La légende alcoolisée du cadavre de l’amiral Nelson

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L’Amiral Nelson, de son nom complet Horatio Nelson, 1er vicomte de Nelson, comte de Bronte, a encore de nos jours deux pouvoirs : mettre de mauvaise humeur n’importe quel amiral français, et attirer les touristes pour admirer sa colonne à Trafalgar Square. Ce qu’on oublie un peu, c’est qu’après sa mort, l’histoire de son cadavre fut mouvementée… Et éthylique.

La mort de Nelson

Il est un peu après treize heures, ce 21 octobre 1805, et le capitaine Thomas Hardy a un petit sourire aux lèvres en regardant dans sa longue-vue. Il faut dire que la flotte anglaise est en train d’administrer, métaphoriquement, une fessée mémorable à la coalition franco-espagnole, et par là, symboliquement, à Napoléon lui-même.

Hardy, tout concentré sur le déroulement de la bataille, réalise soudain que cela fait un petit moment qu’il ne perçoit plus la présence du héros du jour, l’Amiral Nelson, à ses côtés. Il se retourne, le cherchant du regard, et le voit, à quelques mètres, à genoux, se tenant le ventre. Hardy se précipite vers lui et Nelson sourit, en disant « Hardy, je pense qu’ils ont enfin réussi… ma colonne vertébrale est touchée ».

En effet, un tireur d’élite français a réussi l’exploit d’atteindre le cauchemar de Napoléon, l’homme par qui la France ne peut atteindre la seule supériorité qui lui manque, la navale. La balle a pénétré son épaule gauche, transpercé son poumon et la colonne vertébrale avant de s’immobiliser dans les muscles dorsaux à cinq centimètres au-dessous de l’omoplate droite. Nelson est un mort en sursis.

Tandis qu’on le transporte à l’infirmerie, Nelson demande aux deux matelots qui transportent sa civière de faire un détour, pour qu’il puisse donner des recommandations au barreur du bateau sur la façon de manœuvrer. Ceci fait, il demande à ses brancardiers de recouvrir son visage d’un mouchoir, afin que les marins ne le reconnaissent pas et gardent intact leur moral.

Arrivé à l’infirmerie, Nelson réclame à boire, et demande au Capitaine Hardy de descendre régulièrement pour lui faire son rapport sur le déroulement de la bataille et donner ses ordres. Enfin, épuisé, Nelson ferme les yeux, murmure « J’ai fait mon devoir. Dieu et mon pays ». Le plus grand marin anglais n’est plus.

Les dernières volontés

Après la victoire anglaise et la défaite française au large d’une ville Espagnole qui donnera une expression célèbre, « un coup de Trafalgar », les officiers anglais s’avisent qu’ils ont un problème. La dernière volonté de Nelson, en effet, précisait qu’il souhaitait être inhumé en Angleterre.

La tradition étant que les marins morts en mer soient immergés, les officiers, quoique désireux de respecter la volonté de l’illustre disparu, se regardent atterrés. C’est bien joli, tout ça, mais ils sont marins, pas croque-morts, et ils n’ont aucune idée de comment s’y prendre pour conserver la dépouille. D’autant qu’au sud de l’Espagne, il fait chaud, et que la perfide Albion, pardon, l’Angleterre, n’est pas la porte à côté.

C’est alors que le chirurgien du bord, William Beatty, suggère de conserver la dépouille de Nelson dans de l’alcool. Faute de mieux, les officiers acceptent, et Nelson est placé dans un tonneau d’eau-de-vie. Ce dernier est ensuite attaché au grand mât, et placé, indique le journal de bord, sous bonne garde.

On s’est pris une Nelson

C’est là que la légende commence. En effet, l’histoire officielle veut qu’à son arrivée en Angleterre, la dépouille de Nelson ait été placée dans un cercueil, lui aussi rempli d’alcool, sans commentaire particulier, jusqu’à ses obsèques, le 9 janvier.

Mais une rumeur insistante voit le jour : le tonneau aurait été presque à sec. En effet, le soir du 21 octobre, une fois la flotte franco-espagnole défaite, et tout danger écarté, les marins auraient été autorisés à fêter cette victoire mémorable, en se prenant, pardon pour mon langage, une cuite qui resterait dans les annales de la picole.

Et, durant cette fête mémorable, quelques marins, fin saouls, auraient décidé de célébrer la mémoire de Nelson en buvant un petit coup à sa santé de l’eau-de-vie dans laquelle l’amiral participait aux libations d’une toute autre façon. Une forme particulièrement tordue de cannibalisme.

La vérité, c’est qu’effectivement, le niveau d’alcool avait baissé dans le tonneau, mais dans quelles proportions, on l’ignore. Peu, certainement, parce que le corps semblait relativement bien conservé.

Enfin, c’est une maigre consolation : au pays du bon vin, on se consolera en sachant que notre plus grande défaite maritime aura été dignement arrosée par nos vainqueurs.

 

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