La catin habite au 21, un roman poulpesque d’Hervé SARD

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Le poulpe revient, le Poulpe -on n’a pas oublié la leçon de la dernière fois- est un personnage libre, curieux, contemporain, qui a eu quarante ans en l’an 2000. C’est quelqu’un qui va fouiller, à son compte, dans les désordres et les failles apparents du quotidien. Quelqu’un qui «démarre» toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde. Ce n’est ni un vengeur, ni le représentant d’une loi ou d’une morale, c’est un enquêteur un peu plus libertaire que d’habitude, c’est surtout un témoin.

Et cette fois-ci, c’est l’ami Hervé SARD qui s’y colle, Hervé connaît la musique pour s’emparer d’un héros juste le temps d’une histoire, d’une aventure, puisque il est l’auteur du second opus de la série l’Embaumeur, Ainsi fut-il.

À Sainte-Mère-des-Joncs, près de Nantes, une jeune prostituée disparaît dans la plus profonde indifférence des autorités, sans doute trop occupées à gérer les tensions locales liées au projet houleux de construction d’aéroport du Grand-Ouest.

À la Sainte- Scolasse, ça s’excite, ça théorise devant l’article du Parisien relatant le fait divers. le Poulpe penche pour l’élimination de témoin gênant, Gérard soutient qu’il s’agit d’un tueur en série et met Gabriel au défi de prouver le contraire : s’il a tort, il lui paiera dix tournées de bières.

Le Poulpe n’a pas besoin d’autre motivation pour filer mener son enquête en terres armoricaines. Arrivé dans la bourgade, il va de surprise en surprise : premièrement il semblerait que tout le monde connaisse la jeune disparue mais que personne ne l’ait jamais vue ! Un sacré paradoxe qui laisse Gabriel pantois. Ensuite, contrairement à ce qu’il avait lu sur l’affaire de l’aéroport, ici les habitants ne se font pas prier pour dire tout le bien qu’ils pensent du projet. Marcherait-on sur la tête ?

À Sainte-Mère-des-Joncs, il pleut, il mouille, et ça va pas être la fête au Poulpe, car cette enquête va rapidement virer au jeu de patience en terrain glissant. Ah ! le bon air de la campagne n’est plus ce qu’il était !

Dans ce roman, sous la plume d’Hervé, Gabriel nous surprend, il est plus drôle, plus cynique que dans d’autres épisodes.

Dois-je d’ailleurs dire que cet épisode est joliment déjanté ?

Oui, car croiser les sœurs Broüté, le sergent Pepper (et tout le «  yellow » qu’il s’envoie derrière la cravate), un type qui lit dans les bulles de bière, une tatie Lucie on ne peut plus laide, une hôtelière très « zéyante et zympathique», une toubib nymphomane, bref des personnages pittoresques et hauts en couleurs, comme Sard aime tant à décrire.

Des personnages tour à tour, attachant, irritant, tous ont un petit quelque chose qui ne peut nous laisser indifférent.

Ce poulpe est écrit à la première personne, fait peu courant dans la série, il est aussi moins violent, moins sombre que dans d’autres épisodes, plus philosophe. J’oserai même dire que Gabriel en devient parfois lyrique.

Mais sous cette balade champêtre et pluvieuse, on ne peut s’empêcher de penser à Notre Dame des Landes, Hervé décrit la population locale, les pours, les contres pour cela avec l’aide ce son bestiaire d’humains spécialement crée pour l’occasion.

La catin habite au 21

Editions Baleine

ISBN 9782842195328

9,50€

www.hervesard.blogspot.fr

Sébastien Mousse

L’atelier Mosésu

Mousse-Sébastien-200x300 La catin habite au 21, un roman poulpesque d’Hervé SARD
Sébastien Mousse

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