« La morgue me va si bien » de Linda Widad, thanatopracteur rime avec auteur

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41f+upwaACL-209x300 "La morgue me va si bien" de Linda Widad, thanatopracteur rime avec auteurLa biographie d’une thanatopractrice, ce n’est pas si courant. Lorsque celle-ci est psychologue de formation, a abandonné le métier, et a une jolie plume, ça devient très intéressant.

Synopsis

« Vous aimez les séries télévisées telles que Six Feet Under ou Dead Like Me ? Les enquêtes policières de Kay Scarpetta ? L’’univers funéraire vous attire, vous fascine et vous répulse à la fois ? Alors suivez l’’auteur dans ses aventures au cœur de la morgue. Ses différentes rencontres avec des corps froids lui vaudront des péripéties parfois drôles, parfois tristes… Comme la vie, la mort a aussi ses hauts et ses bas »

A quoi ça ressemble ?

Le livre de Linda Widad est une parcelle d’autobiographie, un moment de vie, écrit à la première personne, sur le ton d’un récit intimiste. Clairement, l’opus n’a pas la volonté d’être le livre ultime sur les pompes funèbres, mais plutôt un parcours personnel au pays des morts.

L’auteure y narre son arrivée dans la thanatopraxie, sa formation, ses rencontres, ses succès et ses échecs, toutes ces choses qui font les hauts et les bas d’une vie professionnelle, vu par le prisme d’une jeune femme passionnée mais (trop?) sensible. Des professionnels de la mort humains aux familles distantes, en passant par les agents hospitaliers qui font parfois preuve d’un mépris ostentatoire, toute la faune ou presque passe entre ces pages.

C’est bien, ou non ?

Le livre est sans cesse sur la corde raide. Tout avis sur la littérature étant forcément subjectif, vous me pardonnerez ici d’employer le pronom « je ». Ceci est mon avis, je le partage, mais il n’engage que moi.

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Tout bon allergique au nouveau roman vous le dira, la littérature nombriliste est insupportable. Cette manie qu’ont les jeunes auteurs à la mode des cercles bobos de masquer la vacuité de leur récit, si cet enchaînement de phrases autosatisfaites peut être qualifié de récit, et tournant sans cesse la pointe de leur stylo vers eux plutôt que de décrire le monde, donne des envies de meurtre légitimes à l’homme de qualité qui a fait ses humanités.

La bonne nouvelle, c’est que Linda Widad n’est pas comme cela. La mauvaise nouvelle, c’est quelle les connaît, et, penses-je, les admire. L’auteure a certainement lu plus Duras que Flaubert. Fort heureusement, contrairement à la Marguerite fanée (au propre comme au figuré), Linda Widad a du talent, un sens de l’observation prononcé, et de l’intelligence.

Elle évite donc l’écueil du catalogue de ressenti par rapport à des évènements flous, pour décrire au contraire des situations précises, mettant en adéquation, l’air de rien, les événements, son ressenti, l’empathie des tiers, parfois la confrontation entre ce qu’elle s’imaginait et ce qu’elle constate.

Mais aussi…

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Linda Widad

Le livre annonce des passage émouvants, et il y en a, mais aussi des passages drôles. Cela demande un certain éclaircissement. Même si elle n’est pas dénuée d’humour, Linda Widad, en tant qu’auteure, serait incapable de raconter une blague si sa vie en dépendait. Ce n’est pas très grave en soi : ce n’est pas un recueil des meilleurs histoires drôles. Et Shakespeare non plus n’en était pas capable, ce qui ne l’a pas empêché de devenir le plus grand écrivain de langue anglaise.

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Toutefois, des passages donnent à sourire, parce que la situation en elle même est drôle, et que Linda Widad est une excellente conteuse. Intelligemment situé en contexte, finement placé, l’humour de situation, discret, fait mouche. Je vous défie de ne pas sourire la prochaine fois que vous mangerez des macarons de chez Picâââââârd.

Bon, on le lit ou pas ?

Oui, il faut le lire. Parce qu’il est bien écrit, malgré quelques écueils et quelques manières, inhérentes à tout premier livre. Il faut le lire parce que l’auteure a une façon de voir et de raconter des évènements que nous, professionnels du funéraire, avons vécu également, sans doute à ses côtés, mais décrits avec une vision personnelle et parfois originale. Il faut le lire, enfin, parce que, d’après ce qu’on saisit de sa biographie, Linda Widad a commencé de nombreux livres restés inachevés, et que ce serait dommage qu’elle n’en fasse pas d’autres. Vous ais-je dit qu’elle avait du talent ?

« La morgue me va si bien » de Linda Widad, éditions Les 2 Encres, collection « Lignes de vie », 18 euros.

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