La culture et la mort

Ecrivains, musiciens, cinéastes, chorégraphes, peintres…Les plus grands créateurs se sont attaqués à la question du trépas. Les philosophes de l’antiquité, Platon, Socrate, Diogène, Aristote ont, bien évidemment, ouvert la voie. Mais dans le domaine de la fiction, la tragédie grecque et ses chœurs venu de l’autre côté du Styx* est l’une des premières approches de la représentation de la mort. Chez certains artistes, c’est le sujet majeur de leur œuvre, celui autour duquel ils vont travailler sans relâche. Pour d’autres, c’est un thème qui s’impose naturellement au soir de leur vie ou alors que la mort leur est promise. Ainsi en est il de François Villon qui croit être condamné à la pendaison et compose la ballade des pendus, son plus célèbre poème.

Des représentations naïves comme sur les peintures du Moyen Age, on passe à des allégories plus pompeuses à l’époque baroque. Des écrivains imaginent des dialogues entre la Mort et les Hommes, d’autres représentent l’au-delà ou les pactes effrayants du démon. Le thème de l’immortalité s’impose à beaucoup d’artistes, aidés par la mythologie (la fontaine de Jouvence) ou leur imagination. La musique n’est pas en reste, les requiem et marches funèbres font partie du passage obligé de tout compositeur digne de ce nom.

Aujourd’hui, dans notre monde d’images, le cinéma, la photographie, la mode sont également visités par le sujet. Les plus grands cinéastes ont signé des films, plus ou moins réussis, sur la Mort, la fin de vie, l’errance ou l’après. Parodiques, romantiques, tragiques ou comiques, les films prennent la fin comme un sujet ou une toile de fond, un prétexte. La télévision pas avare de concepts étonnants, pourrait bien aller au plus loin et proposer une télé-réalité ultime, ou le candidat se verrait éliminé de manière définitive…Nous n’en sommes pas (encore ?) là.

* Fleuve qui, dans la mythologie grecque, séparait le monde des vivants du monde des morts.
 Littérature et mort    

Les lettres et la mort sont indissociables : De la tragédie grecque aux interrogations de Houellebecq, la littérature n’a cessé d’explorer cette facette de la vie, son ultime avatar. Parmi les plus grandes œuvres, citons L’Enfer de Dante (1265-1321), Roméo et Juliette de Shakespeare (1564-1616), La mort et le malheureux de Jean de la Fontaine (1621-1695). L’œuvre de Louis Ferdinand Céline (1895-1961) est aussi parsemée de réflexions sur la mort. Citons également Jean Genet, Camus, Sartre, les romans d’Hemingway et leurs fins tragiques…

Musique et mort

Difficile de ne pas penser aux divers requiem et marches funèbres composés par les plus grands musiciens. Mozart bien sur (lire ici lien vers l’histoire du requiem), Chopin, Bach et tant d’autres. Ces musiques furent créées pour accompagner de grands personnages à leurs dernières demeures, souvent les protecteurs des compositeurs. Mais le classique n’a pas l’apanage de l’hommage mortuaire : l’explosion de la musique populaire au XXème siècle n’a pas laissé de côté le thème.

Classique : Incontournables Requiem : Mozart et Verdi. Marche Funèbre de Chopin (au moins aussi jouée que la marche nuptiale de Mendelssohn pour les mariages). La jeune fille et la mort de Schubert, l’île des morts de Rachmaninov, Danse des morts de Mahler et la danse macabre de Saint Saens.

Opéra : le thème y est omniprésent puisque la plupart des œuvres sont des tragédies. Ainsi Carmen de Bizet, ou la mort plane au dessus des personnages. Don Giovanni de Mozart est encore plus représentatif : dés l’ouverture et jusqu’à la fameuse scène ou la statue du commandeur entraine le libertin dans l’au-delà, c’est le destin tragique qui imprègne la pièce. Mais il y a également Tosca de Puccini ou la Traviata de Verdi…

Musique moderne : Le Blues, base de toute la musique moderne baigne dans l’idée de la mort. La légende ne raconte t’elle pas que Robert Parker a inventé le blues après avoir rencontré le diable à un croisement (Crossroad) ? Le rock a d’abord eu des préoccupations de teenagers, bien éloignées de la fin de vie. Mais bien vite le thème s’est imposé, Elvis Presley reprend des gospels imprégnés de ferveur et d’au delà, Dylan, Hendricks, les Stones (Sympathy for the Devil). C’est avec l’apparition du Hard Rock et du métal que le sujet devient central. AC/DC (Highway to Hell, Hells Bells), Iron Maiden (Dance of the Death) ou Black Sabbat dont le nom est tout un programme.

La Chanson Française ne pouvait passer à côté de la mort. Les grands interprètes du genre en ont fait un thème récurrent : Brel (Le Moribond, La Mort, Emile, Jojo, Le dernier Repas…), Brassens (Le Testament), Ferré (ne chantez pas la mort).

 Que de chants en son nom

La chanson a très vite empoigné la mort comme un thème central et parfois même fondateur. Celle que Brassens appelait la camarde s’impose dans la culture Russe : les chants tsiganes désespérés qui font venir les larmes aux yeux du grand Joseph Kessel ou les plaintes des bateliers de la Volga. En France Brel impose une vision à la fois sombre Le moribond et joyeuse, Jacky. Piaf la repousse et la sublime dans L’hymne à l’amour. Léo Ferré est un chantre de la faucheuse, il en fait un personnage central de son répertoire notamment sur la fuite des jours Avec le temps. Brassens la tourne en dérision Le Testament… Les songwriters Américains comme Léonard Cohen ou Graeme Allright, les réalistes sombres de Noir Désir sont dans la même mouvance, la même inspiration. L’amour et la mort, parfois étroitement mêlés, sont les deux grands thèmes de toutes culture populaire chantée. La bande originale de MASH avec le titre Suicide is painless (le suicide enlève la peine), démontre la beauté d’une telle source d’inspiration…inépuisable.

La légende du requiem de Mozart  

Un mystérieux messager, « l’homme en gris », vient commander à un Mozart criblé de dettes un Requiem pour un riche anonyme. Le compositeur malade jette ses forces dans cette œuvre, tout en repoussant son achèvement, comme s’il pressentait qu’il ne lui survivrait pas. Mozart meurt le 5 décembre 1791, laissant l’œuvre inachevée et murmurant, selon la légende, quelques mesures de son Requiem. On sait aujourd’hui que le commanditaire était le Comte von Walsegg-Stuppach, qui aimait s’attribuer les musiques des autres et ne quittait jamais son château. La veuve de Mozart fit achever l’oeuvre par les élèves du maitre et empocha le solde du travail. Le Requiem n’a jamais été un moyen pour Mozart de retourner à la religion : En fait, il meurt en fredonnant La Flute Enchantée, son opéra maçonnique !

Peinture et mort

La peinture est d’abord imbibée de représentation chrétienne, donc forcément d’au-delà, d’éternité et de passage. Les tableaux représentant le christ mort ou la passion sont légions. Avec l’apparition de la représentation profane, la mort prend une autre dimension, ainsi le Flamand Jérôme Bosch (1450-1516) imagine l’Enfer avec des créatures fantasmagoriques. La mise en scène de la mort aboutit à des chefs d’œuvres comme La mort du Torero de Manet (1832-1883).

 Cinéma et mort

Les plus grands cinéastes ont puisé dans la thématique. Que ce soit pour en faire des films plus ou moins réussis (Le Passage de René Manzor avec Alain Delon. Musique de France Lalanne (si, si !)), ou de véritable chefs d’œuvres (Mort à Venise de Luchino Visconti). Tous les plus grands ont abordé le sujet : Orson Welles (Citizen Kane), René Clair (la beauté du diable), Wim Wenders (les ailes du désir), Roman Polanski (la jeune fille et la mort).

Mode et mort

Même les plus grands créateurs se sont intéressé à la mort. La très chic maison Dior vend de charmant bijoux en forme de tête de mort, un chic fou et une allure éternelle. La mode Streetwear (En Français, de la rue), a depuis longtemps absorbé la question : les T Shirt avec une tête de mort ou des représentations morbides sont monnaie courante. Et que dire du style gothique ?

LE GOTHIQUE : NOIR, C’EST NOIR
Issu de la culture musicale punk au début des années 80, le mouvement « Goth » a connu une seconde jeunesse en Allemagne. Proche du Métal (hard rock extrême), il se caractérise par un style très morbide : tenue noire, maquillage blafard, symboles religieux et funèbres. Les « corbeaux » évoluent dans l’univers des jeux de rôles et de l’Héroic Fantasy, où règne le thème de la mort et de l’immortalité. Une petite fraction de Goths se réclame du satanisme (culte du diable).