La laïcité dans les pompes funèbres

1
695

La laïcité est un sujet à la fois à la mode et très risqué, ces temps-ci. Quelles règles pour la laïcité dans le funéraire ? Vaste sujet

Le cas des pompes funèbres

Les pompes funèbres sont, qu’elles soient privées ou « publiques », une délégation de service public. C’est à dire qu’elles sont réquisitionnables par les autorités en cas de nécessite de santé publique.

Théoriquement, donc, les pompes funèbres sont laïques en tant que service public. Néanmoins, la loi sur la liberté du funéraire, dont elles dépendent, indiquent qu’elles doivent respecter, dans le cadre de la législation, les croyances et coutumes des familles.

En réalité, de facto, les pompes funèbres sont neutres : au nom de la laïcité, elles ne doivent pas promouvoir de religion ou de philosophie particulière, mais au nom de la liberté des obsèques, elles doivent respecter les coutumes de chacun.

De même, lors d’une cérémonie d’obsèques, on considère que l’aspect religieux se déroule dans un lieu privé. Certes, les salles de cérémonies, voire même les églises sont du domaine public, mais, à partir du moment ou le lieu a été réservé au nom d’une famille ou d’un défunt dans le cadre d’obsèques, le lieu est considéré comme privatisé à titre provisoire.

Les magasins de pompes funèbres sont, eux, des lieux privés, ou l’entrepreneur est libre d’exposer des objets religieux, voire de faire une crèche, si le cœur lui en dit. Le souci ne réside pas dans le respect de la laïcité ou non, mais dans le message commercial que cela envoie.

Lire aussi :  Comparobsèques, vers une seconde augmentation de capital

Les pompes funèbres confessionnelles

Le cas des pompes funèbres confessionnelles est plus celui d’un flou juridique qu’autre chose. Elles doivent leur existence à la présence de pompes funèbres « neutres », qui permettent la continuité d’un service public laïc.

De même, les pompes funèbres confessionnelles ne peuvent pas refuser une demande venant d’une famille pratiquant une autre religion, cela s’assimilerait à un refus de vente (voire une discrimination), et doit, en cas de réquisition des autorités, devoir pouvoir accomplir sa mission de manière neutre, sous peine de se voir accuser de prosélytisme dans le cadre d’une mission de service public.

Comme on le voit, l’existence des pompes funèbres confessionnelles tient à un équilibre précaire. Il pourra perdurer jusqu’au jour ou quelqu’un s’estimera lésé.

Les cimetières

Contrairement à ce que l’on croit souvent, les cimetières ne sont pas passés du monopole de l’église à celui de la commune pour des questions de laïcité, mais d’hygiène. Les curés étaient moins regardants sur l’entretien des sépultures et la profondeur d’inhumation que les autorités séculaires.

Le cimetière est un espace laïc, c’est à dire qu’il n’est pas sans religion, mais au contraire qu’il permet à chacun de voir respecter son propre culte.

Ainsi, les cimetières doivent être dépourvus d’emblèmes religieux, mais les tombes sont des espaces privés qui, elles, peuvent être connotées cultuellement.

On note dans de nombreux cimetières, des emblèmes religieux gravés sur les linteaux des portails, ou des croix de mission indiquant le centre du cimetière. Elles doivent leur existence au respect de l’histoire et des coutumes locales. Plus encore que tout autre, leur existence est précaire, et elles risquent un jour d’être abattues au nom d’une tolérance qui a parfois le visage de son exact contraire.

Lire aussi :  Six Feet Under, Hydrosystem, résurrection, pierre tombale...L’actualité du 15 juin 2018

Quoiqu’il en soit, les règles à respecter sont simples : évitez au maximum tout ornement, dans le cadre de vos fonctions, qui peuvent laisser apparaître votre appartenance religieuse, et, en cas de doute, une seule référence : la loi, toujours la loi.

Guillaume Bailly

1 commentaire

  1. Les signes religieux sur les portails ou les murs des cimetières ont été apposés ou gravés avant la promulgation de la loi du 9 décembre 1905, c’est-à-dire au 1er janvier 1906.
    Si des travaux d’agrandissement, ouverture d’un nouveau cimetière ou changement de portails a lieu, et que les travaux enlèvent ou détruisent ces symboles religieux, ils ne doivent plus être réinstallés.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here