La journée d’la femme

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Louis a toujours offert des fleurs à Nina le jour de la journée de la femme. Bien sûr certains diront que c’est la journée des droits de la femme, pas de la femme. Racontez cela à Louis je suis convaincu qu’il vous répondra simplement :

—  J’m’en fous, moi ce qui compte, c’est d’offrir des fleurs à Nina !

Voilà, pour Louis, les droits de la femme c’est totalement abstrait, il s’en fout. Il veut juste lui offrir des fleurs à sa Nina.

Comme pour son anniversaire, sa fête, la fête des mères —   ben ouais, Nina est la mère de ses deux gosses —, Noël, Pâques, la Saint Valentin… Chaque occasion est bonne pour que Louis offre des fleurs à Nina. Alors il n’en a rien à braire de savoir si c’est la journée de la femme, ou la journée des droits de la femme. Pour lui c’est juste un bouquet de roses rouges en plus pour sa Nina.

Toujours des roses rouges, la première fois qu’il a décidé de ce qui est devenu aujourd’hui un rituel, la petite fleuriste lui avait demandé :

—  Vous voulez quoi comme fleurs ?

—  Chais po…

—  C’est pour offrir pour quoi ?

—  Pour faire plaisir…

—  C’est qui la personne pour vous ?

—  Ben c’est Nina, c’tte question con !

La petite fleuriste restait calme et souriante face à cet homme bourru, elle voulait le conseiller, l’aider, elle trouvait gentil qu’il veuille offrir de fleurs à une femme, autant que celle-ci soit heureuse.

—  Et Nina c’est ?

—  Ma femme…

—  Alors prenez des roses rouges.

—  Pourquoi ?

—  C’est le symbole de l’amour la rose rouge.

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—  Alors oui, c’est bien ça, un gros bouquet de roses rouges.

Et depuis Louis ne se posait plus la question, il entrait chez la fleuriste et demandait un gros bouquet de roses rouges pour Nina.

Et aujourd’hui, en cette journée des droits de la femme, comme toutes les autres fois où il offrait son gros bouquet de rose rouges à Nina, Louis chialait comme un con.

Il chialait comme un con parce que ses fleurs il les déposait dans un grand vase de granit noir au pied de la tombe où reposait Nina.

15 ans que Nina était morte…

15 ans que Louis était seul.

15 ans qu’il lui offrait des roses rouges dès qu’il pouvait.

15 ans qu’elle était morte sous les coups répétés de Louis. Il y a 15 ans ce fut la dérouillée de trop, celle où Nina vola en arrière sous une gifle plus appuyé que les autres.

15 ans que son crâne avait éclaté comme une coquille d’œuf contre l’évier de la cuisine.

15 ans que ce con s’en voulait…

Chaque jour dans le monde, en France, à côté de chez nous, des femmes meurent sous les coups de leur maris, sont battues, humiliées, violées…

Ce n’est pas une journée qui changera quelque chose, et encore moins un bouquet de roses.

©Stanislas PETROSKY

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