La fausse mort de Martin Bouygues

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Martin Bouygues (capture BFMTV)

Patron du groupe industriel du même nom, Martin Bouygues a du peu goûter la fausse annonce de sa mort, samedi après-midi. Une fausse mort émanant de la très sérieuse Agence France Presse (AFP), bible des médias, qui se trouve aujourd’hui à se dépêtrer d’une grosse bourde embarrassante.

Les faits, tout d’abord. A 14h27 samedi, une dépêche affirme que ce pilier de l’économie française, 62 ans, est décédé en Normandie. Une mairie du secteur en a même apporté la confirmation. Coup de tonnerre. La nouvelle file dans la médiasphère, bifurque par les réseaux sociaux, génère sur Twitter des commentaires émus. Emballement éphémère : à 14h55, coup de théâtre. TF1 (filiale de Bouygues) publie par communiqué un démenti. D’autres sources le confirment, Matignon en tête. Jusqu’à 15h24, où l’AFP reconnaît son erreur, et que son PDG présente des excuses officielles à Martin Bouygues, parlant de « faute inacceptable ».

Depuis lors, une enquête interne a pisté l’erreur, a compris qu’une source « habituellement fiable » avait refilé un mauvais tuyau. Un « malentendu » s’était ajouté, le maire qui confirmait croyant qu’on parlait d’une autre personne. Et que par-dessus le tout, la dépêche avait été validée par un chef de l’agence, et envoyée telle quelle dans les tuyaux.

Fin de cette malheureuse histoire ? Pas tout à fait. Car ce « couac » est un symptôme. Celui d’une presse malade, en difficulté financière. Les rédactions ont fondu, moulinent à flux tendu, et la charge de la vérification est abandonnée à l’AFP. Plus les moyens. Celui aussi d’une époque de la vitesse, facteur essentiel pour être bien visible sur internet et les réseaux sociaux. Que vaut-il mieux, dès lors, pour damer le pion à la nombreuse concurrence ? Une information vraie, vérifiée ? Une nouvelle rapidement diffusée ? Au risque de « tuer » un bon vivant ?

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Rappelons enfin une petite histoire survenue dans les années 90 à un quotidien parisien. Celui-ci avait publié une dépêche de l’AFP, puis s’était vu assigné pour diffamation par l’un des protagonistes cité dans la dépêche. Nous n’y sommes pour rien, c’était dans la dépêche, ont plaidé les avocats du quotidien. Le tribunal de Paris, à l’époque, avait alors expliqué que l’AFP n’avait qu’une diffusion interne aux médias. Celui qui rendait la dépêche publique, et endossait donc la responsabilité de l’éditeur, c’est le média qui la reprend, journal, radio, télévision.

 

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