La mort de Charles de Gaulle

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Obsèques du général de Gaulle

Colombey les Deux Eglises, 9 novembre 1970. Le général de Gaulle s’est retiré dans sa maison familiale après sa démission suite au référendum. Il considère qu’avec son impopularité, il n’est plus digne de gouverner la France. Pensez : à l’issue des évènements de mai 68, les sondages lui donnent seulement 47.8 % d’opinions favorables…

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La Boisserie

Le général s’effondre

A 18 h 55, le général, assis, aligne les cartes retournées sur la feutrine verte qui recouvre la table de jeu. En face de lui, assez loin, de l’autre côté de la pièce, le poste TV est allumé, le son coupé, muet. A sa gauche, Yvonne de Gaulle tricote un patchwork. Le silence pèse. Seule la pendulette Directoire qui se trouve derrière le général égrène faiblement ses sept coups.

Soudain, le général se dresse de son fauteuil. Sa bouche s’ouvre comme s’il avait des difficultés pour respirer. Il se plaint de douleurs atroces à la poitrine. Avant même que son épouse, levée précipitamment, l’atteigne, le général est tombé.

Mme de Gaulle appelle à l’aide. Francis Maroux, son aide de camp, Honorine et Charlotte, les deux femmes de chambre, arrivent en courant. Le chauffeur prend son maître dans ses bras et l’allonge. Charlotte repousse la table de jeu , puis elle appelle le docteur Lacheny.
Pendant qu’aidée par les femmes de chambre et l’aide de camp, Madame de Gaulle installe le général sur un matelas descendu de l’étage, le médecin saute dans sa Peugeot 304 et se dirige aussi vite que possible vers la demeure de l’ancien président.
Maroux, à la demande expresse d’Yvonne de Gaulle, file chercher l’abbé Claude Jaugey. Il comprend vite que la situation est grave, se saisit de sa trousse et rejoint la Boisserie avec le chauffeur. Le prêtre et le médecin arrivent quasiment au même moment, à quelques minutes près.

Le médecin, arrivé en premier, palpe, écoute, scrute, tente quelques gestes de secours dérisoire, mais doit vite se rendre à l’évidence : le plus grand français de tous les temps est mort.

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Obsèques du général de Gaulle

Le général est mort

Le prêtre était resté dans l’entrée. Il avait compris ce qui se passait, avait revêtu son étole, et, à genoux sur le sol, prie, jusqu’à ce que Charlotte le prie d’entrer.

Alors que le médecin est encore là, essayant en vain de reculer l’inéluctable, le prêtre s’agenouille près du matelas, sort son missel et ses huiles, et choisit la formule courte de l’extrême-onction, celle réservée aux cas urgents.

« Mon fils Charles, par cette onction sainte, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis. Amen » Il appuie son pouce droit sur le front du mort.

Le médecin se relève et annonce à l’épouse du général « Madame, tout est fini ». Elle le sait déjà. Droite, elle récite une prière, puis refuse une chaise : son époux n’aurait pas apprécié des débordements de pleurs.

Vers huit heures et demi du matin, un huissier vient prévenir Georges Pompidou, qui appelle la Boisserie à 9 heures pour prévenir qu’il arrive en hélicoptère. Yvonne de Gaulle refuse, poliment mais fermement : aucun étranger ne seras admis auprès du corps de son époux.

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Tombe de Charles de Gaulle au cimetière de Colombey les deux Eglises

La France est veuve

Un cercueil est aussitôt commandé au menuisier du village : poignées simples, une croix sans fioritures, en chêne massif, pour 450 francs. Le menuisier finit le cercueil et le livre avec son fils à l’arrière de sa camionnette à 20 heures. Le général est aussitôt déposé dans son cercueil, sans capiton, juste orné d’un papier blanc destiné à masquer les copeaux de bois et d’un oreiller blanc sous sa tête. Toute sa famille, ses enfants et leurs conjoints, se recueillent, puis le cercueil est fermé. Le tout aura duré une demi-heure.

Le général ne souhaitait pas d’obsèques nationales. Une messe est célébrée en sa mémoire à Notre Dame, en présence de chefs d’état du monde entier, tandis que le héros est enterré dans l’intimité à Colombey les Deux Eglises.

La tombe du général s’y trouve toujours, conformément à ses volontés. Il a refusé tout honneur à titre posthume, déclinant toute récompense ou toute panthéonisation, précisant dans son testament que ce serait « En contradiction avec ses dernières volontés ».

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