L’incorruptibilité mystique des corps des saints en religion

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1792
Bernadette de Lourdes, dans le visage est resté intact depuis sa mort en 1879 (Photo © Mary Evans Picture Library)

« Si le mot « Embaumement » définit d’anciennes pratiques de momifications
selon les peuples et les époques,
le mot
« Thanatopraxie » évoque une pratique récente
et contemporaine de la conservation des corps »

(Paul CLERC, Maître Artisan Thanatopracteur)

Quand-il-ouvrit-le-cinquième-sceau-je-vis-sous-lautel-les-âmes-de-ceux-qui-avaient-été-immolés-à-cause-de-la-parole-de-Dieu-et-à-cause-du-témoignage-quils-avaient-rendu-300x207 L'incorruptibilité mystique des corps des saints en religionCette phrase résume à elle seule l’évolution de l’ « Embaumement » à travers les siècles vers une « Thanatopraxie » moderne, aseptisée et donnant au corps la thanatochimie nécessaire pour lutter efficacement et durablement contre la thanatomorphose semble t-il inévitable…

Inévitable ? Peut-être pas ! Sortons un peu des sentiers battus et dirigeons nous un instant sur ce que l’on nomme l’Hagiographie (du grec AGIOS , le Saint et GRAPHEIN, l’écriture) ou l’étude des phénomènes physiques de la vie mystique.

Parmi les nombreuses manifestations miraculeuses liées à la Sainteté, l’incorruptibilité physique reste l’un des phénomènes les plus énigmatiques.

En effet, les corps des Saints, après leur mort échapperaient à la loi commune de la dissolution de la chair et ne seraient donc pas soumis aux phénomènes Rigor Algor Livor ; de plus, leur peau garderait une étonnante souplesse et élasticité. Bien souvent, cette manifestation tant inexplicable que surprenante serait accompagnée d’une « fragrance » ou plus communément d’une « émanation de parfum ». Ce signe resterait très souvent lié à la « Sainteté » Post Mortem lié à l’incorruptibilité des corps.

A la fin du XIXème siècle, le Père Herbert Thurston, à qui l’on doit la première étude des cas d’incorruptibilité, a noté que les dépouilles étrangement conservées présentaient 6 phénomènes récurrents à savoir :

  • Un parfum suave émanant de la dépouille mortelle. D’ailleurs, d’après Hubert Larcher (« La Mémoire du Soleil » et « Le sang peut il vaincre la mort ») , Sainte Lydwyne de Schiedam exhalait 7 parfums, Padre Pio 6, Thérèse d’Avila 3 et Basilissa 2 parfums.

  • Une absence de rigidité cadavérique

  • Le corps garderai une certaine tiédeur assez longtemps après le décès

  • La dépouille serai épargnée de la putréfaction

  • Des saignements anormaux, même plusieurs jours après la mort s’écouleraient du corps (stigmates par exemple)

  • D’étranges mouvements post mortem du cadavre qui ne peuvent pas être attribués à des contractions musculaires purement mécaniques comme des gestes de bénédiction. Dans ce cas, le ou la supérieure témoin de ce phénomène ordonnait au cadavre, au titre de l’obéissance, à renoncer à cette posture inconvenante et à revenir à l’état de cadavre.

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Bernadette de Lourdes, dans le visage est resté intact depuis sa mort en 1879 (Photo © Mary Evans Picture Library)

« L’odeur de Sainteté » est un phénomène étrange rapporté par les hagiographes et certains médecins ; cette expression encore employée de nos jours dans le langage courant signifierait bien autre chose en réalité. Pour le Docteur Georges DUMAS, cela signifie mourir en état de grâce, vivre en odeur de sainteté, c’est être assez pieux pour être regardé comme un saint.

Certaines « odeurs de Sainteté » s’accompagneraient, outre de l’incorruptibilité  des corps, de phénomènes dits « myroblitiques »*, c’est à dire que le corps semblerait exhuder une sécrétion huileuse assurant ainsi sa propre conservation tout en produisant des senteurs odoriférantes. L’odeur de Sainteté, si l’on s’en tient aux témoignages des biographes, sentirait bon et pour reprendre plus précisément les adjectifs employés à cette époque, on parlait davantage d’odeurs « suaves », « admirables » ou « exquises »..

De toutes les « odeurs de sainteté », celle qui fut la plus persistante fut le cas de Sainte Thérèse d’Avila (Décédée le 4 octobre 1582 à Albe). Cette odeur, selon les témoignages, émanait déjà de son corps de son vivant et devint bien plus prononcée après sa mort si bien que les religieuses durent laisser la porte et la fenêtre ouvertes la nuit entière… Toujours sur la base de ces déclarations, le corps aurait été posé dans un cercueil de bois sans être embaumé et aurait été descendu dans une fosse très profonde recouverte de pierres, de chaux, de terre humide et d’une pierre tombale.

Pendant les 9 mois qui suivirent son décès, la fragrance semblait persister malgré les différentes épaisseurs au dessus de son cercueil.

Le 4 juillet 1583, le Père Gratien fit exhumer le corps et les religieuses constatèrent qu’il était entier (malgré que le cercueil soit rempli de terre et d’eau), intact et d’une odeur « céleste », elle avait conservé son embonpoint et le poids du corps était semble t-il léger comme celui d’un enfant de 2 ans.

Les historiens qui se sont penchés sur l’histoire de la Sainte à cette époque insistent unanimement sur la suavité de l’odeur que répandait son cadavre (lys, jasmin et violette).

Chaque fois que sa dépouille fut exhumée (4 juillet 1583, 24 novembre 1585, 1er janvier 1586, fin août 1586, 29 mars 1592 à l’occasion d’un examen canonique ainsi que le 29 mars 1592 pour les mêmes raisons, fin 1594, courant 1598, courant 1604 et 1616, 2 octobre 1750, 13 octobre 1760, 14 octobre 1760 et enfin la veille du 15 octobre 1982 soit 400 ans après son décès…), les constatations ne changèrent jamais ; la dépouille n’était en aucun cas altérée, seule des « parties » manquantes avaient été extraites, parfois secrètement comme le cœur ou des fragments de chair.

Le-corps-mystérieusement-conservé-de-François-Xavier-le-saint-missionnaire-dans-la-cathédrale-de-Goa-aux-Indes-portugaises-Photo-©-Sunday-Times-David-Balley-E.F.E-300x183 L'incorruptibilité mystique des corps des saints en religion
Le corps mystérieusement conservé de François Xavier, le saint missionnaire, dans la cathédrale de Goa, aux Indes portugaises (Photo © Sunday Times-David Balley, E.F.E)

Les cas les plus récents concernent Padre Pio (25/05/1887 – 23/09/1968) qui avait le don de bilocation (il aurait été vu à deux endroits à la fois) et Saint Joseph de Copertino autrement nommé le « Saint Volant » car il aurait été gratifié par le don d’envol mystique (la lévitation).

Le Moine Maronite Charbel Maklouf (08/05/1828 – 23/12/1898) quant à lui fut emmuré dans un tombeau au Liban et sa dépouille aurait exhudé des quantités inouïes « d’un liquide rougeâtre et épais suintant en permanence de la dépouille », Hubert Larcher dira également : « Supposons que le liquide que suinte le corps par jour ne pèse qu’un gramme ; ce qui fait durant 54 ans, 19 Kg 764. Or la quantité moyenne du sang et d’autres liquides contenue dans un corps humain est de cinq litres ! Le moins ne donne pas le plus : principe scientifique évident par lui même, mais le liquide rouge que déverse le corps du Père Charbel dépasse de beaucoup un gramme par 24 heures. Une source aurait dû tarir si elle n’est pas alimentée depuis un demi-siècle » .

Pour le moins, la thanatopraxie, au sens large du terme, nous offre une vision panoramique sur différents sujets « voisins » telles que la cryogénisation (avec l’affaire Martinot) ou encore la plastination (selon le Dr Güther Von Hagens),

L’incorruptibilité des corps, la splendeur corporelle** (l’abolition des phénomènes encombrants le cadavre tels que les positions grabataires, les escarres, les rictus ou faciès de souffrance) , la « transverbération » qui se trouve être un aspect singulier de l’amour de Dieu sous forme de douleurs à la fois physique et spirituelle qu’aurait vécut Sainte Thérèse d’Avila et qui n’est pas forcément « réservée » aux Saints mais aussi aux personnes à l’héroïcité spirituelle importante ainsi que les « ravissements », autre grâce qu’aurait vécu la Sainte…

Enfin, il semble que l’on ait observé ce type de phénomène à propos de personnes à l’héroïcité spirituelle élevée sans toutefois pouvoir l’affirmer comme un constat irréfutable et cela ne saurait constituer une preuve scientifique.

Le Docteur Hubert Larcher écrivait en mars 1954 dans la Revue Métapsychique : « Malheureusement, notre attitude vis-à-vis des corps des défunts est restée jusqu’ici trop empirique pour que l’observation des cas remarquables de conservation puissent être poursuivis systématiquement […]Mais il reste à notre portée d’explorer le domaine des données historiques qui abondent à ce sujet, de tenter d’extraire de leur fatras ce qui offre les plus sérieuses garanties de valeur et d’authenticité et d’en retenir ce qui concerne la biologie. »

Mieux qu’une thanatopraxie moderne utilisant produits conservateurs et cosmétiques, le corps, pour des raisons que l’on ignore possèderait des facultés insoupçonnées d’auto conservation, cette même auto conservation que l’on retrouve chez les moines Bouddhistes, les fameux « Nikushin Butsu », les Bouddha au corps de chair… Mais cela est une autre histoire touchant de plus ou moins loin, à la conservation des corps….

Régis Narabutin, Artisan Thanatopracteur et Mouleur d’Art Mortuaire

** A lire de Olivier LE ROY, « Splendeur corporelle »

* A lire, de Joachim BOUFLET, « Les phénomènes physiques de la vie mystique » et de Hubert LARCHER « La mémoire du soleil » (Médecin et Physicien, Ancien Directeur de l’Institut Métapsychique International et Membre Fondateur de la Société de Thanatologie) .

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    j’ai bien apprécié votre article. Je cherche quelqu’un travaillant sur ce sujet qui avait été longuement abordé par le Dr Hubert Larcher. A l’Institut Métapsychique International, dont il fut directeur, nous organisons un colloque où nous aimerions évaluer son apport en thanatologie. Peut-être pourriez-vous nous orienter.

  2. Sans vouloir être offensant et malgré l’intérêt de votre article, il serait peut-être bon de rappeler que le corps de Bernadette Soubirous est enduit d’une mince couche de cire, ce qui relativise sa conservation, et qu’elle a fait si je me souviens bien l’objet d’arrangements esthétiques post-mortem.

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