La défunte s’était cachée, la mort au piquet

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Les professionnels du funéraire habitués aux réquisitions le savent : certains défunts jouent à cache-cache. Cet équipage de police en sait quelque chose. Une tranche de vie qui ne vous vaudra pas d’être envoyé au coin.

Le brigadier-chef se grattait la tête, geste machinal qu’il effectuait lorsqu’il était vraiment dubitatif.

La réquisition avait commencé comme une routine : un appel de voisins inquiets qui venaient de réaliser que leur voisine du dessus n’avait pas relevé son courrier depuis quatre mois. L’arrivée devant la porte, l’ouverture par un serrurier après autorisation du chef, l’entrée dans l’appartement ou l’odeur les avait informés de ce qu’ils voulaient savoir : la locataire était morte.

Mais… Bon, certes, l’appartement, quoique bien rangé, était quand même un brin surchargé, des petits meubles, des gros meubles, des objets partout, des tableaux accrochés au mur. Des années et des années de souvenirs, plus que si la locataire avait mille ans.

Mais ou donc était elle ? L’occupante des lieux était cachée. Morte, et cachée, à priori.

Ils avaient fait le tour de l’appartement, cuisine, salon-séjour, première chambre, deuxième chambre, salle de bains, toilettes, mais impossible de mettre la main sur le corps. Toutes les portes étaient ouvertes, l’odeur s’était imprégnée partout, impossible de se servir de son nez pour la trouver. Le brigadier-chef sourit en pensant au cliché sur le flair policier.

Il se tourna vers son équipe, un gardien et une adjointe de sécurité en formation, qui lui adressèrent un geste soulignant leur incompréhension. Avait on enlevé le corps ? Fallait il prévenir un OPJ ?

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Mais le flair du limier se révolta, et le brigadier-chef se tourna à nouveau vers son équipe « Quelque chose me dit qu’on va passer pour des guignols si on trouve pas le corps. Alors, on refait un tour, on regarde sous les lits, on ouvre les placards, on regarde partout avant d’appeler à l’aide. Ok ? »

Les deux autre policiers opinèrent, et se répartirent les pièces.

Le brigadier chef se dit qu’il n’était pas nécessaire plus que de raison de s’infliger l’odeur. On voyait que la jeune adjointe avait de plus en plus de mal à se concentrer, c’était sa première découverte de corps, et il ne voulait pas qu’elle flanche. La confiance en soi était dure à rattraper, après, et elle lui avait prouvé qu’elle ferait un bon policier.

« Bon », dit il, « je propose d’ouvrir une fenêtre, pour aérer un peu » il se tourna vers l’adjointe « tu t’en charges ? »

Elle opina du chef et se dirigea vers le séjour, tandis que les policiers bifurquaient vers les autres pièces.

Le brigadier chef venait à peine de franchir le seuil de la chambre qu’un grand cri retentit, venant du salon-séjour. Le temps de retraverser le couloir, il entra comme une furie dans la vaste pièce, et vit l’adjointe, tremblante, et son collègue, l’air stupéfait. « Elle l’a trouvée » dit sobrement ce dernier.

L’adjointe s’était dirigée directement vers la fenêtre, l’avait ouverte, et, constatant que le battant gauche heurtait un vase haut posé sur un petit support, avait décidé d’écarter celui-ci afin de faire de la place. Le vase dissimulait un petit espace entre l’armoire massive qui occupait presque tout un pan de mur et l’angle.

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Coincée là, debout, la locataire, dont le corps avait entamé un processus de momification. Elle occupait tout l’espace de l’interstice, qui était étroit. L’adjointe s’était retrouvée nez à nez avec le rictus de la momie.

La police scientifique arriva en même temps que la brigade criminelle. Là, ça ne rigolait plus : quelqu’un avait glissé le corps là, puis avait disposé devant le petit support et le grand vase, afin de le dissimuler aux regard, de qui, bonne question, mais tout de même. Le policiers n’avaient jamais vu ça.

Mais l’autopsie apporta une surprise : le décès était naturel. La supposée victime ne portait pas de traces de violences, d’empoisonnement, de maltraitance, de liens, ni aucune coercition d’aucune sorte. En fait, elle souffrait d’une faiblesse du cœur, qui l’avait emportée.

L’enquête finit d’assommer les enquêteurs : l’appartement était fermé de l’intérieur, ne portait pas de traces d’effraction, de vol ou quelque malversation que ce fut. Nul héritier pour bénéficier du testament, personne à qui cette mort fut profitable.

La défunte avait senti son cœur la lâcher, s’était glissée dans le coin, à côté de la fenêtre, entre le mur et l’armoire, avait réussi à rabattre sur elle le grand vase et le petit tabouret, et était morte là. Coincé, son corps était resté debout.

Elle avait certainement une bonne raison pour cela, mais elle l’a emportée dans la tombe. C’est donc ici que s’achève cette histoire.

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