– Nous venons voir Madame Chombier, elle est bien chez vous ?
– Madame Chombier… Euh, non, madame…
– Ah bon ? Mais pourtant, dans le journal, l’avis disait que Madame Chombier reposait chez vous, ici, à la maison funéraire…
– Euh… Oui, c’est exact, Madame Chombier reposait ici, à la maison funéraire.
– Ah ! Et elle est où, s’il vous plaît ?
– Eh bien, le journal disait aussi que les obsèques de Madame Chombier avaient lieu le 27.
– Oui, le 27 à 14 H 30, c’est cette après-midi, et nous voulions absolument faire une visite avant…
– Je suis navré, Madame, mais nous sommes le 28, aujourd’hui. »
Sans doute avaient ils été induits en erreur par un concours de circonstances : pour des raisons pratiques, l’avis d’obsèques n’avait pu paraître le 26, le veille de la cérémonie, mais seulement le jour même, sans toutefois que sa formulation ait été changée.
Mais la femme était sonnée, presque choquée. Elle s’était trompée d’un jour ! Déjà, elle calculait une solution de repli, aller déposer les fleurs sur la tombe, envoyer une carte de condoléances…
Son époux, le visage inexpressif, souleva alors son bras massif, tout en semblant se parler à lui-même « Hier à 14 H 30 ? » il regarda sa montre, se tourna vers sa femme, et ajouta simplement « On va être en retard ».

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