La mort en noire : La mort du Grand

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Régulièrement, Stanislas PETROSKY viendra nous raconter, dans Funéraire Info, la mort de personnages souvent controversés, façon roman noir. Et c’est Mesrine qui ouvre le bal…

La voiture file doucement sur le boulevard, la circulation est fluide. Il fait beau en ce deux novembre, le soleil luit dans le ciel parisien presque quatorze degrés à quinze heures, il n’y a plus de saison. Le conducteur discute avec sa passagère, caresse discrètement le caniche qu’elle a sur les genoux. Sa conduite est souple, mais l’homme est alerte à ce qu’il l’entoure, comme méfiant.

Il vient juste de tourner à droite quand cette moto le rattrape, le motard observe un instant le chauffeur puis repart. Un Renault Saviem 300 bâché bleu le double par la file de droite, le conducteur du camion fait signe au chauffeur qu’il s’est trompé de direction, l’homme lui fait signe de passer devant lui, de toute façon le feu est maintenant rouge, il n’est pas pressé.

Il sourit à sa passagère, son regard est alors attiré par cette bâche à l’arrière du camion qui le précède, la sangle élastique n’est pas prise dans les œillets de maintien, elle flotte doucement au vent.

Il n’a pas le temps de se poser de question, le morceau de plastique est levé d’un seul coup, quatre hommes en civil fusils automatiques position de tir apparaissent.

Jacques Mesrine n’a pas le temps de comprendre, les armes crachent le feu, le pare-brise de la BMW 528i est criblé de balle. Le grand n’a pas le temps de réagir, aucune sommation n’a été faite. Ses mains cherchent à protéger son visage, réflexe de survie illusoire. Des gerbes de sang éclaboussent Sylvia JeanJacquot, sa compagne. Le corps de l’ennemi public N° 1est secoué par les projectiles à hautes vélocités qui le traversent. Sa perruque tombe sur le côté. Sylvia hurle en voyant le visage défiguré de l’homme qu’elle aime. Son chien est mort, elle ressent une vive douleur à l’œil gauche, elle ne sait pas encore qu’elle vient de le perdre. Dommages collatéraux d’une opération de police.

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Un homme arrive en courant, il ouvre la portière conducteur, tire à bout portant, la balle se loge dans la tempe gauche d’un homme attaché et déjà troué de projectiles. A aucun moment Mesrine n’a pu, ou n’a tenté d’attraper le pistolet automatique et les deux grenades qui sont aux pieds de Sylvia.

La bâche est rabattue sur le camion qui redémarre aussitôt laissant place à des véhicules de police qui arrivent en trombe.

Il est 15h15 en ce deux novembre 1979, le Grand a été abattu, tombé dans un guet-apens des hommes de la BRI commandée par le commissaire principal Robert Broussard. C’est Broussard lui-même lui sortira le cadavre de Mesrine de la voiture, le laissera exposé trois heures durant à la vue de tous et surtout de sa fille1.

Jacques Mesrine était un criminel recherché par Interpol, coupable de plusieurs homicides, il n’était pas un saint. Mais la France est un pays d’état de droit, et le principe de l’état de droit c’est respecter aussi les droits de ceux qui se sont rangés de l’autre côté de la loi.

La mort de Mesrine est le premier cas de remise en cause de la légitime défense invoquée par la police, car celle-ci a ouvert le feu sans sommation. Le patron du bar Le Terminus, porte de Clignancourt, affirme que les policiers n’ont pas effectué de sommations avant de tirer sur Mesrine. Tout ce qu’il a entendu, c’est une rafale de coups de feu suivie du cri : « Bouge pas ! T’es fait ! ».

Geneviève Adrey étudiante en musicologie, se trouve le 2 novembre 1979 dans une cabine téléphonique porte de Clignancourt, à quelques mètres de la voiture de Jacques Mesrine. Elle raconte avoir entendu des coups de feu très rapprochés, mais en aucun cas elle n’a entendu des sommations2.

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Les policiers, pour leur défense, ont témoigné qu’au lieu de se rendre et de lever les mains, que Mérisne eut un mouvement latéral comme s’il voulait se saisir d’une arme. C’est seulement après l’intervention que l’on trouvera deux grenades et un pistolet automatique dans un sac aux pieds de sa compagne.

L’instruction fut rouverte en mars 2000. Elle débouche sur un non-lieu, le 14 octobre 2004. Le 6 octobre 2006, la Cour de cassation française a déclaré irrecevable le pourvoi en cassation de la famille Mesrine (ses enfants, Sabrina en tête, ont tout fait pour que la mort de leur père soit déclarée comme un assassinat) à la suite du non-lieu prononcé le 1er décembre 2005 par la chambre d’instruction de la Cour d’Appel de Paris3.

Jacques Mesrine est enterré au cimetière Nord de Clichy-La-Garenne, la ville qui le vit naître. Sa BMW 528i immatriculée 83 CSG 75 est restée avec les scellés de justice vingt-huit ans dans une fourrière à Bonneuil-sur-Marne avant d’être broyée dans une casse d’Athis-Mons le 14 mai 2007, car non réclamée par la famille4.

«Bonjour, mon amour. Il est certain que si tu écoutes cette cassette, ma petite Sylvie d’amour, c’est que je ne suis plus. Simple souvenir de ma voix, simple souvenir de nous deux. Tu te souviens comme nous étions heureux ! Mais oui, ma puce, ton mari est mort! Abattu par les policiers! Mais ça, nous le savions déjà. Nous savions que ça pouvait arriver un jour.»

Jacques Mesrine L’instinct de mort.

©Stanislas PETROSKY

1 Déclaration de Sabrina Mesrine Tout le monde en parle : [émission du 5 octobre 2002]

2 « La mort de Jacques Mesrine, exécution ou légitime défense », France Inter, 22 octobre 2008.

3 Le Monde du 6 octobre 2010

4 Libération du 15 mai 2007

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