La cérémonie d’obsèques civiles, espace de création (2/2)

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obseques-civiles-salles-1243877-616x380-300x185 La cérémonie d’obsèques civiles, espace de création (2/2)Après les considérations générales sur la cérémonie civile, dans notre article d’hier, penchons-nous sur la méthode d’élaboration d’une cérémonie personnalisée, plus un état d’esprit qu’un mode d’emploi.

Il y a trois caps majeurs, dans l’élaboration de cette cérémonie : écouter – fixer des objectifs – établir le plan.

D’abord, ouvrir ses oreilles (et son esprit)

Nous avons vu qu’il était impératif de tenir compte du « cadre », ce carcan matériel et temporel qui fixe les limites de ce qui est réalisable. Ajoutons à cela, bien entendu, le législatif, mais ce rappel est superfétatoire.

Une fois ces limites définies, le Maître de Cérémonies peut rencontrer la famille. L’entretien se déroule sur environ une heure : c’est le temps nécessaire à une bonne écoute et à la proposition d’un plan. La première partie de l’entretien sera consacrée au défunt : faites parler la famille, du disparu, de son quotidien, de ses passions, de sa vie professionnelle… Relancez-les par des questions générales, laissez-les parler, sans essayer de les cadrer.

Cette partie a plusieurs buts : outre des informations sur le disparu qui serviront à l’évocation de son souvenir, le Maître de Cérémonies en obtiendra peut être d’autres, utiles au déroulement de son convoi. Des tensions familiales, par exemple, qui feront prêter attention au placement de la famille. Ou bien une extrême popularité : un défunt très apprécié par la communauté signifiera presque toujours un auditoire important, donc un geste d’adieu final qui durera longtemps, le temps de faire passer tout le monde : penser à en tenir compte si la crémation a lieu à l’issue.

Autre objectif, essayer de démontrer à la famille qu’elle est capable, elle-même, de faire « l’éloge funèbre », l’évocation de la vie du défunt lu au pupitre. Vous avez remarqué ? il y a souvent un volontaire d’office qui se lève pour le faire. Parfois, c’est le Maître de Cérémonie lui-même. Le tout, dans un style à peu près aussi vivant qu’un dossier administratif. Or, la vie d’une femme ou d’un homme est faite de plein d’aspects : plutôt qu’une récitation du CV et de l’état-civil du défunt, pourquoi ne pas évoquer, à travers différents intervenants, ces aspects ? X, le collègue de travail, X, le mari, père, grand-père, X, le passionné de modélisme, X, le joueur de pétanque…

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Fixer des objectifs

A l’issue de cette partie, avec la famille, fixer des objectifs. C’est un descriptif global, non pas de la cérémonie, mais des éléments qui devront la composer. Par exemple, le défunt était un pitre, toujours une bonne blague à raconter ? Le meilleur moyen de l’évoquer est d’amener un sourire sur les lèvres de l’assistance. Objectif : faire rire.

L’objectif global sera de faire découvrir le défunt à une assistance qui n’en connaît qu’un aspect. Le disparu n’était pas qu’un collègue de travail, ni seulement un excellent joueur d’échecs, ni uniquement un père : il était tout cela en même temps, et c’est cette globalité qu’il faut faire découvrir à ses collègues de travail, ses partenaires de club, ses enfants.

L’objectif aussi est d’habiller, et non pas meubler, le cérémonial. Des musiques seront passées, des textes lus. Plutôt que de proposer un classeur constitué à la famille, le défunt n’avais pas une bibliothèque ? Des auteurs favoris ? Ces derniers n’ont pas écrit quelque chose d’adapté aux circonstances ? C’est là que la culture littéraire du Maître de Cérémonies, ou sa capacité de rechercher des textes, seront sollicitées. Le défunt aimait Proust ? La famille n’a pas le temps de relire toute la « Recherche du temps perdu » pour trouver un texte. Le Maître de Cérémonies n’est pas tenu non plus de le connaître par cœur, amis il doit savoir comment chercher. En d’autres termes, soit maîtriser Google, soit savoir ou trouver des livres en édition annotée et indexée.

Établir le plan

Une fois ces objectifs fixés, et les moyens d’y parvenir trouvés, il reste à les organiser de telle manière que l’ensemble forme un tout fluide. Pour cela, il faut tenir compte de l’expérience d’anciennes cérémonies, et ce qu’elle a appris au Maître de Cérémonies en terme d’émotivité de l’assistance.

Plus concrètement : l’objectif de faire rire doit être amené. Au début d’une cérémonie, l’assistance est peinée, un peu tendue, personne n’a réellement l’habitude de ces moments là, l’ambiance est solennelle, le cercueil vient d’entrer et l’assemblée de se lever à son passage, c’est le pire moment pour une boutade. Le rire pourra être cherché en milieu de cérémonie, lorsque l’appréhension sera dissipée, que chacun se sera familiarisé avec les lieux, l’ambiance, les intervenants, et se sera installé dans un petit confort.

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Le Maître de Cérémonies devra avoir suffisamment d’expérience pour déterminer à quel moment le public suivra automatiquement et à quel moment il pourra décrocher. Ce sont dans ces moments là qu’il faudra placer les pics émotionnels, afin de maintenir l’attention. Que le public souffle ? Oui, durant les passages musicaux.

Etablissez également le plan suivant le cadre, en l’utilisant avec intelligence. Le défunt était peintre amateur ? Pourquoi ne pas réaliser une exposition de ses toiles ? Mais ou : dans la salle de cérémonies ? Non : à la sortie, dans le hall (il y en a toujours un) par ou l’assistance passe et ou elle a l’habitude de s’attarder pour bavarder un peu et ou elle aura le temps de s’attarder devant les toiles. Façon de prolonger l’hommage sans préjudice pour le timing.

Le plan, concrétisé et couché sur papier est ensuite proposé à la famille. Ne dévoilez pas tout : il y a une différence de perception entre une idée émise dans un bureau et sa concrétisation sur le terrain. Mais VALIDEZ avec la famille. Ne vous lancez pas dans une initiative importante sans les en informer. N’oubliez pas que eux connaissaient le défunt : vous avez travaillé pour déterminer avec eux quelle cérémonie il aurait voulu, vous avez été l’instrument de cette découverte, mais seuls les proches détiennent la vérité.

Enfin, vous l’aurez constaté, une cérémonie civile demande une certaine expérience. Alors, si vous débutez, quand vous serez en formation, assistez au maximum d’hommage préparés par vos collègues. Ne copiez pas leur style, inspirez-vous des éléments qui vous plaisent, testez les devant un miroir. Un Maître de Cérémonies n’est pas quelqu’un qui a la « tchatche », qui sait parler. Un Maître de Cérémonies, c’est quelqu’un qui sait quoi dire, comment le dire et quand le dire.

La première partie de l’article est ICI

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